Noël nous semble déjà tellement loin ! L’actualité, si intense et tourneboulante, a eu vite fait de ranger l’anniversaire de la naissance du Christ Jésus tout au fond des combles de notre pensée. Difficile d’interpréter cette Nativité comme un événement pouvant stimuler notre optimisme et notre enthousiasme au jour le jour ! Des chrétiens se demandent comment Noël pourrait structurer efficacement leur manière de voir le monde ; et même, fortifier leur foi quand celle-ci, fouettée aux quatre vents par une bourrasque de sombres nouvelles se mélangeant aux intempéries hivernales, souffre du sentiment déprimant d'être traitée comme un vulgaire bouchon de liège à la merci d'impérieux tourbillons ?
Temps de chien
Question taraudante ! Comment Jésus-Christ, dont nous avons commémoré la naissance à Bethléem, sous le règne de César Auguste, peut-il encore être présent parmi nous ? Comment Le sentir à nos côtés ? Comment voir le Prince de la Paix quand nos regards sont affolés par une cascade d'événements qui brutalisent le cours de l'histoire : kidnapping ipso facto et manu militari du dictateur vénézuélien par les États-Unis ; attaques incessantes de l'armée russe en Ukraine faisant reculer l'horizon d'un cessez-le-feu ; répression sanglante par le régime des Mollahs contre le soulèvement populaire le plus important en Iran, depuis 1978 ; menaces américaines d'annexion du Groënland au mépris cynique de la souveraineté danoise...
Plus près de nos frontières, l'incendie accidentel du bar de la station de ski de Crans-Montana, en Suisse, qui a fait 40 morts et 116 blessés, a endeuillé douloureusement la soirée du Nouvel An. Et puis, il y a toute cette haine recuite, gratuite et aveugle que nous ressortent matin, midi et soir les réseaux sociaux et dont l'écume hargneuse déborde de nos écrans tactiles. Comment vivre la Bonne Nouvelle de Noël dans ce temps de chien dantesque qui nous empoisse l’existence et nous pourrit la foi ?
Retrouver la clé de notre intériorité
Peut-être faut-il que nous cessions de chercher la présence du Nouveau-né de Noël à l'extérieur de nous-mêmes. C’est notre réflexe spontané de Le chercher au dehors. Mais ce faisant, nous nous garantissons une déception assurée. Comment, alors, Le voir sans illusion ni artifice ? Simplement en réutilisant la clé permettant d'ouvrir la porte de notre vie intérieure. En poussant celle-ci, nous trouverons Sa présence, là, au fond de nos âmes. Il n’y a rien d’extraordinaire à cela. Dans toutes les religions, on rend hommage à l’intériorité humaine : elle est le gisement de la conscience ; elle est la source de la connaissance de soi ; elle est la chambre d’écho d’une voix "de fin silence", d'essence divine disent les croyants ; elle vient de plus loin et va plus haut que nos simples personnes. Elle nous indique notre chemin. Elle nous ouvre les yeux, afin de "voir avec le cœur" écrit Antoine de Saint-Exupéry. Notre problème est que, pressés de toute part, nous avons égaré la clé de notre intériorité. Il nous faut la retrouver si nous voulons voir à nouveau avec un cœur et un esprit libres. Retrouver la lucidité.
La vérification de la foi
Une parole de saint Paul nous dit tout à ce sujet : "Que le Christ habite en vos cœurs par la foi" (Ép 3, 17). De cette affirmation (qui sera ensuite complétée par deux autres éléments essentiels, la Grâce et l’Église sacramentelle) découle toute la vie spirituelle de la religion chrétienne. Ainsi nous pouvons dire, en simplifiant : Noël dure en nous si le Christ naît et vit en nous par la foi : celle-ci ne se limite pas à une simple connaissance du Christ, ou à une dévotion de Son image, aussi belle soit-elle : la foi n'est pas une sorte de photographie de Lui qui nous console de ne pas pouvoir Le voir "en vrai", avec nos yeux humains. La foi est quelque chose de plus mystérieux et vital qui fait vivre en nous le Christ.
Nous oublions facilement ce précepte biblique pourtant proclamé au fil des Écritures : Dieu tient toujours Ses promesses.
Il faut lire et relire saint Paul en ces temps obscurs et fracassants que nous traversons : sa vie et ses écrits nous l'attestent : le chrétien, c’est-à-dire l’homme juste au sens biblique du terme, vit de foi (cf. Rm 1, 17 ; 3, 26) ; et la foi ne se vérifie pas seulement par le témoignage, même s'il est essentiel, mais par la confiance investie dans la Parole de Dieu. Car en vérité, nous sommes des hommes et des femmes de peu de foi : nous oublions facilement ce précepte biblique pourtant proclamé au fil des Écritures : Dieu tient toujours Ses promesses. En outre, cette expérimentation de la Présence par la foi peut sembler étrangère et même folle à la mentalité moderne. Celle-ci est en effet plus réceptive aux démonstrations extraverties et provocatrices. Eh bien ! soyons indociles et même réfractaires à cette mode capable de nous hypnotiser, nous aussi, avouons-le. Sinon comment expliquer que des chrétiens se vautrent complaisamment, tout autant que les autres, dans le cloaque des invectives et des intimidations ?
La conversation silencieuse avec la Présence
Ayons du courage ! Retournons sur le chemin de l'école paulinienne ! La fête de la Conversion de saint Paul, le 25 janvier prochain, nous en offre l'opportunité. Réapprenons son langage, quitte à l’exprimer autrement, en lui donnant des accents contemporains. Mais il est capital, urgent même, de retrouver ce cri de la foi : c'est le cri venu de l'intérieur, jailli de l'oraison silencieuse, de la prière du cœur, de la méditation personnelle et régulière des Écritures, de la relecture de sa vie personnelle en méditant celle du Christ Jésus, de la conversation silencieuse avec la Présence, comme disait le grand mystique chrétien de notre temps, Maurice Zundel, pour bien marquer la permanence vivace de Jésus.
Sans la fréquentation de ce parloir intérieur gîté dans notre for interne, nous ne pouvons pas dialoguer avec Dieu ; nous ne pouvons même pas entendre Sa voix, même s’il daignait intervenir dans cet échange silencieux. Sans ce langage des profondeurs, il ne peut y avoir de renouveau spirituel en nous-mêmes ; sans ce langage mystique nous ne pourrons pas nous empêcher de broyer du noir ni même de noircir à gros traits le tableau du monde dans lequel nous vivons. En revanche, muni de ce langage ciselé par le Silence de la Présence, nous pourrons prolonger Noël en nous, vivre l'après-Noël comme un nouvel Avent, et cela en dépit des bourrasques extérieures qui nous assaillent et des peurs qui minent notre moral et notre foi.
Un sas de liberté inaltérable
Alors, après avoir restauré l'âtre de notre vie intérieure, nous pourrons réchauffer notre foi au feu de bois de Noël qui ne s'éteint pas. Nous pourrons rallumer nos regards, et peut-être, servir de lucioles d’espérance à ce monde en feu qui geint et s’alarme autour et près de nous. Car ne l'oublions jamais, en dépit de la fureur et du bruit médiatiques qui veulent nous enfermer dans leur nasse, l'intériorité demeure notre sas de liberté inaltérable. mais quelqu’un qui espère, en paroles et en actes, et se fait fraternel, avec force et à ciel ouvert, à l'unisson du Christ Jésus.

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