Le jour de l’Épiphanie, dans l’après-midi, je faisais le tour des églises ouvertes dans un secteur du département de la Haute-Garonne, dans le but d’admirer les crèches et me recueillir devant elles. Je finissais mon périple quand l’idée me vint de faire halte au village de S… : peut-être l’église serait-elle ouverte ? Je savais qu’elle l’était en fin de semaine pour m’y être arrêté plusieurs fois en venant de Toulouse le samedi matin.
Soudain, la lumière de l’Épiphanie !
Effectivement, la porte était entrebâillée… Je la poussai. Quelle obscurité ! Le jour commençait à décliner. Je cherchai un interrupteur que je finis par trouver. Le chœur s’illumina. Mais la crèche, à l’écart, restait enveloppée de pénombre. Dans un renfoncement où se trouve le baptistère, j’allai méditer devant une fresque que j’avais repérée lors de mes visites précédentes. Elle représente Adam et Ève chassés du paradis terrestre. Au-dessus de la scène est peinte une Vierge de Lourdes : c’est la femme promise qui écraserait la tête du serpent pour que nous réintégrions le jardin.
Revenu dans la nef, je m’assis devant la crèche. Soudain, la porte s’ouvre, des lumières s’allument… des pas se font entendre. Je comprends qu’un ou une habituée vient d’entrer. Je me retourne : une jeune femme me salue avant de gagner la sacristie d’où elle ressort avec un imposant roi-mage sous le bras qu’elle pose dans la crèche, à la place d’un berger. Les premiers arrivants de la crèche cèdent leur place aux nouveaux venus de l’Orient… C’est que les statues sont imposantes dans cette église et toutes ne peuvent pas loger dans le minuscule abri où Jésus vient de naître !
Dans la foulée, une autre personne entre dans l’église et vient allumer le chauffage. Toutes les deux continuent à vaquer à leurs occupations tandis que je reste devant la crèche. La première femme me dit qu’elles préparent la messe de 18h30.
Des paroles sorties du cœur
Je ne peux me résoudre à partir sans engager la conversation. Bien m’en a pris ! Nous en venons à parler du bénévolat dans l’Église. Là-dessus, les deux femmes en ont gros sur le cœur. Sans aigreur, elles ne mâchent pas leurs mots pour exprimer leur lassitude à ne pas voir leur travail reconnu à sa juste valeur. Toutes les deux sont mariées. La moins âgée a deux jeunes enfants. Elles me confient que la veille et le jour de Noël, elles ont travaillé pour la paroisse, sacrifiant de leur temps familial. Allumer le chauffage de l’église, préparer les objets liturgiques, assurer la surveillance des lieux, déléguer telle charge, se dévouer encore à tant d’autres activités dont elles n’ont pas eu le temps de me parler : tout cela prend du temps et de l’énergie. Leurs maris ne sont pas toujours d’accord, d’autant plus qu’ils ne sont ni croyants ni pratiquants. Ces tâches empêchent parfois les deux bénévoles de partir de chez elles pour voir du pays. Beaucoup de personnes pensent que l’église s’ouvre toute seule, que les messes se préparent comme par enchantement, que les enfants se catéchisent tous seuls…
L’amour plus fort que le manque de reconnaissance
Leurs paroles sortaient du cœur. Cependant, j’ai compris que pour rien au monde elles délaisseraient leurs tâches ecclésiales. Comment en sommes-nous venus à parler de la raison qui les faisait tenir, malgré le manque de reconnaissance et les sacrifices imposés ? Assurément, c’était leur foi qui leur faisait accomplir ces services d’Église. L’une m’a dit qu’elle avait du caractère. Mais je n’ai pas senti chez elle le moindre désir de déposer le tablier. Elles servaient de bon cœur malgré le manque de gratitude. La seule explication à ce désir de service est leur amour du Christ et de l’Église.
C’est ainsi que le jour de l’Épiphanie, j’ai vu l’Église resplendir, comme Jérusalem dans la prophétie d’Isaïe (Is 60, 1), de la lumière de la gloire du Seigneur qui brillait sur le visage de ces deux chrétiennes bénévoles.










