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Écrire, cette activité qui permet de passer de la tête au cœur

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Domitille Farret d'Astiès - publié le 22/01/26
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Alors qu’il devient de plus en plus rare d’écrire à la main, le 23 janvier célèbre l’écriture manuscrite. Et si cette journée nous donnait à réfléchir sur les vertus profondes de cet exercice ?

À quand remonte la dernière lettre que vous avez écrite ? Le 23 janvier, c'est la journée mondiale de l'écriture manuscrite. Dans un monde où, avec l’évolution des technologies et l’omniprésence des outils numériques, d’aucuns tacleraient son côté obsolète. Que représente-t-elle, que dit-elle de nous et de notre rapport au monde, a-t-elle encore droit de cité parmi nous ? Car si elle est encore (et fort heureusement) utilisée dans le monde du travail, dans le cadre scolaire et dans la vie quotidienne, qu’en reste-t-il réellement aujourd’hui ? 

Céline, 39 ans, travaille dans une librairie. Ne pas tenir un stylo entre ses doigts, pour elle, c’est l’anéantissement et la mort de l'âme assurée ! Écrire fait partie de sa vie quotidienne : elle s’y adonne chaque jour, que ce soit pour elle ou pour les autres. Ce qui la touche dans l’exercice ? D’abord, le temps que l'on y consacre. Et le rapport à l’autre qu’il induit. Dans une lettre, "je sais que l’autre a pris du temps pour moi", analyse-t-elle, faisant référence à la phrase du renard dans Le Petit Prince : "c’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante". 

Prendre le temps

Pour elle, à travers un écrit, la personne s’exprime. "L’écriture dit quelque chose de qui nous sommes. Une lettre, c’est beaucoup plus personnalisé et chaleureux qu’un mail ou un texto. La forme des lettres que nous traçons, l’encre, le papier, la carte et même le timbre choisi disent quelque chose de nos intentions", insiste-t-elle. "Il y a tout un travail de personnalisation qui compte". "J’aime la main qui travaille", enchérit pour sa part Marie-Odile, 37 ans, institutrice. "Quand on écrit, on laisse une trace et il y a tout un plaisir autour de cette action. Écrire à la main, poster une lettre, aujourd’hui c’est de plus en plus rare et cela fait d’autant plus plaisir. Il y a cette joie de faire plaisir à l’autre ! Je ne me sens ni très littéraire ni douée dans les mots et pourtant ce n'est pas pour cela que je m'empêche d’écrire. Au contraire, je ne me mets pas la pression. Même si ce n’est pas très bien tourné, ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est plutôt l’attention à la personne et que l’idée que cela va toucher les gens".

Elle mentionne également les personnes les plus vulnérables ou non connectées, comme son grand-père, aujourd’hui décédé, auquel elle a envoyé de nombreux courriers. "Avec la surdité, pour lui le téléphone c’était compliqué et il aimait revenir à une carte, la regarder, la reprendre à nouveau, comme un plaisir renouvelé qui durait dans le temps". Marie-Odile pense également à son jeune filleul qui n’a pas de smartphone et qui range soigneusement toutes les cartes reçues dans un cahier. "Il les connaît presque par cœur", s’amuse-t-elle.

Cela me permet de passer de la tête au cœur.

Pour cette institutrice, l’écrit favorise la profondeur. "Souvent, il permet de dire des choses qui sont plus profondes, comme des “merci” ou des “pardon”. Paradoxalement, c’est plus facile parfois de le dire par écrit, alors que celui-ci va rester". Elle souligne enfin une vertu créative. Marie-Odile fabrique elle-même ses cartes en linogravure ou en aquarelle, mais aussi ses enveloppes, grâce à du papier auquel elle donne une seconde vie. L’exercice d’écriture lui permet donc de partager ses talents créatifs et d’en faire bénéficier les autres, quitte même à partager plus tard ses trucs et astuces avec eux.

"J’ai des retours fabuleux à chaque fois que j’écris une lettre", s’enthousiasme Céline. "Les gens ne me répondent pas forcément mais ils me disent que cela leur fait du bien de recevoir autre chose qu’une facture. Ils évoquent souvent la carte et le plaisir qu’elle leur a procuré. Je crois qu’ils se sentent touchés tout personnellement car inconsciemment, ils savent que cela a demandé du temps et de l’énergie". 

Ecrire pour soi

Et qu’en est-il d’écrire juste pour soi ? "Je pense que le geste de l’écriture permet de poser sa pensée plus lentement et d’être dans son rythme : c’est un temps dédié à soi", poursuit Céline. Loin des écrans qui prennent tant de place dans nos vies quotidiennes, pour elle, il permet de poser un geste. Et même quand elle ne le fait que pour elle-même, Céline accorde de l’importance aux accessoires qu’elle utilise. "L'objet carnet, que je peux ensuite feuilleter à nouveau, fait aussi partie de la beauté du geste. Tous ces carnets qui me sont offerts par d'autres, ils participent à la création d’un lien". Les amoureux patentés de l’écriture évoqueront volontiers le lien charnel qui se crée entre la main et le propos, le plaisir de sentir sa mine ou sa plume glisser sur le papier, la satisfaction de la page qui s’emplit. L’écrivain Amélie Nothomb affirme que chaque matin, elle boit un litre de thé noir trop fort et passe plusieurs heures à rédiger au stylo bic, ajoutant même avec facétie qu’il s’agit du meilleur instrument au monde. Pour elle, écrire tous les jours est de l’ordre d’un besoin vital mais aussi d’une discipline, explique-t-elle au micro de l’émission Les Lueurs.   

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Certains, comme Florence, perçoivent l'écriture manuscrite comme un magnifique outil de développement personnel et spirituel. Cette consultante de 52 ans écrit depuis des années, au moins une fois par semaine. "L’écriture laisse des traces. Elle me permet d’ancrer ce que j’ai entendu, et même d’aller plus loin. Lorsque j’écris, ma pensée continue à processer. Et cela me permet de passer de la tête au cœur". Un geste précieux, qui, elle en est certaine, laisse de l'espace à un temps de digestion, afin d’assimiler le vécu. Il fut même un temps où elle s’obligeait à prendre quelques minutes chaque matin pour noter à la main la tonalité qu’elle souhaitait donner à sa journée. Une journée plutôt studieuse ? Tournée vers l’action ? Ou vers la gratitude ? Ou encore vers les liens amicaux ? "C’était comme un vision board où j’écrivais mon programme de la journée. Le fait de l’écrire change tout car il permet de préciser la pensée et de la laisser descendre pour une vraie fécondité". Alors, pourquoi ne pas attraper une feuille et un stylo et poser vos mots sur le papier ? Vous n'êtes bien entendu nullement obligé de boire un demi-litre de thé noir insipide…

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