Deux petits bouts de tissu, a priori insignifiants et pourtant témoins de l'Histoire. Mercredi 16 janvier, deux fragments de la tapisserie de Bayeux ont été restitués à la France par la région allemande du Schleswig-Holstein. En toile de lin, d'une longueur d'un à deux centimètres et non brodés, ils avaient été prélevés en 1941 par Karl Schlabow, spécialiste des textiles anciens et directeur du musée du Textile de Neumünster, ville du Schleswig-Holstein située à une soixantaine de kilomètres au nord de Hambourg, mort en 1984.
Ce dernier avait été missionné par le IIIeme Reich, durant l'Occupation, avant de réaliser une étude approfondie des matériaux de la tapisserie de Bayeux, qui n'a finalement jamais été publiée. Karl Schlabow, membre de la SS, faisait partie de l'Ahnenerbe, organisation fondée par Himmler qui voulait justifier idéologiquement la supériorité raciale aryenne à travers des recherches sur le passé germanique et préhistorique. Après la Seconde Guerre mondiale, comme beaucoup d’anciens chercheurs liés au régime, ce dernier a continué une carrière académique en Allemagne
Les fragments de la tapisserie ont été découverts dans ses archives personnelles, en 2023. "Ces morceaux n'ont rien de spectaculaire, mais en réalité, il s’agit d’une curiosité, d’un trésor. Ce sont des morceaux de la Tapisserie de Bayeux, ils font donc partie du patrimoine culturel français. Il est évident que, pour un historien, cela fait un choc de les découvrir à Schleswig", avait reconnu le directeur des archives du Land, Rainer Hering, dans une interview à la chaîne de télévision allemande NDR.
Un récit brodé de 70 mètres de long
"C'est au cours de l'inventaire de ce fonds en 2023 qu'on a découvert une plaque de verre qui enfermait des morceaux de tissu", a-t-il expliqué lors de la restitution, "avec d'autres documents et grâce à l'étiquetage de la plaque, il a été possible d'identifier ces fragments" comme provenant de la tapisserie de Bayeux. "Pour notre service d'archives du Land il était évident que ces morceaux de tissu prélevés par les nazis il y a 85 ans devaient être restitués à la France", a conclu M. Hering, qui a salué "l'importance historique du travail de l'archéologue textile qu'était Karl Schlabow".
Avant leur retour en France, ces deux fragments avaient été exposés en 2025 dans le cadre de l’exposition "1066 – La chute des Vikings" au musée du Schleswig-Holstein. Un autre fragment de la tapisserie, brodé celui-là, avait déjà été restitué en 1872 par le South Kensington Museum (aujourd’hui Victoria and Albert Museum) de Londres, après avoir été prélevé en 1816 par un artiste britannique du nom de Charles Stothard, envoyé sur place pour réaliser une reproduction de l'œuvre.
La tapisserie de Bayeux est une œuvre médiévale exceptionnelle. Long d’environ 70 mètres, ce "récit brodé" sur toile de lin raconte en images la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066. Réalisée au XIe siècle, probablement en Normandie, elle illustre avec un grand souci du détail les événements majeurs de cette époque, mêlant scènes de bataille, personnages historiques et éléments du quotidien. Plus qu’une simple décoration, elle constitue un précieux témoignage historique et artistique, offrant un regard unique sur la société, la politique et l’art du Moyen Âge. Sa richesse narrative et son style pictural en font un trésor culturel incontournable, admiré pour sa finesse et son importance historique.

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