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Syrie : Damas et les forces kurdes concluent un accord de cessez-le-feu

7 janvier 2026, des habitants fuient le quartier kurde d'Achrafieh à Alep.

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La rédaction d'Aleteia - avec AFP - publié le 19/01/26
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Après plusieurs semaines d’affrontements dans le nord et le nord-est de la Syrie, le pouvoir de Damas et les forces kurdes ont annoncé le 18 janvier un accord de cessez-le-feu prévoyant l’intégration des Forces démocratiques syriennes au sein de l’État syrien. Salué par la France et les États-Unis, ce compromis marque un tournant majeur du conflit, tout en mettant fin aux ambitions d’autonomie kurde.

Le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé dimanche 18 janvier un accord avec les Kurdes syriens, prévoyant un cessez-le-feu et l'intégration de leurs puissantes forces au sein de l'État syrien, après deux jours de rapide progression de ses troupes dans les zones tenues par les Kurdes dans le nord et le nord-est du pays. Depuis début janvier, des affrontements entre les forces du gouvernement et les combattants kurdes faisaient rage, entraînant le déplacement de milliers de civils.

Le chef des forces kurdes de Syrie Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), a confirmé avoir accepté "pour que cette guerre ne devienne pas une guerre civile" que ses forces se "retirent des régions de Deir Ezzor et de Raqa vers Hassaké". L'accord est un coup dur pour les Kurdes qui ambitionnaient de préserver leur administration autonome, instaurée de facto depuis plus d'une décennie.

Le texte en quatorze points publié par la présidence prévoit l'intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) et des forces de sécurité kurdes dans les ministères de la Défense et de l'Intérieur du pays. Il stipule aussi la remise immédiate au gouvernement des provinces sous contrôle kurde et peuplées notamment d'Arabes de Deir Ezzor et Raqa, ainsi que la prise en charge par Damas des prisonniers du groupe jihadiste État islamique (EI) et de leurs familles détenus dans des prisons et des camps contrôlés par les Kurdes.

Ahmad al-Chareh a précisé devant la presse avoir signé l'accord à distance avec Mazloum Abdi. Selon le président syrien, qui a annulé une visite prévue mardi à Berlin, les détails de l'accord doivent être finalisés lors de pourparlers lundi avec M. Abdi. La France sera présente à ces pourparlers, selon l'entourage du président Emmanuel Macron. Elle a salué lundi 19 janvier l'accord de cessez-le-feu, tout en assurant rester "fidèle à ses alliés" kurdes avec qui elle a combattu le groupe État islamique. "Nous saluons l'accord de cessez-le-feu conclu le 18 janvier entre le Président Al-Chareh et le Général Mazloum" Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), a affirmé le ministère des Affaires étrangères français dans un communiqué, appelant "toutes les parties à le respecter".

"Tournant décisif"

Les États-Unis, qui soutiennent depuis des années les combattants kurdes syriens mais sont désormais également un allié clé de Damas, ont salué l'accord, M. Barrack parlant d'un "tournant décisif, avec d'anciens adversaires privilégiant le partenariat plutôt que la division".

Avant l'offensive de l'armée syrienne, des négociations entre le pouvoir central et les Kurdes visant à intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'État, aux termes d'un accord conclu en mars 2025, étaient dans l'impasse. Dans un geste apparent de bonne volonté, le président avait accordé vendredi par décret des droits nationaux inédits aux Kurdes, reconnaissant notamment le kurde comme langue officielle. Une mesure jugée insuffisante par l'administration autonome kurde du nord de la Syrie. Le président syrien, qui a renversé Bachar al-Assad en décembre 2024 à la tête du groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTC), a insisté sur une nécessaire "souveraineté de la Syrie sur l'ensemble de son territoire".

Reprise d'un grand champ pétrolier

L'armée a notamment repris le 18 janvier aux forces kurdes le plus grand champ pétrolifère de Syrie, celui d'al-Omar. Les FDS avaient pris le contrôle de ce champ après en avoir expulsé l'EI en 2017. Pendant des années, ce site avait abrité la plus grande base de la coalition internationale antijihadiste menée par les États-Unis, qui a aidé les FDS à combattre l'EI, finalement défait en Syrie en 2019.

À l'aube, les FDS "se sont retirées de tous les secteurs sous leur contrôle" dans l'est de la province de Deir Ezzor, peuplée en majorité d'Arabes, dont "les champs pétrolifères de al-Omar", le plus grand du pays "et al-Tanak", selon une ONG. La minorité kurde s'était emparée pendant la guerre civile (2011-2024) de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, incluant champs pétroliers et gaziers.

Début janvier, les forces gouvernementales ont délogé les combattants kurdes de quartiers d'Alep, puis les ont sommés de se retirer d'une zone située entre cette ville du nord du pays et l'Euphrate, plus à l'est. À mesure que les forces kurdes se repliaient sans opposer de véritable résistance, les troupes gouvernementales ont progressé samedi et dimanche vers l'est, où elles ont notamment pris le contrôle de la ville de Tabqa.

Après le départ des forces kurdes, des résidents de Tabqa ont déboulonné une immense statue honorant une combattante kurde tuée en 2017 par les jihadistes de l'EI, attestent des photos de l'AFP. L'armée a poursuivi dimanche son avancée jusqu'à Raqa, dans la province éponyme, qui était la "capitale" du groupe État islamique avant sa défaite et où les habitants avaient souffert des pires exactions.

Selon l'agence Sana, deux civils ont été tués le 18 janvier à Raqa par des tirs des FDS. Le correspondant de l'AFP aux abords de la ville a entendu des tirs d'armes automatiques, et indiqué que les forces gouvernementales avaient acheminé des renforts et ratissaient des quartiers de la ville. La minorité kurde, notamment répartie entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran, a souffert de décennies d'oppression en Syrie, où elle est estimée à quelque deux millions de personnes, sur 20 millions d'habitants.

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