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Contrôle parental : combien de temps d’écran pour un adolescent ?

Combien de temps d’écran pour un ado de 15 ans ?
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Mathilde de Robien - publié le 13/01/26
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À l'heure où les médecins et les pouvoirs publics s'inquiètent de l'envahissement des smartphones dans le quotidien des adolescents, le Dr Anne-Lise Ducanda, spécialiste du sujet, recommande de limiter à une heure par jour le temps d'écran pour un adolescent de 15 ans et insiste : "rajouter du temps doit demeurer exceptionnel".

"Maman, tu peux me rajouter du temps ?" Une question qui aurait semblé totalement incongrue il y a quelques années mais qui s’impose aujourd’hui dans le quotidien de nombreux parents soucieux de contrôler l’usage du téléphone de leur adolescent. Pour les non-initiés, elle signifie : "Peux-tu me rajouter du temps pour pouvoir utiliser mon téléphone ?". En effet, les logiciels de contrôle parental permettent d’encadrer l’utilisation du smartphone de son enfant, en limitant la durée quotidienne du temps d’écran ainsi que l’accès à certains sites et applications. En théorie, un consensus idéal. Dans les faits, une pratique qui demande régulièrement quelques ajustements… ou pas !

Dans beaucoup de familles, les demandes de temps supplémentaire dépendent du contexte (temps scolaire ou vacances, sorties tardives, responsabilité d'un week-end scout...) et des intentions de l’enfant. Les filles de Jessica bénéficient d’une heure par jour en semaine et de trois heures par jour pendant le week-end et les vacances. "Nous avons Family Link, nos filles écoutent beaucoup de musique via leur téléphone, elles n’ont pas de réseaux sociaux, j'ai un regard sur le temps passé sur chaque application, leur téléphone est bloqué de 21h30 à 7h le matin", explique la mère de famille. "Elles me demandent parfois du temps supplémentaire, pour mettre de la musique ou appeler une amie. J'accepte ou je refuse, cela dépend du comportement de la journée, si on est en famille, si les devoirs sont faits..."

Les temps d’écran recommandés

Selon le rapport de l'Anses publié ce 13 janvier, fruit de cinq ans de travaux d'un comité d'experts pluridisciplinaire, en France, un adolescent sur deux passe entre deux et cinq heures par jour sur un smartphone, la plupart du temps pour se connecter aux réseaux sociaux. Une utilisation jugée excessive par l'agence sanitaire qui pointe les nombreux effets délétères des réseaux sur la santé des adolescents : altération du sommeil, dévalorisation de soi, comportements à risques, cyberviolence... Pour le Dr Anne-Lise Ducanda, médecin du développement de l’enfant, cofondatrice du Collectif surexposition écrans (CoSE) et auteur du livre Les tout-petits face aux écrans (Éditions du Rocher), les limitations aussi bien de temps que de contenus sont indispensables. Le collectif dont elle est membre, composé de médecins, de psychologues et d’enseignants, recommande des durées maximales de temps d’écran pour chaque tranche d’âge : pas d’écran jusqu’à 3 ans, le moins possible jusqu’à 6 ans, 1 heure par jour le week-end pour les 6-10 ans et 2 heures par jour le week-end pour les 10-14 ans. "S’il peut se connecter tous les jours, un enfant va demander sa dose tous les jours, explique le médecin, limiter les écrans aux week-ends permet à l’enfant de se reconnecter à la vie réelle, aux autres, à sa famille."

Le contrôle parental est indispensable car l’enfant ne peut pas s’autoréguler.

Quant aux plus âgés, le collectif préconise de ne pas donner de smartphone à son enfant avant l’âge de 15 ans, et après 15 ans, d’installer un contrôle parental et des limitations strictes. "Le contrôle parental est indispensable car l’enfant ne peut pas s’autoréguler", souligne auprès d’Aleteia le Dr Anne-Lise Ducanda. "Le cerveau n’est mature qu’à 25 ans, les capacités d’autorégulation aussi, donc l’enfant a besoin de ses parents ! On ne peut pas laisser une durée illimitée tout en disant : "tu n’as droit qu’à deux heures", c’est impossible ! L’enfant ne peut pas se protéger tout seul." Pour la spécialiste, les logiciels de contrôle parental sont donc nécessaires pour préserver la santé mentale et les capacités cognitives de son enfant.

"L’adolescence est une période sensible dans le développement et la construction de l’identité individuelle et sociale", corroborent les experts de l'Anses. "Les adolescents ont moins de capacités de régulation émotionnelle et comportementale que les adultes, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux effets délétères des réseaux sociaux", expliquent-ils.

Tenir bon

Une vigilance nécessaire de la part des parents, qui n'est pas de tout repos. "Un adolescent va forcément demander de rajouter du temps, prévient Dr Anne-Lise Ducanda, il va essayer de contourner le contrôle parental, mais il faut que les parents tiennent, dans l’intérêt de leur enfant." Effectivement, de nombreux parents témoignent des difficultés rencontrées. "À 16 ans, notre fille avait 2 heures par jour, et nous récupérions son téléphone vers 21h30 tous les soirs", confie Louise, mère de cinq enfants. "Mais nous avions beaucoup de mal à résister aux demandes d’ajout de temps qu’elle justifiait par des arguments convaincants, puis elle a fini par craquer les systèmes de contrôle."

Une mauvaise expérience vécue également par Élise : "Notre fils a 14 ans, il est en troisième et a un smartphone depuis qu’il est parti un mois à l'étranger en échange scolaire à la Toussaint". Le jeune homme a une heure d'écran par jour, pas de réseaux sociaux, et pas accès à son téléphone de 21 heures à 7 heures. "J'étais étonnée qu'il ne me demande jamais plus de temps d'écran, confie Élise, jusqu'à ce que je découvre que, malgré la limite, il arrivait à avoir plus de temps". Là encore, le dialogue est nécessaire pour expliquer l'intérêt des limitations, recadrer, et restaurer la confiance.

Quand un enfant demande de lui rajouter du temps, c’est non, rajouter du temps doit demeurer exceptionnel.

Alors, combien de temps pour les plus de 15 ans ? Pour Anne-Lise Ducanda, "l’idéal est de ne pas dépasser une heure par jour", puisque les études montrent que les écrans ont des effets néfastes dès une heure de consommation quotidienne (hors connexion pour les besoins scolaires). "Il est important d’expliquer à son enfant que c’est dans son intérêt, et de s’y tenir ! Quand un enfant demande de lui rajouter du temps, c’est non, insiste-t-elle, rajouter du temps doit demeurer exceptionnel."

À ces recommandations de durée s’ajoute une série de règles appelée la "méthode des quatre pas" élaborée par la psychologue Sabine Duflo et valable aussi bien pour les jeunes enfants que les adolescents : "pas d’écran le matin pour préserver les capacités d’attention, pas au repas pour préserver les échanges, pas le soir au coucher pour préserver l’endormissement de qualité, et pas dans la chambre", rappelle Dr Anne-Lise Ducanda.

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