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Nigeria : plus de 160 chrétiens enlevés dans l’attaque de deux églises

Un fidèle prie à l'Église évangélique lors d'une prière organisée par l'Association chrétienne du Nigeria (CAN) à Minna, le 7 décembre 2025.

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Cécile Séveirac - avec AFP - publié le 20/01/26
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Plus de 160 chrétiens ont été enlevés par des groupes armés lors d'une attaque dans le nord du Nigeria, dimanche 18 janvier. Le pays fait face à une recrudescence sans commune mesure d'enlèvements par des groupes armés réclamant des rançons ou alimentant la traite humaine.

Plus de 160 fidèles ont été enlevés dimanche 20 janvier dans l'attaque de deux églises du nord du Nigeria. Alors que des fidèles assistaient au culte dominical dans un village isolé de l'État de Kaduna, des gangs armés ont attaqué deux églises et enlevé plus de 160 personnes, ont indiqué lundi 19 janvier un membre du clergé chrétien et un rapport de sécurité de l'ONU consulté par l'AFP.

"Les assaillants sont arrivés en nombre, ont bloqué l'entrée des églises et ont forcé les fidèles à sortir dans la brousse", a déclaré à l'AFP le révérend Joseph Hayab, président de l'Association chrétienne du Nigeria pour le nord du pays. "Ils en ont enlevé 172, mais neuf se sont échappés, donc 163 sont toujours avec eux", a affirmé à l'AFP M. Hayab, précisant que les attaques ont eu lieu dans le village de Kurmin Wali, situé dans le district à majorité chrétienne de Kajuru. ItIshaku Dan'azumi, un chef traditionnel, a de son côté affirmé que 166 personnes avaient été enlevées dans trois églises du village.

Les attaques ont été confirmées par un rapport de l'ONU consulté lundi par l'AFP, qui mentionne "plus de 100 fidèles" enlevés par des "bandits armés". La police de l'État de Kaduna n'a pas confirmé l'attaque. Mais son chef a déclaré à des journalistes que des agents avaient répondu à l'alerte et s'étaient rendus "sur le lieu présumé du crime" dimanche.

"Aucune preuve"

"Jusqu'à présent, il n'y a aucune information faisant état d'une attaque ou d'un enlèvement", a déclaré le commissaire de police Muhammad Rabiu, dans des propos diffusés sur une chaîne de télévision locale. Le commissaire d'État à la sécurité intérieure, Sule Shauibu, a rejeté le "récit" d'un enlèvement, le jugeant "totalement faux". "Nous n'avons aucune preuve en ce sens", a-t-il assuré.

"Seuls les politiciens nient l'enlèvement de nos gens", a rétorqué le chef local de Kurmin Wali, interrogé par l'AFP. "Nous avons désormais 166 personnes entre les mains des ravisseurs", a-t-il assuré, regrettant que son village vive sous la menace d'hommes armés.

"Cela a affecté nos activités agricoles, car nous produisons moins de nourriture qu'avant. (...) Nous ne nous sommes jamais plaints aux autorités des enlèvements dans notre région, car nous avons contribué à payer pour la liberté des personnes enlevées. Parfois, jusqu'à 20 personnes sont kidnappées et nous ne nous sommes jamais plaints, nous avons géré le problème nous-mêmes". "Cette fois, nous nous sommes adressés aux autorités parce que le nombre de personnes enlevées dépasse notre capacité à faire face", a ajouté ItIshaku Dan'azumi.

"Industrie lucrative"

Les enlèvements de masse sont fréquents au Nigeria, la plupart perpétrés par des gangs criminels, désignés localement sous le terme de "bandits", en quête de rançons. Même si le paiement de rançons est interdit par la loi, les kidnappings sont devenus "une industrie structurée et lucrative" qui a rapporté quelque 1,66 million de dollars entre juillet 2024 et juin 2025, selon un rapport de SBM Intelligence, un cabinet de conseil basé à Lagos.

Cette nouvelle vague d'enlèvements, dont celui de plus 300 élèves et professeurs d’une école catholique du centre du pays en novembre - qui ont depuis été libérés -, a profondément ébranlé le pays presque également divisé entre un nord majoritairement musulman et un sud principalement chrétien.

En réaction, le président nigérian Bola Tinubu a déclaré fin novembre l'état d'urgence et lancé le recrutement de militaires et de policiers pour lutter contre l'insécurité qui mine le pays. Cette situation a poussé le gouvernement américain à mener des frappes militaires le jour de Noël dans l'État de Sokoto, Donald Trump accusant des groupes armés nigérians de persécuter les chrétiens, évoquant le terme de "génocide". Mais le gouvernement nigérian, tout comme de nombreux médias et autres observateurs, refuse de parler de persécution religieuse.

Plus de 35.000 chrétiens nigérians tués depuis 2014

La Constitution nigériane est laïque et garantit la liberté religieuse. Mais en pratique, douze États du Nord ont adopté la charia qui discrimine les chrétiens, tandis que perdure une violence inouïe et multifactorielle que les autorités ne parviennent pas à maîtriser. Selon l’Index Mondial de Persécution 2026, publié par l'ONG Portes Ouvertes, 4.849
chrétiens ont été tués pour leur foi dans le monde du 1er octobre 2024 au 30 septembre 2025, dont 3.490 au Nigeria. Depuis 2014, ce sont 35.080 chrétiens qui ont été tués en raison de leur foi dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

Le facteur religieux est donc bel et bien présent, bien qu'il soit indéniablement mêlé à un facteur ethnique. Depuis de nombreuses années, les affrontements entre bergers peuls (musulmans) et agriculteurs (chrétiens) font rage dans le nord du pays. Les premiers, à la recherche de terres pour faire paître leurs troupeaux, se sont en grande partie radicalisés. Les chrétiens considèrent en effet que les Peuls fournissent le gros des troupes du groupe djihadiste Boko Haram, selon la Fondation pour la recherche stratégique, un groupe de réflexion sur les questions de sécurité internationale et de défense. Transformés en milices, ces groupes surgissent dans les villages où ils pillent, tuent et enlèvent les habitants. La traite humaine est devenue un véritable fléau, dans un pays majoritairement corrompu où une partie de la population en profite, explique notamment Jean Baptiste Noé, géopoliticien, dans Aleteia qui assure qu' "aucune attaque militaire ne pourra faire cesser une activité séculaire qui profite financièrement à des milliers de personnes, au Nigeria, mais aussi au Niger, au Tchad et en Libye".

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