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Élodie Luor : “La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure” 

Elodie Luor

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Aline Iaschine - publié le 09/01/26
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Épouse, mère de dix enfants âgés de 4 à 23 ans, et auteur, Élodie Luor se confie à Aleteia sur son couple, son quotidien et sa vie spirituelle.

Élodie Luor, 43 ans, habite près de Rennes avec son mari et leurs dix enfants. Mariés depuis bientôt 25 ans, Élodie et Guillaume mènent une vie profondément centrée sur l’amour et la foi. Elle est l’auteur de l’ouvrage Cinq gars, cinq filles. Dans les coulisses d’une famille XXL et de 100 jeux complices pour les couples (à paraître) aux éditions Artège. 

Aleteia : Comment avez-vous rencontré votre mari Guillaume ?
Élodie Luor : Au départ, Guillaume était un ami de mon frère. Nous venions d’univers assez différents : moi d’une famille catholique pratiquante avec six enfants, lui d’une famille catholique par tradition, mais ses parents étaient divorcés, ses oncles et tantes aussi. Quand nous sommes devenus proches, il m’a dit qu’il ne voulait ni se marier, ni avoir d’enfants, ni prendre d’engagements dans la vie. Ce à quoi je lui ai répondu que je voulais me marier, attendre le mariage avant d’avoir des relations et avoir sept enfants. Nous n’étions pas tout à fait sur la même longueur d’onde, mais amoureux quand même.

Comment avez-vous fait alors ?
J’ai alors confié cette situation au Seigneur. Je sentais que nous étions amoureux, mais est-ce que c’était la bonne voie ? En voyant toutes nos différences, j’ai dit au Seigneur : “Donne-moi un signe. Je ne veux pas d'une histoire qui va durer une semaine, un mois ou trois ans”. Peu de temps après, Guillaume m’a donné un bracelet qui symbolisait une promesse qu’il avait faite à son père : celle de ne jamais se marier. Il m’a offert ce bracelet comme pour briser ce pacte. Je n’avais encore rien dit à Guillaume de ma démarche auprès du Seigneur, et pour moi, c’était le signe qu’il revenait sur ses convictions. Finalement, il m’a demandé assez rapidement en mariage. Nous avons cheminé ensemble, nous avons fait plusieurs retraites ensemble, pour nous poser les bonnes questions et poser des bases solides. Les fiançailles ont été parfois difficiles, car il a fallu apprendre à accorder nos violons. Mais le désir de s’aimer était là. Nous nous sommes mariés le 31 mars 2001, j’avais tout juste 19 ans et lui 23.

Pensiez-vous devoir faire le deuil d’une famille nombreuse ?
Finalement, Guillaume et moi avons commencé à être sur la même longueur d’onde. Lui m’avait parlé de quatre enfants, et moi j’en rêvais d’au moins cinq. Mais j’ai connu des grossesses particulièrement difficiles. Après la troisième, j’ai commencé à faire le deuil de la famille nombreuse que j’espérais tant. Finalement, nous avons eu nos sept premiers enfants. Puis, alors que je rangeais les affaires pour les donner autour de moi, mon mari s’est montré un peu triste. Il m’a dit : « Ah bon, mais en fait, tu ne veux pas d’autres enfants ? » Et finalement, nous en avons eu trois autres. 

Aujourd’hui, vous êtes donc maman de dix enfants : cinq garçons et cinq filles, âgés de 4 à 23 ans. Comment organisez-vous votre quotidien ? 
Cela demande pas mal d’anticipation, parce qu’avec une famille aussi nombreuse, on ne peut pas tout laisser au hasard. Mais j’aime bien dire que finalement, on galère comme tout le monde. On me dit souvent : « Ah, mais tu dois être super organisée ! » Honnêtement, je n’ai pas l’impression de l’être beaucoup plus qu’une autre maman. J’essaie de m’organiser, mais le quotidien, c’est surtout faire de son mieux. J’essaie aussi de le faire dans la joie. Que ce soit dans des moments de bonheur ou dans les cris, je pense qu’il y a avant tout un état d’esprit à garder : ne pas se mettre trop de pression, ne pas chercher à être la maman parfaite, à avoir des enfants parfaits, un mari parfait ou un couple parfait. Nous avons des failles, comme tout le monde.

Quel type de maman êtes-vous ? 
J'ai la chance d’avoir un tempérament plutôt optimiste, et d’avoir la foi. Quand on traverse des soucis, des tracas, des épreuves, ma foi est un vrai trésor, car elle rappelle qu'on n'est pas seul. Je suis une maman qui peut crier de temps en temps, mais qui essaie de le faire le moins possible, et qui fait de son mieux pour être présente et disponible, surtout quand mes enfants en ont besoin. Chacun a son individualité et ses besoins à des moments précis, donc j'essaie d'être là au bon moment pour chacun d'eux.

Quelle place tient votre mari à vos côtés dans cette aventure familiale, et comment parvenez-vous à rester connectés l’un à l’autre ?
Pour nous, le socle de la famille c’est d’être un couple uni. J’avais à cœur de montrer à mon mari que, même si nous avions plusieurs enfants, notre couple resterait une priorité. Nous avons compris que quand notre couple va bien, les enfants vont bien ; à l’inverse, si nous avons des tensions, cela se ressent dans la vie familiale : on est moins patients, moins affectueux. C’est pourquoi il est essentiel de mettre notre couple à la première place.

Pour des enfants, voir leurs parents s’amuser ensemble, s’aimer tout simplement, est extrêmement précieux. 

Nous nous faisons aussi de petites surprises à tour de rôle une fois par mois : cela peut être un dîner en amoureux à la maison ou une sortie au bowling. Ces moments nous permettent de garder un esprit enfantin et de nous amuser ensemble. Je pense que, pour des enfants, voir leurs parents s’amuser ensemble, s’aimer tout simplement et prendre du temps l’un pour l’autre est extrêmement précieux. 

Non seulement vous avez dix enfants, mais il vous arrive aussi d’accueillir des jeunes chez vous. Pouvez-vous nous parler un peu plus de cette mission ? 
Cela s’est fait par un concours de circonstances. Depuis le début de notre mariage, nous avons toujours été très engagés auprès des jeunes, notamment en accompagnant des groupes de la paroisse et de l’aumônerie. Peu à peu, des prêtres ou des amis nous ont demandé d’accueillir des jeunes à la maison : parfois pour une soirée par semaine, parfois pour quelques semaines, plusieurs mois, voire plusieurs années. Pour un certain nombre, c’étaient des jeunes qui vivaient des situations très fragiles qui pouvaient aussi avoir des problèmes psychiatriques. Quand c’est arrivé, on nous le demandait, puis on en parlait en couple et avec nos enfants, et quand c’était possible, on disait oui.

Je pense notamment à un jeune que nous avons accueilli à la demande d’un prêtre, après un parcours très compliqué. Il avait été toxicomane. Il est rapidement devenu un membre de la famille, nos enfants l’ont accueilli à bras ouverts. Au moment de son départ, il a été très touchant. Il nous a exprimé toute sa reconnaissance. Il nous a confié que quand il était arrivé il ne croyait plus en l’amour, mais que notre vie familiale lui avait redonné confiance en l’amour et lui avait donné envie de construire un jour une famille à son tour. Il nous a dit avoir compris que notre “secret” était de prier ensemble chaque soir, même de façon imparfaite et parfois bruyante. Son regard nous a profondément touchés, et c’était très beau que nos enfants puissent entendre ce témoignage.

Quelle place tient la foi dans votre vie quotidienne et familiale ? En quoi change-t-elle votre manière de vivre, d’aimer, d’éduquer dans votre famille ?
La foi occupe une place centrale dans notre vie. Ma plus grande peur serait que mes enfants la perdent. La foi est la source de notre amour, de notre vie de couple et de notre vie familiale. Concrètement, cela se traduit par la prière en famille tous les soirs, la prière en couple chaque matin, et de petites prières pendant que j’emmène les enfants à l’école. Nous confions nos journées, nos joies, nos peines, et aussi les maîtresses et camarades, en particulier ceux avec qui, c’est un peu plus compliqué. 

Et vous, personnellement, comment vous ressourcez-vous spirituellement ?
Je fais partie d’un groupe de prière des mères, et d’un groupe appelé Spi Maman, que je fréquente depuis près de 20 ans. C’est un groupe en ligne, avec une centaine de participantes réparties en France et dans le monde. Chaque jour, nous nous engageons à dire une dizaine de chapelets, à prier une fois par semaine dans une église, à prier les unes pour les autres, et à prier aux intentions du pape. Grâce à ce groupe, j’ai créé des amitiés spirituelles très fortes. 

Y a-t-il un verset biblique ou une citation que vous aimez particulièrement ? 
Oui, j’en ai plusieurs. Je pense à "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés". Il y a aussi : "aimer, c’est tout donner". Ma citation préférée est de saint Bernard de Clairvaux et elle dit que "la mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure". J’aime vraiment beaucoup cette phrase. En fait, tout tourne autour de l’amour. C’est le mot-clé.

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