Le pape Léon XIV a reçu le 12 janvier 2026 au Vatican la femme politique vénézuélienne Maria Corina Machado, récipiendaire du prix Nobel de la Paix 2025. Cette femme politique de droite est considérée comme une possible alternative au gouvernement chaviste, encore au pouvoir malgré la capture du président Nicolás Maduro par un commando américain le 3 janvier dernier. Le parti de l’opposante vénézuélienne a précisé que cette rencontre avait pour objet de demander la libération de tous les prisonniers politiques du pays.
Cette audience s’est tenue neuf jours après l’arrestation de Nicolás Maduro et de son épouse, survenue le 3 janvier à Caracas lors d’une opération militaire américaine qui a pris de court les soldats chargés de la sécurité du leader populiste. Des officiers cubains censés assurer la sécurité du président ont été tués, dont le colonel Humberto Alfonso Roca, qui fut chargé de la sécurité du voyage du pape François à Cuba en septembre 2015. Pour sa part, Nicolás Maduro, accusé de narcotrafic et de narcoterrorisme, est actuellement détenu au Metropolitan Detention Center de Brooklyn, aux États-Unis.
Le 9 janvier, le Washington Post a révélé qu’avant Noël, le cardinal Parolin aurait suggéré aux Américains d’accepter une exfiltration de Nicolás Maduro vers Moscou. Ce scénario, qui fait écho au départ du président syrien Bachar al-Assad vers la Russie en décembre 2024, a été reçu très négativement dans les milieux de l’opposition vénézuélienne. Le Vatican a pour sa part répondu au journal américain en jugeant "décevant que des éléments d’une conversation confidentielle aient été divulgués d’une manière qui ne reflète pas fidèlement son contenu", une remarque qui semble viser l'ambassade américaine près le Saint-Siège.
Le Vatican exhorte au respect des droits humains
Lors de l’Angélus du 4 janvier, au lendemain de la chute de Nicolás Maduro, le Pape avait indiqué suivre les évènements au Venezuela avec un "profond sentiment de préoccupation". "Le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération et conduire à dépasser la violence pour emprunter des chemins de justice et de paix, tout en garantissant la souveraineté du pays", avait affirmé le Pape depuis la fenêtre du palais apostolique.
Il appelait également au respect des droits humains et civils de chacun et de tous, et à œuvrer pour construire ensemble un avenir serein de collaboration, de stabilité et de concorde, avec une attention particulière aux plus pauvres, qui souffrent en raison de la grave situation économique. Il a réitéré, en substance, le même appel lors de son discours au corps diplomatique le 9 janvier dernier. Devant les ambassadeurs, le Pape a exhorté à "construire une société fondée sur la justice, la vérité, la liberté et la fraternité, afin de se relever de la grave crise qui afflige le pays depuis de nombreuses années". Il a également invité à respecter la volonté du peuple vénézuélien et à s’engager pour la protection des droits humains et civils de chacun. Il s’est aussi alarmé du fait que le "principe établi après la Seconde Guerre mondiale, qui interdisait aux pays d’utiliser la force pour violer les frontières d’autrui", ait été "enfreint".
Une transition politique encore incertaine
Femme politique et militante vénézuélienne pour les droits humains, Maria Corina Machado est à la tête du parti libéral "Vente Venezuela", qui s’est toujours opposé au gouvernement chaviste. Lors de l’élection présidentielle de juillet 2024, elle avait été interdite de se présenter. Bien qu’elle soit pro-Washington et ait apporté son soutien à la ligne dure adoptée par l’administration Trump vis-à-vis du régime de Caracas, l’annonce de son prix Nobel de la paix a été reçue très froidement par Donald Trump, qui aurait souhaité l’obtenir. Contrainte de fuir le Venezuela, elle s’était rendue à Oslo en décembre pour recevoir la prestigieuse distinction mais n’était pas arrivée à temps pour la cérémonie.
Les autorités américaines ont pour le moment fait savoir qu’elles pouvaient s'accommoder d’une certaine continuité à Caracas, alors que le Venezuela est dirigé par intérim par Delcy Rodríguez, qui était la vice-présidente sous Maduro et semble tenir une ligne plus pragmatique. Le président Trump a assuré que son objectif est avant tout de rétablir l’accès des firmes américaines au pétrole du Venezuela, pays qui dispose des plus vastes réserves de pétrole au monde. Des efforts sont en cours pour une transition soutenue par la communauté internationale, et le régime a annoncé la libération de nombreux prisonniers politiques.
Entre incertitude et espoir
La capture spectaculaire de Nicolás Maduro a plongé le Venezuela dans une incertitude profonde, entre espoir, prudence et inquiétude pour l’avenir du pays. Si une grande partie de la population et des observateurs voit dans ce retrait forcé du pouvoir l’opportunité d’une nouvelle ère, la réalité sur le terrain reste marquée par la fragilité de la situation politique et sociale : la structure d’appareil d’État mise en place par le chavisme demeure, et la peur et la confusion persistent au sein de la population.
L’épiscopat vénézuélien, tout comme le pape Léon XIV, appelle à la prière, à la prudence et à la paix, en insistant sur la nécessité que les décisions prises servent uniquement le bien du peuple vénézuélien et respectent la souveraineté, la justice et les droits humains. Dans ce climat d’incertitude, l’Église catholique continue de jouer un rôle d’apaisement et d’accompagnement spirituel pour la population.
Le Venezuela est un pays historiquement catholique, mais les relations entre le pouvoir et l'Eglise sont de plus en plus houleuses depuis l’accession au pouvoir de Hugo Chávez en 1999. Le projet chaviste, fondé sur une idéologie bolivarienne d’inspiration socialiste et volontiers marquée par des références marxistes, s’est construit en opposition à diverses institutions perçues comme conservatrices, parmi lesquelles l’Église catholique. Les autorités n’hésitent pas à accuser régulièrement les évêques de soutenir l’opposition ou de défendre les intérêts des classes aisées. De son côté, la Conférence épiscopale vénézuélienne (CEV) a constamment dénoncé, au fil des années, l’autoritarisme croissant du régime, la répression contre les mouvements sociaux ainsi que la profonde crise humanitaire qui touche la population, caractérisée par les pénuries, l’effondrement économique, la pauvreté et l’exode de citoyens.

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