La ville d’Alep, déjà profondément marquée par plus d’une décennie de guerre, connaît depuis le début de l’année 2026 de nouveaux affrontements entre les forces gouvernementales et les Forces démocratiques syriennes (FDS). Ces violences ont ravivé la peur et l’instabilité dans plusieurs quartiers, plongeant les habitants dans une angoisse persistante. Un cessez-le-feu a été annoncé par Damas, le 9 janvier. Les FDS se sont partiellement retirées de plusieurs quartiers stratégiques comme Cheikh Maqsoud, Achrafieh et Bani Zaid. Le gouvernement syrien, dirigé par l'islamiste Ahmed al-Charaa, reste déterminé à étendre son autorité sur l’ensemble du pays. Dimanche 9 janvier, l'armée avait pris le contrôle de l’ensemble d’Alep. Les tensions se maintiennent dans la province d’Alep, avec des échanges sporadiques de tirs dans les zones périphériques contrôlées par les FDS. Des renforts militaires syriens sont toujours présents à la frontière des territoires kurdes, laissant craindre une possible reprise des hostilités à plus grande échelle. Sur le plan politique, les négociations entre Damas et les forces kurdes restent au point mort, alimentant une impasse dangereuse. Cette situation crée un climat d’incertitude pesant pour la population, qui vit dans la crainte d’un nouveau cycle de violence.
Face à cette situation fragile, Bahjat Karakach, curé de l’église Saint-François-d’Assise, livre son témoignage précieux sur la réalité quotidienne des civils, les besoins humanitaires urgents et le message d’espoir qu’il souhaite transmettre, tant aux Aleppins qu’à la communauté internationale. Entretien.
Aleteia : Comment décririez-vous la situation sécuritaire actuelle à Alep, notamment après les récents affrontements entre les forces gouvernementales et les Forces démocratiques syriennes (FDS) ?
Depuis le 6 janvier 2026, Alep est replongée dans des épisodes de violence que beaucoup pensaient définitivement derrière eux. Les combats qui ont éclaté dans les quartiers de Cheikh Maqsoud, Achrafieh et Bani Zaid ont ravivé une peur profonde et un climat d’instabilité. Cette inquiétude ne vient pas seulement des affrontements eux-mêmes, mais aussi du sentiment persistant que la ville reste sur un fil, prête à basculer à nouveau. Même si les autorités ont annoncé la fin des opérations militaires et le retrait des FDS le 10 janvier, la situation demeure fragile. Les habitants vivent dans une anxiété permanente, car la paix véritable ne se mesure pas seulement à l’absence d’armes, mais à un sentiment réel de sécurité et de stabilité — un équilibre qui reste encore à atteindre.
La mission franciscaine nous rappelle que la solidarité ne doit pas se limiter aux mots, mais s’incarner dans des actes concrets, dans un esprit de fraternité simple et sincère.
Quel impact les combats ont-ils eu sur la population civile, notamment en termes de déplacements, d’accès aux services et à la sécurité, ainsi que sur le quotidien des habitants ?
Comme toujours, ce sont les civils qui ont subi les conséquences les plus lourdes. Des milliers de familles ont dû fuir leurs foyers, même temporairement, à la recherche de lieux plus sûrs. Les enfants ont vécu des instants de peur intense, tandis que les personnes âgées ont été confrontées à des traumatismes qu’elles pensaient avoir surmontés. En plus des déplacements, les services essentiels comme l’eau et l’électricité ont été perturbés, rendant l’accès à la nourriture et aux médicaments encore plus difficile. La vie quotidienne à Alep s’est alourdie, marquée par la peur, le stress et une fatigue psychologique profonde, dans une ville déjà épuisée par des années de guerre et de crises successives, sans réelle opportunité de reconstruction ni de répit.
Quels sont les besoins humanitaires les plus urgents à Alep, et comment les églises et les organisations locales y répondent-elles ?
Les besoins humanitaires sont aujourd’hui considérables et diversifiés. Il faut d’urgence des abris pour les familles déplacées, ainsi que de la nourriture, des médicaments et du chauffage pour affronter les conditions de vie difficiles. Mais au-delà des nécessités matérielles, Alep porte une blessure psychologique et spirituelle profonde, notamment chez les enfants traumatisés par la répétition des violences. Malgré ses ressources limitées, l’Église s’efforce d’être une présence maternelle et bienveillante auprès des plus vulnérables. Le Monastère de la Custodie de Terre Sainte à Alep a ouvert ses portes à tous, sans discrimination, offrant une aide humanitaire d’urgence, mais aussi un refuge pour la prière et le repos. La mission franciscaine nous rappelle que la solidarité ne doit pas se limiter aux mots, mais s’incarner dans des actes concrets, dans un esprit de fraternité simple et sincère.
L'Église en Syrie restera une maison d’espérance, un lieu de rencontre, et un témoignage vivant que l’amour peut triompher de la peur.
Quel message d’espoir ou de foi souhaitez-vous adresser aux habitants d’Alep et au monde ?
Alep est une ville éprouvée, qui saigne depuis trop longtemps, mais elle n’a pas perdu son esprit d’espérance. Je veux dire aux habitants que leur souffrance n’est pas vaine, que Dieu est présent au cœur de leur douleur, qu’Il marche avec eux et porte la croix à leurs côtés. L’espoir n’est pas un simple optimisme naïf, mais une décision courageuse de continuer à vivre, à avancer malgré tout. À la communauté internationale, je lance un appel : ne laissez pas Alep tomber dans l’oubli, ne laissez pas son peuple seul. Ils ont besoin de prières, de solidarité et d’un soutien concret pour protéger la dignité humaine et bâtir un avenir sûr pour leurs enfants. Depuis cette ville blessée mais pleine de foi, l’Église restera une maison d’espérance, un lieu de rencontre, et un témoignage vivant que l’amour peut triompher de la peur.

![[VIDÉO] Portable caché, scrutins inattendus… Dans les coulisses du dernier conclave](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2025/05/VATICAN-POPE-CONCLAVE-SISTINE0A-2013-000_DV1436250.jpg?resize=75,75&q=25)







