"Homme libre, toujours tu chériras la mer !" Sans doute le vice-amiral Loïc Finaz connaît-il par cœur cette invitation de Baudelaire en quatre strophes, rythmées par les alexandrins. Le poète maudit avait écrit ces vers après un voyage à l'Île Maurice, qui lui avait révélé toute la beauté de ces grandes étendues bleues ; lieux de conquête et méandres de l’inconnu pour l’Homme.
"La mer est ton miroir / tu contemples ton âme / Dans le déroulement infini de sa lame / Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer." Voilà sans conteste un point d’accord entre le roi du spleen et l’amiral Finaz. "J’ai été heureux en mer, très heureux", confie ce dernier à Aleteia. Né en 1961 dans l’Isère, Loïc Finaz a bourlingué aux quatre coins du monde, entre Atlantique et Pacifique, qu’il ait été embarqué sur des bâtiments de combat ou à bord de sous-marins nucléaires d’attaque, traquant d’abord les sous-marins soviétiques, puis russes.
Dire qu’il a écoulé sa vie à écumer les mers n’est pas un euphémisme, puisqu’il y aura passé, tous ses déplacements mis bout à bout, quinze ans. Il a successivement commandé le Bâtiment‑École Tigre, l’aviso Jean Moulin et la frégate Latouche‑Tréville, avant d’occuper des postes à responsabilités à terre au sein de l’État‑major, notamment à la direction du service de recrutement de la Marine et au Centre d’études stratégiques de la Marine. Il a également dirigé le musée national de la Marine et a été nommé directeur de l’École de guerre, institution clé de formation aux responsabilités militaires supérieures.
En mer, dans le huis-clos d'un marin face à l'infini de l'océan, la beauté du monde est une preuve de l’existence de Dieu.
Mais ce n’est pas tout : fait rare dans la Marine, Loïc Finaz est écrivain et poète, et l’on devine facilement sa source d’inspiration majeure. Pour le lecteur qui ne suit pas, il suffit de revenir à Baudelaire… Aux éditions des Équateurs, cet amoureux des grands espaces bleus publie Ligne de foi, récit dans lequel il explore les moments où la vie maritime rencontre le divin et la quête spirituelle, faisant de la trajectoire du navire une analogie du cheminement de la foi. Loïc Finaz en est persuadé : "Le sens du sacré et de la transcendance est intimement lié à la vie militaire. Contrairement à une idée répandue, la spécificité du militaire n’est pas, en effet, de mourir pour son pays, mais de porter la mort lorsque la nation considère que cette violence est nécessaire."
Né dans une famille de chefs d’entreprise, Loïc Finaz n’aurait jamais pensé se passionner pour la mer ni embrasser la carrière militaire. "J’étais le produit d’un système éducatif qui, lorsqu’on est bon en maths, sans chercher à l'être d'ailleurs, prédestine presque automatiquement à intégrer une grande école d'ingénieurs." Pas de chance, sourit-il ; lui qui est bon en maths se voit donc expédié en classe préparatoire scientifique. Pourtant, le garçon comprend bien vite qu’il n’a aucune envie de devenir ingénieur. Il intègre malgré tout l'École Navale. Là encore, le futur marin navigue à vue : porter l’uniforme ne l’enchante guère, et encore moins obéir ou commander. Mais la rencontre entre l’homme et la mer a lieu.
"J’avais finalement trouvé là, avec la mer, ma vocation. Je pense que la vocation, ce n’est pas forcément d'avoir très jeune l’idée de ce qu’on va faire. C’est aussi découvrir un jour un univers particulier, en comprendre les points cardinaux, les faire siens et les assumer."
"Commander, c’est servir"
Dans la difficile tâche du commandement, la foi de l’amiral a été sans conteste le phare qui a guidé sa carrière d’officier. Issu d'une famille catholique, façonné par la piété de sa mère et son éducation chez les maristes, Loïc Finaz assume avec force, sans fanfaronnade, combien cet héritage l’a profondément porté. "Ce n'est pas à moi de dire quel commandant j'ai été, mais je suis convaincu que sans la foi, je n'aurais pas été le même homme, le même chef. Je n'agissais pas parce que j’étais chrétien, mais c'était assurément une manière naturelle de voir le monde et d'en être un acteur", estime l'amiral. "Très rapidement, j’ai compris que commander, c’est avant tout servir ceux qui vous ont été confiés. C’est une idée profondément chrétienne, et forcément cela m’a guidé."

Au cours de ses nombreux déplacements et opérations, Dieu se révèle bien souvent de façon inattendue. Comme lors de cette nuit de quart perdue dans l’Atlantique, qui reste pour l’amiral l’une des expériences spirituelles les plus marquantes de sa vie de marin. Il en parle sans emphase, comme on évoque un mystère que l’on ne cherche pas à expliquer totalement.
"Cette nuit-là, j’ai compris que l’Esprit saint m'avait fait agir, qu'il n’était pas seulement une belle idée…", raconte-t-il. À bord d’une frégate anti-sous-marine, Loïc Finaz est alors chef de service. Douze heures de quart par jour, la responsabilité des sonars, la préparation des opérations, quarante hommes sous ses ordres. Le rythme est implacable. "Je dormais deux heures par nuit." À trois heures du matin, en quittant son quart, il se décide à grappiller quelques minutes bien méritées de repos. Une porte qui s’entrouvre, une silhouette dans la nuit, un corps déjà en déséquilibre. "Je sauve, au milieu de la nuit, plage arrière où je n'étais pas censé être, un homme qui s'apprêtait à se jeter à l’eau. Cela s'est joué au dixième de seconde près, à un moment où je n’avais, apparemment, aucune raison d’être là."
"Parés à manœuvrer", "Plage avant, plage arrière de passerelle, larguer les pointes", "larguer les traversiers", "à gauche 10, tribord avant zéro", "la barre est 10 à gauche"… La vie maritime, montre Loïc Finaz, tout comme la vie spirituelle, est faite de litanies. Une liturgie dont les dialogues se répondent et les gestes sacrés se répètent. Le doute ? Il fait partie intégrante de la foi, balaie Loïc Finaz. "Il n'y a pas de foi sans doute. La certitude peut être dangereuse. "Heureux ceux qui croient sans voir" (c’est-à-dire sans certitude imposée) dit Jésus à Thomas. Mais, en mer, dans le huis clos d'un marin face à l'infini de l'océan, la beauté du monde est une preuve de l’existence de Dieu. Ou pour le moins une première approche."

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