Dans la vie conjugale, les différences de revenus s’installent souvent progressivement. Elles peuvent être liées à un choix professionnel, à une parentalité plus présente, à une carrière qui décolle davantage ou à une période de chômage. Tant que l’équilibre relationnel tient, la question reste en arrière-plan. Mais lorsque des tensions apparaissent, l’argent devient parfois le révélateur d’un malaise plus profond. Il vient toucher à l’identité, à la manière dont chacun se sent reconnu et légitime dans la relation. C’est ce que constate régulièrement Marie Vautherin, thérapeute de couple IMAGO.
"Parce que je gagne de l’argent, j’existe"
"Ce n’est pas un sujet qui revient hyper fréquemment dans mes accompagnements", explique Marie Vautherin. "Mais quand il apparaît, il touche quelque chose de très profond." Selon elle, l’argent n’est jamais neutre dans la relation conjugale. "La question de l’argent touche très profondément à l’identité et à l’équilibre du couple, parce qu’elle touche à l’estime de soi. Il y a quelque chose derrière, d’une reconnaissance de soi, d’une existence."
Elle poursuit : "Parce que je gagne de l’argent, j’existe. Parce que j’ai un salaire important, j’ai une place importante, je suis reconnu." Dans ce contexte, lorsque l’un gagne nettement moins que l’autre, un déséquilibre intérieur peut s’installer. "Quand il y en a un qui gagne moins d’argent, c’est comme s’il avait moins de place, moins de reconnaissance dans le couple, de celui qui gagne plus d’argent."
Des différences de gestion de l’argent
Dans les situations de forte différence de revenus, ce qui émerge le plus souvent n’est pas une volonté de domination, mais une inquiétude. "Le sujet qui revient vraiment le plus souvent, c’est la différence de gestion de l’argent", observe la thérapeute. "Et puis la peur, souvent, de celui qui gagne le plus d’argent ou de celui qui est responsable de ramener l’argent du foyer." Cette peur prend une forme très concrète. "La peur que l’argent soit dépensé de façon déséquilibrée ou abusive par l’autre." Elle s’exprime parfois à travers des remarques du quotidien. "Il peut y avoir des petits pics envers son épouse, comme quoi elle ne fait pas attention à la façon de gérer l’argent du couple, comme quoi elle est revenue avec dix paquets de pâtes parce qu’ils étaient en promo plutôt que deux, comme ils avaient noté sur leur liste de courses."
À cela s’ajoute parfois une forte pression intérieure. "Je pense à un couple que j’accompagne: lui parle beaucoup du poids qui repose sur ses épaules de garantir le bon fonctionnement du foyer." Et d’ajouter : "Même s’il avait envie de ralentir, de lever le pied, il ne peut pas." Dans d’autres configurations, lorsque la femme gagne davantage, d’autres fragilités apparaissent. "Dans les couples plus modernes, quand madame fait sa carrière et que monsieur gagne moins d’argent, cela vient malgré tout toucher à la masculinité, à la virilité et à la représentation qu’on a de l’homme qui doit travailler."
Revenir au projet commun pour faire grandir le couple
Face à ces tensions, Marie Vautherin invite les couples à revenir à leur intention première. "Nommer leurs intentions : c’est quoi votre intention pour votre relation ?", explique-t-elle. "Souvent, les couples disent : pouvoir faire équipe, pouvoir avancer ensemble main dans la main." Dans cette logique, elle encourage clairement le compte commun. "C’est un peu cash, mais moi j’encourage à fond au compte commun, où tout est mis dans le même compte et partagé." Pour elle, ce choix permet d’éviter bien des tensions : "Le compte commun évite les non-dits, évite la comptabilité froide et permet qu’on ait accès aux mêmes choses." Elle reconnaît cependant que des ajustements sont possibles : "Je pense à des couples qui ont un compte commun mais chacun un petit compte personnel à côté. Si les choses sont posées et claires, pourquoi pas."
Enfin, la thérapeute rappelle que le rapport à l’argent est toujours enraciné dans une histoire personnelle. "Évidemment, tout cela renvoie à ce qu’on a vécu dans notre enfance, dans notre environnement familial, à la façon dont l’argent était géré." Et de conclure : "Dans un couple, on a besoin l’un et l’autre d’entendre le monde de l’autre pour faire du ensemble."

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