C'est l'histoire d'une fratrie qui a décidé de se retrousser les manches pour sauver une église de France en péril. Au cœur des montagnes pyrénéennes, veille la Chapelle Notre-Dame de Sabart, à Tarascon-sur-Ariège. Cet édifice à l'emblématique architecture romane ne se contente pas de sa simple splendeur extérieure. Son histoire entière crie la foi de la France en défiant les siècles.
Pourtant, comme de nombreuses autres semblables, elle menace aujourd'hui de s'effondrer. La toiture, en particulier, nécessite d'être restaurée afin de renforcer son étanchéité et préserver ainsi la structure des nombreuses infiltrations dont elle souffre. "Il y a deux ans, nous avons appris qu'elle tombait tout simplement en ruines", explique Emeline à Aleteia. La benjamine de la fratrie, âgée de 21 ans, se lance alors en janvier 2025 avec Henri et Louis, dans une aventure inédite : celle de sauver Notre-Dame de Sabart. "C'est un patrimoine très ancien, lieu de beaucoup de miracles, qui a traversé les âges et défié toutes les guerres de religion. Elle a tenu debout pendant presque neuf siècles, ce n'est pas le moment de la laisser tomber", témoigne Henri, l'aîné, âgé de 28 ans.
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Charlemagne contre les Sarrasins
L'histoire de cette église a en effet de quoi impressionner : ses toutes premières fondations dateraient de 778, après la victoire de Charlemagne sur les sarrasins au Pré-Lombard. L'empereur des Francs échappe un 8 septembre à une embuscade ennemie, et une Dame tout en lumière lui apparaît alors, avant de disparaître. Le lendemain, une statue de la Vierge sort de terre qui, par deux fois, revient à son emplacement initial alors qu'elle avait été déplacée dans la basilique de Foix. La consigne est claire. Charlemagne ordonne alors de faire bâtir un nouvel autel et de dédier la chapelle à Notre Dame de la Victoire, dont la statue est aujourd'hui précieusement conservée à l'intérieur de l'édifice. La mention de cette chapelle n'apparaît toutefois qu'en 1140.
Mais pourquoi donc s'intéresser à cette église perchée en altitude, dans un des coins les plus reculés de France ? Les trois frères et sœur ne sont pas des inconnus pour Notre-Dame de Sabart, puisque leur grand-père y habite depuis de nombreuses années. La fratrie y vient donc très régulièrement en vacances, et Henri, l'aîné, s'est même définitivement installé dans la région avec sa famille. C'est avec leur grand-père que la tribu s'engage dans ce vaste projet de restauration, en collaboration étroite avec l'association des Amis du sanctuaire de Sabart, engagée dans la sauvegarde de l'église depuis plus de trois ans et composée de 50 bénévoles.
Lieu de pèlerinage
Le travail à réaliser est colossal. "Il y a encore des messes à l'intérieur de l'église, mais si rien n'est fait dans les prochains mois elles pourraient ne plus être célébrées car cela deviendra trop dangereux", explique Henri. Les fresques à l'intérieur de l'église, dont certaines datent du 17e siècle, sont "dans un état déplorable" et nécessitent elles aussi un véritable rafraîchissement, tout comme les statues. "Notre objectif, pour le moment, est d'atteindre 80.000 euros avec la Fondation du Patrimoine", affirme Emeline. Le montant total des travaux s'élève à 225.000 euros. Classée monument historique en 1847, l'église bénéficie à ce titre de subventions publiques, notamment de la Direction régionale des affaires culturelles et du conseil départemental. La commune de Tarascon-sur-Ariège apporte également une aide conséquente, ainsi que la commune voisine de Quié.
La restauration de l'édifice est espérée pour 2028. D'ici-là, les trois jeunes gens s'investissent dans la recherche de partenariats et la levée de dons, tout en poursuivant leur vie professionnelle en parallèle... et en tâchant d'éviter les accrochages. Dans une région où les habitants sont encore particulièrement attachés à leurs traditions et à leur territoire, ce type d'initiative venant de l'extérieur est parfois mal perçu, relève la fratrie. "Les Ariégeois sont fiers. Ils ont un sacré caractère, et se montrent protecteurs avec leur héritage local, note Henri, parfois au point d’être réticents à laisser d’autres personnes, même installées depuis plusieurs générations - c'est vrai que nous n'avons pas l’accent du pays ! -, s’impliquer dans la valorisation du territoire."
Mais au-delà de la restauration, Emeline, Louis et Henri ont bien l'intention de faire revivre ce haut lieu de la foi catholique en Ariège. Chaque année, le 8 septembre, se tient ainsi un pèlerinage honorant Notre-Dame de Sabart. Les Ariégeois portent la Vierge en procession, revêtue d'un habit richement brodé et coiffée d'une couronne de pierres précieuses et d'or. Une tradition vieille de dix siècles, qui attire surtout aujourd'hui les Portugais et les Espagnols de l'autre côté de la frontière. Mais la fratrie ne désespère de voir ce pèlerinage connaître un regain d'intérêt. "Il y a un retour de la ferveur en France, et cela s'observe avec les pèlerinages qui sont de plus en plus populaires, comme Notre-Dame de Chrétienté à Chartres", observe Emeline. "Il y a beaucoup d'initiatives similaires qui fleurissent dans toutes les régions : en Provence, en Normandie... Nous sommes convaincus que cela peut fonctionner ici, en Ariège".













