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Quand la politique s’abîme dans la provocation

Donald Trump jako prezydent USA. Chrześcijańskie spojrzenie

Donald Trump.

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Clément Barré - publié le 21/01/26
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Que faire devant cette pathologie du politique que constitue la domination par la provocation ? Le chrétien ne peut être ni naïf, ni cynique, répond le père Clément Barré, prêtre du diocèse de Bordeaux. Son chemin est celui de la sobriété de l’attention, la priorité aux personnes, la discipline de la vérité.

Il y a des séquences politiques qui ne cherchent plus à convaincre, parce qu’elles ont trouvé mieux : désorienter. Saturer l’attention, fabriquer de l’adrénaline, déclencher l’indignation, diviser en tribus. La vérité n’est plus un but ; elle devient un dommage collatéral. Depuis quelques jours, beaucoup éprouvent cela devant Donald Trump : Groenland évoqué comme un objet de transaction, menaces de tarifs contre des alliés, posture de puissance mêlée à des sorties erratiques — jusqu’à cette idée obscène que la paix pourrait dépendre d’une récompense, d’un "Nobel", d’une reconnaissance due. Le monde devient une scène, et l’histoire un ego-trip.

Je n’écris pas pour ajouter une couche d’anti-trumpisme automatique. Cette addiction-là est souvent le jumeau spirituel du trumpisme : même dépendance affective, même intoxication quotidienne, même incapacité à respirer sans "réagir". J’écris pour proposer un discernement chrétien plus tranchant : que nous arrive-t-il quand le politique devient un flux de provocations ? Et comment traverser cela sans perdre la vérité, la charité et la paix intérieure — c’est-à-dire sans perdre le Christ ?

La tentation : domination et idolâtrie

Rien de neuf, au fond. Le pouvoir attire une tentation biblique vieille comme le monde : la domination. Augustin l’appelait libido dominandi (la concupiscence du pouvoir) : le désir de tenir le réel, de forcer l’histoire, de plier les autres à sa volonté. La Bible nomme cela "Babylone", "l’empire", "le roi qui s’élève". Mais notre époque ajoute une sophistication : la domination par l’émotion. Le scandale devient une méthode ; l’excès, un style ; la contradiction, une stratégie. On ne gouverne plus par la décision, mais par la secousse. On ne cherche plus le vrai : on cherche l’effet. On ne vise plus le bien commun : on vise le coup, la victoire, le trophée. Quand un dirigeant suggère qu’il n’est plus tenu de "penser purement à la paix" parce qu’il n’a pas été célébré comme il l’espérait, on n’est pas dans un débat d’idées : nous sommes dans une théologie de l’orgueil, où le monde doit servir de miroir.

Le chrétien ne peut pas être naïf. Mais il ne peut pas devenir cynique non plus. Entre les deux, il y a la lucidité théologale : comprendre que la politique devient idolâtre quand elle réclame ce qui revient à Dieu seul — l’adhésion inconditionnelle, la confiance totale, la haine justifiée.

Le critère : dignité humaine, vérité, limites

Le critère chrétien ne change pas : la dignité de la personne, la vérité, et la limite morale. Or la séquence actuelle révèle surtout un style de pouvoir : celui du "bully". La puissance qui ne cherche plus le bien, mais la soumission ; qui ne discute plus, mais humilie ; qui ne négocie plus, mais rackette. La diplomatie devient une cour de récréation : menacer, faire plier, obtenir un signe de domination, puis exiger qu’on applaudisse.

Le plus inquiétant n’est pas seulement l’outrance : c’est la vexation érigée en politique. Quand la paix, les alliances, les peuples et les institutions deviennent les accessoires d’une revanche personnelle — "je n’ai pas été honoré, donc je ne me sens plus tenu à la retenue" — l’ordre public est livré à l’ego. Le monde n’est plus un bien commun à servir, mais un décor où l’on règle ses comptes.

Voilà pourquoi il ne suffit pas de débattre "pour" ou "contre" telle mesure. Il faut nommer la logique : l’intimidation comme principe de gouvernement. La menace devient argument ; l’imprévisibilité, stratégie ; la brutalité, langage. Et comme tout cela arrive sous la forme d’un spectacle permanent, on finit par s’habituer à l’inacceptable, comme à un bruit de fond. L’Évangile, lui, ne se laisse pas hypnotiser. Il juge, et il juge toujours du côté des victimes : non pas "qu’avez-vous voulu obtenir ?", mais "qu’avez-vous fait — ou laissé faire — au plus petit ?". C’est là que s’éprouve la vérité d’un gouvernement, et la vérité de nos propres cœurs.

Le danger pour nous : se rendre semblable

La violence du spectacle produit en miroir une violence intérieure. On vit de mépris. On se nourrit de caricatures. On cherche le bon mot plus que le jugement juste. On confond l’ivresse de ridiculiser avec la joie évangélique. On veut "gagner" plus qu’éclairer.

Or, dans l’Évangile, la vérité n’est jamais séparée de la charité. Et la charité n’est pas une niaiserie : c’est la force de ne pas laisser le mal choisir nos réactions. Le diable se moque du camp où l’on se range, pourvu qu’il obtienne ceci : que nous perdions la paix du Christ et que nous confondions la politique avec le salut.

Un chemin chrétien, concret

Quelles sont les voies d’un chemin chrétien ? Quatre gestes sobres sont possibles. Premièrement, la sobriété de l’attention : ne pas vivre sous perfusion de notifications. Lire peu, à heure fixe, avec des sources fiables. Deuxièmement, la discipline de la vérité : refuser la rumeur, même "utile". La vérité est un commandement, pas un outil de camp. Troisièmement, la priorité aux personnes réelles : revenir aux visages, aux corps, aux vies prises dans l’étau des tensions et des humiliations. Agir : soutenir, aider, accompagner, prier et jeûner. Quatrièmement, la prière pour les gouvernants — sans naïveté : prier pour Donald Trump, pour ses opposants, pour les responsables européens. Non pour sanctifier des décisions, mais pour que Dieu arrête l’orgueil, la vengeance, l’ivresse de puissance.

L’espérance chrétienne n’est pas l’optimisme. Elle ne promet pas une politique apaisée. Elle promet un Royaume qui n’est pas de ce monde — et qui, précisément pour cela, nous rend capables d’habiter ce monde sans nous y dissoudre. Dans les temps de confusion, l’Église n’a pas d’abord une stratégie : elle a une fidélité au vrai, au juste, au faible, au Christ. C’est moins spectaculaire. Mais c’est ce qui sauve.

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