Avant le cloître et les écrits spirituels, il y eut les lectures interdites, les cabanes d’ermites et un rêve de martyre. L’enfance de Thérèse d’Ávila révèle une foi ardente, partagée avec son frère Rodrigue.
"Et toi, qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?" "Martyre, pardi !", aurait sans doute répondu Thérèse d’Ávila du haut de ses six ans. C’est que la vie de cette mystique espagnole du XVIe siècle donne un exemple frappant de sainteté désirée depuis l’enfance. Si de nombreux détails de l’existence de la carmélite sont connus du grand public, peu de gens savent que c’est d’abord au sein de son premier environnement, sa famille, que la sainte a discerné sa vocation.
Un appel entendu dès l’enfance
Thérèse est issue d’un mariage heureux, qui dure un peu plus de 20 ans. De l’union de Beatriz Dávila et d'Alonso Sánchez naît neuf enfants. La future sainte s’entend avec tous ses frères et sœurs mais entretient un lien particulier avec Rodrigue, de quatre ans son aîné. C’est à lui que la petite fille confie ses secrets d’enfant.
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Rodrigue et Thérèse lisent des vies de saints et de chevaliers, lectures auxquelles leur père s’oppose. C’est leur mère qui leur fait passer en secret ces ouvrages qui font naître chez eux le désir d’embrasser la religion, mais aussi de mener une vie de combat pour la foi. Rêvant de construire des ermitages et de mourir pour le Christ, ils veulent, dès leur plus jeune âge, devenir des martyrs. Thérèse écrit dans son ouvrage Le Livre de la vie (1588) : "Je faisais l'aumône comme je pouvais, et je pouvais peu. J'essayais la solitude pour prier mes dévotions, qui étaient nombreuses, et particulièrement le rosaire… J'aimais beaucoup faire comme si nous étions des nonnes dans des monastères, quand je jouais avec d'autres petites filles, et je pense que je souhaitais l'être." Un jour, Thérèse, alors seulement âgée de six ans, tente de s'enfuir avec Rodrigue pour donner sa vie en terre maure. Leur plan échoue car leur oncle les surprend au moment même de leur fuite. Mais cela ne les décourage pas. Dans leur innocence, ils continuent à jouer aux ermites dans une cabane aménagée dans leur jardin.
Un lien bien particulier
En grandissant, Thérèse ressent l'appel à devenir carmélite. Elle décide d'entrer au couvent à 18 ans contre la volonté de son père. Une recherche de vérité déjà présente dans l’enfance de la sainte. L’appel à suivre Dieu se reflète également dans la vie de son frère Rodrigue. Parvenu à l'âge adulte, il part pour l'Amérique en 1535, afin de participer à la conquête du Río de la Plata, estuaire commun aux ríos Paraná et Uruguay, en Amérique du Sud. L’essayiste espagnole Asunción Aguirrezábal relate la relation qui unissait Thérèse à Rodrigue dans son livre Les Frères de Sainte Thérèse en Amérique : "Parmi les capitaines les plus importants et les plus remarquables de l’expédition figurait Rodrigue de Cepeda (...). Ainsi s’exprima l'amour du jeune capitaine pour sa sœur : [il] la désigna comme unique héritière de ses biens et de ses droits successoraux dans le testament qu'il rédigea avant son départ. Un testament qui ne devait pas être exécuté, car Thérèse avait déjà prononcé ses vœux, quand, quelques mois plus tard, la nouvelle de la mort prématurée de Rodrigue parvint aux oreilles de la future sainte."
L’appui de la famille de Thérèse d’Ávila et en particulier celui de son frère, ont été précieux dans le parcours de la sainte. Rodrigue fut, dès le début, un compagnon fidèle. Séparés de leur vivant pour chacun suivre leur propre vocation, ils sont aujourd’hui réunis dans l’Amour de Dieu.












