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Les effets délétères des réseaux sur les ados pointés par l’Anses

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Mathilde de Robien - avec AFP - publié le 13/01/26
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Un rapport de l’Anses publié ce 13 janvier décrit les effets délétères des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents et dénonce les mécanismes de captation de l’attention des plateformes.

Parents, médecins et pouvoirs publics commencent à prendre sérieusement la mesure des dégâts causés par les réseaux sociaux sur la jeunesse. À l’heure où plusieurs textes de loi visant à les interdire aux moins de 15 ans se multiplient, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a publié ce 13 janvier un avis, fruit de cinq ans de travaux d'un comité d'experts pluridisciplinaire, dans lequel l'agence identifie de nombreux risques possibles, en particulier pour la santé mentale des adolescents.

S'ils ne sont pas la cause unique de la dégradation de la santé mentale des adolescents, les effets négatifs des réseaux sociaux, tout récemment proscrits pour les moins de 16 ans en Australie, sont "nombreux" et "documentés", affirme l'Anses. "Cette étude donne des arguments scientifiques au débat sur les réseaux sociaux des dernières années : elle est basée sur 1.000 études qui ont été décortiquées" et documentent "les effets sur la santé", affirme Olivia Roth-Delgado, coordinatrice de l'expertise.

De nombreux dégâts

En France, un adolescent sur deux passe entre deux et cinq heures par jour sur un smartphone, la plupart du temps pour se connecter aux réseaux sociaux. Une utilisation jugée excessive par l'agence sanitaire qui pointe les nombreux effets délétères des réseaux sur la santé des adolescents : altération du sommeil, dévalorisation de soi, comportements à risques, cyberviolence...

"Pour moi, le téléphone, c’est l’écran le plus dangereux", souligne auprès d’Aleteia le Dr Anne-Lise Ducanda, médecin du développement de l’enfant, cofondatrice du Collectif surexposition écrans (CoSE) et auteur du livre Les tout-petits face aux écrans (Éditions du Rocher). La spécialiste préconise de ne pas donner de smartphone à son enfant avant l’âge de 15 ans, et après 15 ans, d’installer un contrôle parental et des limitations strictes, tant au niveau des temps d’écran que des contenus. "L’idéal est de ne pas dépasser une heure par jour", précise Anne-Lise Ducanda, et d’éviter que les jeunes aient accès à leur téléphone le soir. "Nous rencontrons de jeunes patients avec des troubles du sommeil liés à l’utilisation des smartphones le soir."

Sur les réseaux, qu’est-ce qui fait le buzz ? Tout ce qui génère de l’émotivité négative, de l’excitation, de la surstimulation, avec la violence et le sexe notamment.

Pour l'agence sanitaire, les "systèmes de captation de l'attention" des plateformes "exploitent des vulnérabilités propres" aux adolescents (tendance à prendre des risques, à la comparaison sociale, importance du jugement des pairs) alors qu'ils n'ont pas les "capacités de régulation émotionnelle et comportementale" des adultes.

Un mécanisme que connaît bien Anne-Lise Ducanda : "Sur les réseaux, qu’est-ce qui fait le buzz ? Tout ce qui génère de l’émotivité négative, de l’excitation, de la surstimulation, avec la violence et le sexe notamment", explique-t-elle. "Il y a des mécanismes addictifs et de captation de l’attention, notamment avec le système des algorithmes qui enregistre ce qu’un ado aime regarder pour lui envoyer en boucle des contenus qu’il apprécie et le garder ainsi captif."

Pour l’agence sanitaire, les plateformes doivent modifier leurs algorithmes de personnalisation de contenus, techniques d'interfaces persuasives et paramétrages par défaut. L’agence dénonce un modèle économique "maximisant le temps d'utilisation" à des fins lucratives et de "stratégies de captation de l'attention" (défilement infini des contenus, contenus ultra personnalisés...) incitant les adolescents à rester sur les réseaux sociaux et ce au détriment de leur sommeil.

En outre, les contenus véhiculent des "idéaux normatifs" inatteignables, via des images retouchées, pouvant "engendrer une dévalorisation de soi", "terrain fertile" pour les symptômes dépressifs et les troubles alimentaires, auxquels les jeunes filles sont plus vulnérables que les garçons.

Mesures réglementaires

Pour protéger la santé des adolescents, l’Anses préconise d’agir en priorité à la source des usages délétères des réseaux sociaux. Elle recommande que les mineurs puissent accéder uniquement aux réseaux sociaux "conçus et paramétrés pour protéger leur santé". 

Cela signifie d’ores et déjà que les plateformes numériques doivent mettre en œuvre la limite d’âge prévue par le RGPD pour éviter un accès aux réseaux au moins de 13 ans, avec des systèmes fiables de vérification de l’âge et de recueil du consentement parental. 

Ensuite, l’enjeu est d’instaurer des mesures réglementaires et des actions de contrôle robustes pour protéger la santé des mineurs. Une responsabilité qui devrait incomber aux plateformes, selon l’Anses, dans le respect du Règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act), applicable depuis le 17 février 2024. 

Comme l'avait préconisé en septembre la commission d'enquête parlementaire sur TikTok, l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans fait actuellement l'objet de deux textes de loi : l'un initié par le président Emmanuel Macron, discuté en commission ce mardi, puis à l’Assemblée le 26 janvier, et l'autre par le groupe Renaissance de Gabriel Attal et d'autres au Sénat.

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