La mondialisation marque le début du XXIe siècle. Et si c’était une invention chrétienne ? Très concrètement, les chrétiens évoquent le monde entier dans la formulation qui a été introduite avec la nouvelle version de la troisième prière eucharistique : "Tu ne cesses de rassembler ton peuple afin que du levant au coucher du soleil, une offrande pure soit présentée à ton nom." Il s’agit d’un verset du psaume 112-3 : A solis ortu usque ad occasum ("Du lever au couchant du soleil")… La terre était alors considérée comme plate et le parcours de l’astre solaire signifiait l’aube et le crépuscule, mais aussi toute la surface de la terre que le soleil éclaire chaque jour.
À chaque instant, partout dans le monde
Nous le savons depuis seulement quatre siècles et demi, la terre est ronde et la citation est d’autant plus belle qu’elle montre une permanence de la lumière éclairant tour à tour l’Orient puis l’Occident comme nous le chantons à complies : "Déjà levé sur d'autres terres, le jour éveille les cités, ami des hommes, vois leur peine et donne-leur la joie d'aimer."
C’est assez bouleversant de penser qu’à chaque heure, partout dans le monde, l’on prie, célèbre et adore, que partout dans le monde, à chaque instant, un prêtre consacre un morceau de pain et quelques gouttes de vin, et qu’il élève vers le ciel le corps vivant de Jésus-Christ. Dans les contrées les plus reculées comme dans les mégapoles, des hommes, des femmes prient : le mystère de la Résurrection n’est pas un événement dans le temps, il est renouvelé à chaque instant, sans interruption depuis des siècles.
Une communion planétaire
Rien de nouveau, diront certains. Pas si sûr. Tout d’abord, c’est réconfortant, plus encore enthousiasmant, de savoir que des milliers de chrétiens prient à chaque instant et que nous sommes l’un d’entre eux parmi cette foule de frères inconnus et si proches dans le Christ. Ensuite, nous avons là un message formidable à partager : nous ne sommes pas seuls, isolés mais membres d’une communion planétaire unie dans une même foi.
Cette mondialisation avant le terme rompt les isolements et crée une fraternité au-delà de l’espace. Quelle émotion de savoir qu’au moment où toi, lecteur, tu lis ce texte, une messe est dite ici ou là sur la planète. Si la forme peut être différente — on est assis sur le sol en Asie, on chante sur des rythmes syncopés en Afrique et en Amérique, notre Europe suit des rites variés — le fond est le même, nous prions les uns pour les autres, nous demandons la paix, nous louons et nous adorons.
Deux mondialisations
La mondialisation des peuples a peut-être été tentée par Alexandre le Grand et d’autres conquérants avec un succès éphémère ; dans la Bible, elle été amorcée par la reine de Saba puis les mages venus d’orient. La propagation du christianisme a ensuite inondé le bassin méditerranéen avec saint Paul et ses successeurs, apôtres des gentils. Le résultat est un message d’espérance et de joie qui à rebours de la mondialisation économique et culturelle. L’une libère, l’autre enchaîne, l’une ouvre les esprits et les cœurs vers les autres, l’autre enferme sur les égoïsmes et la consommation périssable.
Sous le poids des empires qui deviennent prédateurs, la mondialisation économique vacille. Celle qui nous contraint à acheter chinois — sans même le savoir —, à consommer des produits culturels pilotés par X ou TikTok, reste l’effet d’une manipulation géante. Celle qui annonçait la fin de l’histoire est un échec : Ukraine, Venezuela et autres conflits à venir donnent le ton d’un monde en guerre continuelle. La mondialisation de la foi est une réponse essentielle et forte à cette montée des dangers. Nous avons la liberté de penser, la liberté de prier pour la paix, la liberté de la fraternité, quelles que soient nos patries, nos coutumes, les régimes qui nous gouvernent.
Dans les cités grecques et barbares
Laissons à un anonyme du IIe siècle, dans son Épître à Diognète, le soin de conclure : "Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres… Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares selon le lot échu à chacun… Ils résident chacun dans leur propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés… Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère."

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