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Groenland : l’archevêque Broglio invoque la primauté de la conscience des militaires

GREENLAND
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Daniel Esparza - publié le 20/01/26
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Face aux hypothèses d’un recours à la force contre le Groenland, Mgr Timothy Broglio , évêque aux Armées des États-Unis, a rappelé dans un entretien accordé le 18 janvier à la BBC que la doctrine catholique autorise l’objection de conscience face à un ordre militaire moralement injustifiable.

Des militaires catholiques américains pourraient, en toute conscience, envisager de désobéir à un ordre visant à attaquer le Groenland, si un tel ordre venait à être donné. C’est ce qu’a déclaré Mgr Timothy Broglio, responsable de la pastorale des militaires américains, lors d’une intervention sur le programme dominical de la BBC, le 18 janvier.

Mgr Broglio a expliqué se sentir profondément préoccupé par le salut spirituel des militaires placés sous sa responsabilité. Selon lui, des militaires américains "pourraient se retrouver dans une situation où ils recevraient l’ordre d’accomplir un acte moralement discutable" si l’administration Trump mettait à exécution ses menaces d’employer la force militaire pour prendre le contrôle du Groenland.

Timothy Broglio , archevêque des Forces armées américaines.

"Nous avons le droit international, et nous avons des principes moraux qui devraient guider chacun d’entre nous", a-t-il rappelé, ajoutant ne voir "aucune circonstance" dans laquelle une prise du Groenland par la force pourrait satisfaire aux critères de la doctrine de la guerre juste. Tout en reconnaissant la difficulté concrète que représente le refus d’obéir à un ordre militaire, l’archevêque a affirmé que, "dans le for intérieur de leur conscience, il serait moralement acceptable de désobéir" à un ordre injuste.

Cette position s’inscrit dans l’enseignement fondamental de l’Église catholique, qui affirme : "En tout ce qu’il dit et fait, l’homme est tenu de suivre fidèlement ce qu’il sait être juste et droit" (CEC, §1778). L’archevêque a toutefois souligné que de telles décisions seraient "extrêmement éprouvantes" pour les militaires concernés. "Mais il est de mon devoir d’en parler", a-t-il ajouté.

Le Groenland, territoire allié

Le pape Léon a lui-même récemment réaffirmé l’importance du respect de la conscience individuelle lors d’une rencontre avec des représentants des États entretenant des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. "L’objection de conscience permet aux personnes de refuser des obligations légales ou professionnelles qui entrent en conflit avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément enracinés dans leur vie personnelle", a-t-il déclaré.

Il peut s’agir du refus de porter les armes pour des raisons de conscience, ou le refus, pour des médecins et des professionnels de santé, de participer à des pratiques telles que l’avortement ou l’euthanasie. "L’objection de conscience n’est pas une rébellion, mais un acte de fidélité à soi-même", a souligné le souverain pontife.

Donald Trump ne renonce pas à ses revendications sur le Groenland.

À ses yeux, "la liberté de conscience semble aujourd’hui de plus en plus remise en cause par les États, y compris par ceux qui se réclament de la démocratie et des droits humains " Or, cette liberté "établit un équilibre entre l’intérêt collectif et la dignité individuelle" et constitue un rempart contre les dérives autoritaires, en favorisant un dialogue éthique au sein de la société.

Le Groenland est un territoire autonome du Royaume du Danemark, allié des États-Unis au sein de l’OTAN. Le président Donald Trump et plusieurs hauts responsables américains ont affirmé que l’île revêtait une importance stratégique cruciale pour la sécurité nationale des États-Unis, malgré le rôle déjà joué par le Danemark dans sa défense. "Le Groenland est un territoire danois, et le Danemark est un allié", a rappelé l’archevêque Broglio. "Il ne semble pas raisonnable que les États-Unis attaquent et occupent une nation amie." Une telle action, a-t-il ajouté, "ne paraît ni nécessaire ni acceptable".

Des critiques récurrentes de l’usage de la force

Les déclarations de l’archevêque s’inscrivent dans une série de prises de position critiques à l’égard de certaines opérations militaires américaines. En décembre, il avait condamné une "seconde frappe" menée par les forces américaines contre un navire soupçonné de trafic de drogue dans les Caraïbes, rappelant que "le principe moral interdisant le meurtre intentionnel de non-combattants est inviolable".

Interrogé par la BBC, Mgr Broglio a précisé que sa préoccupation, en tant que pasteur, était de voir la politique américaine ignorer "la manière appropriée et moralement juste de répondre à ce type de situations". Selon plusieurs sources, le président Trump aurait par ailleurs adressé, au cours du week-end, une lettre au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, affirmant qu’il ne se sentait "plus obligé de penser uniquement à la paix" après ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix, et qu’il se concentrerait désormais sur ce qu’il juge "bon et approprié" pour les États-Unis.

Pour l’archevêque Broglio, si certaines déclarations relèvent davantage de la rhétorique que de l’action, elles n’en demeurent pas moins lourdes de conséquences : "Elles ternissent l’image des États-Unis dans le monde." Le Vatican a également fait part de ses inquiétudes. À Rome, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, a appelé à la retenue et à un renforcement de la coopération internationale. "Les solutions par la force ne peuvent être employées", a-t-il averti, soulignant que toute action unilatérale accroîtrait le risque d’un conflit élargi.

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