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On ne défigure pas une langue pour des tocades idéologiques

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Benoist de Sinety - publié le 18/01/26
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En voulant imposer ce barbarisme démagogique qu’on appelle « écriture inclusive », des militants idéologues veulent s’approprier la langue française qui est un bien commun. Ce faisant, dénonce le père Benoist de Sinety, ils méprisent l’égalité entre tous les enfants qui reçoivent cette langue en héritage.

La Vieille Dame a protesté. Ce n’est pas dans son habitude, mais elle l’a fait avec vigueur et clarté. Quelques articles, des commentaires amusés, un rien condescendant et puis plus rien : en fait, ce que dit la Vieille Dame, on s’en fiche ! C’est toujours pareil : les grincheux passent leur temps à empêcher la jeunesse de s’exprimer. Être dans le vent c’est formidable, n’est-ce pas ? On devrait toujours pouvoir réinventer la langue, la transformer. On veut de la poésie, de l’invention, du rêve, de la littérature quoi !

Une étrange secte qui veut changer la langue

En 1635, le cardinal de Richelieu confie à l’Académie Française qu’il vient de créer, cette mission : « Donner des règles certaines à notre langue et la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. » Devant les nouveaux prêtres de la morale moderne, elle a fort à faire cette Vieille Dame, en rappelant les règles et en prévenant les dérives. À chaque édition, de nombreux mots nouveaux entrent dans nos dictionnaires, et de nombreux autres se voient enrichis de sens jusque-là inédits.

Il s’agit d’expurger toute connotation de supériorité entre les genres.

Mais voici que depuis quelques temps, une étrange secte apparaît sans grande compétence linguistique, mais forte de son désir de justice. Il s’agit d’expurger toute connotation de supériorité entre les genres. Noble entreprise qui mériterait des héraults mieux inspirés. Car, ignorants des règles et des usages, ces pourfendeurs des inégalités se contentent de semer des « - » et des « . » entre des « rs » et des « res » ce qui, loin de rendre la langue plus poétique ne fait qu’en accentuer la difficulté. Pour les personnes dyslexiques d’abord, qui ne comprennent plus rien aux mots qui dansent sous leurs yeux. Pour les étrangers ensuite, qui mettent tant d’énergie à apprendre une langue déjà bien compliquée. Pour les francophones non français de souche, qui estiment que les Gaulois ne manquent pas d’audace en modifiant une langue qui ne leur appartient pas, mais qui est désormais celle de bien des peuples de toutes couleurs et de toutes cultures. 

Barbarisme démagogique

Une confrontation juridique vient d’opposer l’Académie à la Ville de Paris : en cause, des plaques commémoratives apposées dans l’Hôtel de Ville utilisant ce barbarisme démagogique qu’on appelle « écriture inclusive », comme s’il existait une écriture contraire. Ayant épuisé tout recours, voici donc le Conseil d’État qui donne tort au quai Conti au prétexte que l’usage de cette écriture est bien aussi l’usage de la langue française, obligatoire pour tout document public en France. On pourra toujours rétorquer aux Sages que, finalement, là n’est pas le sujet : l’écriture inclusive est certes bien partie prenante de la langue française. Mais une langue déformée, blessée, défigurée par une orthographe défaillante et une grammaire absente. On ne traînera pas devant les tribunaux un restaurateur dont le menu comporte moultes coquilles, on n’instruira pas pour un document administratif au participe passé hésitant. D’abord parce que cela n’aurait pas de sens et ensuite parce que nos pauvres magistrats déjà ensevelis sous les affaires de Clochemerle, n’auraient plus qu’à expirer. Mais on peut s’interroger sur l’arrière-pensée de ceux qui, ayant reçu la gloire, les pompes et le pouvoir, les utilisent pour mettre en œuvre une dialectique clivante préférant leurs tocades à la recherche du bien commun. 

L’ADN de notre société

Car s’il existe, ce bien commun, c’est dans l’usage d’une langue qui se recherche et s’acquiert. Le principe d’égalité en droits et en devoirs, en dignité et en reconnaissance, ne se discute pas. Il est ce qui fait ce pays. Parfois en le rendant horripilant pour les autres, parfois en nous rendant collectivement un peu fous, mais il est comme l’ADN de notre société. Sans doute parce que celle-ci s’enracine pour une grande part dans la foi dans ce Verbe qui se fait chair et qui révèle combien la Parole est source de vie. 

En modifier la forme par jeux et par calculs politiciens est un acte grave.

En modifier la forme par jeux et par calculs politiciens est un acte grave qu’il n’appartient pas à la justice de souligner, mais à la raison de dénoncer. « Les mots ont un sens » dit-on. Le croit-on encore ? Sans doute pas chez ceux qui les ponctuent de hiéroglyphes obscurs utilisés comme des armes politiques. La Vieille Dame a bien raison de défendre l’égalité entre tous les enfants qui reçoivent en héritage cette langue, des salons de l’Hôtel de Ville de Paris aux banlieues de Kinshasa, des plages de Tahiti aux rochers battus par les vents de Saint-Pierre-et-Miquelon. Et tant pis si les recours juridiques sont perdus. Il lui reste la force qui est celle de ceux qui mesurent les enjeux des combats et ne limitent pas leur horizon à des campagnes de communication.

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