Sous l’ombre bienveillante de la cathédrale Notre-Dame, dont la comédie musicale a marqué le début de son parcours artistique, Julie Zenatti a construit une carrière jalonnée d’amitiés, de rencontres et de créations, jusqu’à devenir aujourd’hui l’une des voix incontournables de la chanson française, forte de huit albums, dont six disques d’or. En avril 2025, l’artiste a ouvert une nouvelle page de son histoire avec la sortie de son neuvième album Le Chemin, coproduit avec Bayard Musique. Un projet profondément spirituel, né de son immersion dans les textes des Évangiles et nourri de collaborations avec d’autres artistes de renom comme Camille Bertholet et Jacinthe Madelin, du groupe Les Frangines.
Dans la continuité de cet élan, Julie Zenatti, de confession juive, s’est engagée dans une tournée missionnaire, conçue avec Première Partie Music : une série de concerts au cœur des cathédrales et des églises partout en France, dont un concert en l’église de la Madeleine, à Paris, le 17 septembre 2026. C’est à l’aube de cette belle aventure, autant artistique que spirituelle, qu’Aleteia a rencontré l'artiste.
Aleteia : Il y a 25 ans, vous incarniez Fleur de Lys dans Notre-Dame de Paris. Avec le recul, quel impact ce rôle a-t-il eu sur la personne et l'artiste que vous êtes devenue ?
Julie Zenatti : Le rôle de Fleur de Lys est le début de tout. J'avais 16 ans quand j'ai été castée donc ça n'a pas seulement eu un impact sur ma vie, ça a complètement dessiné mon chemin. Je crois que je n'ai même pas eu le temps de rêver à ça que c'est arrivé à moi.
Depuis, vous avez parcouru un long chemin. Votre dernier album s'intitule d'ailleurs "Le Chemin". Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire un album aussi spirituel ?
Au bout de presque 25 ans de carrière et une petite dizaine d'albums, j'ai eu besoin de trouver un autre sens à mon travail. C'est vrai qu'au travers de tous les projets que j'ai pu faire, j'ai toujours essayé de chercher une forme d'utilité, une parole qui puisse être à la fois universelle, humaniste, respectueuse et toujours plus ou moins tendue vers l'autre. Mais il y a un moment où on a le sentiment que tout ça est très égocentré. Et puis j'étais arrivée à un moment où je me disais : "Voilà, je crois que j'ai dit tout ce que j'avais à dire. Je vais faire ma dernière tournée et puis on verra si quelque chose me transporte, je repartirai. Mais si rien ne m'appelle, je "mettrai au placard" toutes ces années de musique et je continuerai à chanter autrement". Et, c’est là que j'ai reçu un appel un peu improbable dans un premier temps : une proposition de chanter dans des églises.
Cela vous a surpris ?
Oui ! N'étant pas de confession catholique, n'ayant pas forcément parlé avant cela d'une quelconque spiritualité ou d'une quelconque foi, je me suis dit pourquoi pas. L'idée me séduisait mais en même temps, j'avais quand même cette question de la légitimité : quelle pouvait être ma place dans un lieu pareil ? On n'arrive pas de la même manière dans une église que dans une salle de concert. Il y a une spiritualité et une foi à respecter. C'est un lieu qui appartient au commun. C'est un lieu qui est chargé d'histoire. C'est un lieu qui vous accueille. Ce n'est pas du tout le même rapport. Je me suis questionnée sur ma propre identité, sur ma propre foi et ma spiritualité, et j'ai fait le chemin en arrière. Et au-delà du coup du destin qui m'a quand même fait commencer sur le parvis de Notre-Dame de Paris, il y a 25 ans, tout à coup, je me suis sentie très nourrie par cette envie de pousser la porte de ces endroits-là.
Quand on regarde un tout petit peu les Écritures, on y trouve tout un ensemble de règles de mieux vivre ensemble.
Je me suis plongée dans les Évangiles. J'ai lu ou relu certaines Écritures et de là, j'ai trouvé une parole qui me parlait aussi bien en tant que femme, en tant que Juive, en tant que mère, en tant que fille… Et je me suis dit que quand on regarde un tout petit peu les Écritures, on y trouve un ensemble de règles de mieux vivre ensemble, de bienveillance… Et finalement, n’est-ce pas ce qui nous manque aujourd'hui ? Et c'est comme ça que j'ai écrit Le Chemin.
Votre rapport au spirituel a-t-il évolué ?
Bien sûr ! Je pense que la spiritualité, c'est un mot assez large, dans lequel on peut englober plein de choses aussi bien mystiques que religieuses. Mais tout à coup, quand on s'intéresse au mot spiritualité, ce qu'on recherche - en tout cas ce que j'ai recherché moi - c'est une présence bienveillante, une forme de refuge. Et je crois que ça a grandi en moi au fur et à mesure de la création de cet album, et surtout à chaque fois que j'entre dans une église, je suis complètement happée et je ne me sens jamais seule.
Au-delà de pardonner l'autre, il faut se pardonner soi, ouvrir cette porte du droit à l'erreur, au doute et se dire qu'on trouverait toujours une petite boussole, une petite lumière pour revenir sur le chemin.
Votre album parle de la prière, du temps, de l’amour mais également du pardon. Est-ce une notion qui vous touche particulièrement ?
Avant, c'était plutôt un concept. On se dit qu'il faut savoir pardonner. En avançant sur mon propre chemin et en vieillissant aussi, je me suis rendu compte qu'au-delà de pardonner l'autre, il fallait se pardonner soi, ouvrir cette porte du droit à l'erreur, au doute et se dire qu'on trouverait toujours une petite boussole, une petite lumière pour revenir sur le chemin. Et aujourd'hui, c'est comme ça que j'envisage le pardon.
Vous parlez aussi de la transmission. Vous êtes mère de deux enfants. Justement, quelles valeurs souhaitez-vous leur transmettre ?
Je voudrais qu'ils respectent l'autre, qu'ils soient bienveillants, qu'ils tendent la main, qu’ils croient. Je voudrais qu'ils croient de façon générale, qu'ils croient que le champ des possibles est infini et que parfois il faut de la persévérance, tomber pour se relever.
Vous êtes actuellement en tournée dans les églises et les cathédrales avec votre album. Que ressentez-vous lorsque vous vous y produisez ?
Quand je rentre dans une église, j’y rentre en toute humilité. D’abord, j'ai besoin d'absorber le lieu qui m'accueille. Il faut donc écouter son histoire, son rythme… Et le spectacle se fait grâce à ce lieu. Moi, je ne suis qu'une petite chose au milieu de tout ça. Les gens vivent une forme de spectacle immersif. Tout n'est pas axé sur moi mais sur le lieu et sur les paroles que j'essaie de faire résonner sur les pierres et sur les vitraux. C'est une forme, un peu de communion, je vois et je ressens beaucoup d'écoute, de joie et surtout je laisse place au silence. Et comme le silence est la musique de l'âme, je trouve que c'est un endroit où, au-delà de prendre du plaisir à écouter de la musique, on ressort avec une forme de réconfort et de tendresse, et on se sent moins seul car la solitude est le vrai fléau de notre société.
Si mes 25 années de carrière peuvent servir à faire en sorte que ces lieux - qui font partie, au-delà de la spiritualité et de la foi, de notre patrimoine - restent debout, ça me semble être au-delà d'une mission.
Y a-t-il une église ou une représentation qui vous a plus touchée qu'une autre jusqu'ici ?
J'ai beaucoup aimé chanter à la cathédrale de Saint-Dié dans les Vosges, qui est absolument exceptionnelle de par son architecture. À la fin, le prêtre est venu me voir et m'a dit : "Vous êtes un vrai symbole de paix."
J'ai l'impression que cette voix que j'ai, qui a guidé mon chemin et qui m'a emmenée dans plein d'endroits assez fous me guide aujourd'hui et me porte vers un endroit qui peut faire un peu de bien.
Pourquoi avez-vous souhaité donner une dimension missionnaire à votre tournée ?
Il fallait que ma voix serve à quelque chose. Si ma petite notoriété et mes 25 années de carrière peuvent servir à faire en sorte que ces lieux - qui font partie, au-delà de la spiritualité et de la foi, de notre patrimoine - restent debout, ça me semble être au-delà d'une mission. D’ailleurs, ce n’est même pas une mission. On le fait pour nos enfants, pour que l'histoire continue à être racontée.

Le 17 septembre 2026, vous allez chanter à la Madeleine. Que ressentez-vous à l’idée de vous produire dans cette église emblématique de la capitale ?
L’église de la Madeleine a toujours fait partie de ma vie. Elle est au milieu de tous les trajets que je fais au quotidien. Elle regarde les deux rives de Paris et veille quelque part sur elles. Quand on entre dans cette église, il n'y a que des femmes, que des saintes (statues, tableaux des saintes dont saintes Marie-Madeleine, sainte Thérèse, sainte Geneviève, Ndlr). Et moi, je vais chanter à côté de toutes ces saintes qui portent des valeurs qui sont chères à nous toutes. Ce qui me plaît beaucoup aussi, c'est que dans la confession catholique, il y a quelque chose qu'il y a moins dans la religion musulmane ou dans le judaïsme : la femme a une vraie place. Chez nous, les femmes n'ont pas le droit de chanter dans les synagogues. Et moi, on m'ouvre la porte pour aller chanter dans une église et je vais être entourée de plein de femmes aux destins incroyables qui ont changé des vies, qui sont des modèles de persévérance et sont encore très modernes dans tous les combats qu'elles ont pu mener. Depuis la nuit des temps, la femme cherche sa place, cherche sa parole. J'ai l'impression qu'en ce lieu, la parole des femmes a toujours été là. Il faut juste la faire résonner encore.
Y a-t-il une femme qui vous inspire et représente un modèle pour vous ?
Ma mère. Elle est un modèle de persévérance, d'abnégation, un symbole même du pardon. Malgré les épreuves et la dureté de la vie, elle a toujours persévéré et gardé une grande joie. Elle nous a élevés dans l’amour des autres, et surtout dans l’amour de la vie. Elle nous a appris à saisir l’instant, à ne pas toujours anticiper ou remettre à plus tard, mais à vivre pleinement ce que nous avons à vivre, au moment où cela se présente. Et je pense que c’est essentiel : savoir se dire que demain ira peut-être bien, mais que ce qui compte vraiment, c’est de ressentir l’amour ici et maintenant. L’amour peut être quelque chose d’instantané, et il ne faut pas en avoir peur !
Pratique
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