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Caritas Jérusalem défie l’interdiction israélienne et maintient ses activités à Gaza

GAZA-AFP

Gaza, 30 août 2025.

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Christine Rouselle - Cécile Séveirac - publié le 09/01/26
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Caritas Jérusalem figure parmi les 37 organisations humanitaires interdites d’opérer à Gaza et en Cisjordanie par le gouvernement israélien depuis le 1er janvier. Alors que plus de 1,6 million de Gazaouis dépendent aujourd’hui de l’aide humanitaire, l’organisation catholique affirme qu’elle poursuivra ses activités, invoquant son statut juridique reconnu par Israël depuis plus de trente ans.

Caritas Jérusalem, branche régionale de l’organisation humanitaire catholique Caritas Internationalis, figure parmi les 37 ONG récemment interdites d’opérer à Gaza et en Cisjordanie par le gouvernement israélien. Malgré cette décision, l’organisation affirme qu’elle poursuivra ses actions humanitaires sur le terrain.

Les nouvelles restrictions, imposées par le ministère israélien des Affaires de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, sont justifiées par Israël pour des raisons de sécurité. Elles s’inscrivent dans le cadre de nouvelles réglementations adoptées l’an dernier, obligeant les ONG à fournir des informations détaillées sur leurs financements, leurs employés palestiniens et étrangers, ainsi que d’autres données administratives.

Le non-respect de ces exigences entraîne la suspension des permis d’activité depuis le 1er janvier, avec une date butoir fixée au 1er mars pour la cessation complète des opérations à Gaza. Dans un communiqué publié le 31 décembre 2025, Farid Jubran, porte-parole du Patriarcat latin de Jérusalem, a toutefois affirmé que Caritas Jérusalem continuerait son travail humanitaire. Il souligne que l’organisation bénéficie d’un statut juridique particulier : celui de "personne morale ecclésiastique", reconnue par l’État d’Israël depuis 1993, ce qui l’exempterait des nouvelles obligations de réenregistrement.

"Caritas Jérusalem n’a entrepris aucune procédure de réenregistrement auprès des autorités israéliennes", indique le communiqué, précisant également que Caritas Internationalis ne mène pas d’actions directes dans le pays. "Caritas Jérusalem poursuivra ses opérations humanitaires et de développement à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem, conformément à son mandat", conclut le texte. Outre Caritas Jérusalem, plusieurs grandes organisations internationales sont affectées par ces mesures, parmi lesquelles Médecins Sans Frontières, Oxfam, Care International et ActionAid.

Cessez-le-feu fragilisé

Cette décision intervient dans un contexte humanitaire particulièrement critique à Gaza. Malgré les annonces répétées de cessez-le-feu ou de trêves temporaires, les combats ont profondément dévasté le territoire après plusieurs mois d’offensive israélienne. Depuis le début du conflit, les autorités sanitaires locales ont estimé que plus de 68.000 Palestiniens ont été tués et des dizaines de milliers d’autres blessés. La crise alimentaire reste aiguë : près de 1,6 million de personnes — plus de 75% de la population — sont confrontées à une insécurité alimentaire, tandis que des centaines de milliers sont menacés par la malnutrition sévère, notamment parmi les jeunes enfants. Les agences internationales alertent régulièrement sur le nombre très élevé de victimes civiles et sur l’effondrement du système de santé, rendant le travail des organisations humanitaires plus indispensable que jamais.

"En tant que chrétiens, nous sommes appelés à être porteurs d’espérance, même dans les moments les plus sombres". Cardinal Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem et président de Caritas.

Caritas Jérusalem soutient plus de de 2.600 familles grâce à ses programmes d’aide humanitaire directe (aide médicale, aide alimentaire, soutien au logement et frais de scolarité), à Gaza, mais aussi en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Son rapport annuel, publié trois jours avant la publication de la liste des ONG interdites, assure ainsi que 2.382 personnes ont reçu des soins médicaux primaires dans la bande de Gaza grâce à son action. 62 enfants ont bénéficié de séances individuelles de thérapie traumatique et plus de 1.000 familles ont reçu un soutien financier via un programme de "cash assistance".

"Nous traversons une période de souffrance et d’incertitude profondes en Terre sainte. La guerre en cours a blessé notre peuple physiquement, émotionnellement et spirituellement. Au milieu de la destruction et des déplacements forcés, il est facile de se sentir accablé et impuissant", écrit le cardinal Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem et président de Caritas. "Pourtant, en tant que chrétiens, nous sommes appelés à être porteurs d’espérance, même dans les moments les plus sombres", rappelle encore le cardinal qui s'est lui-même rendu dans la bande de Gaza à plusieurs reprises, dont récemment à Noël. Par des actes de miséricorde, de soin et de justice, écrit encore le cardinal, "Caritas se tient aux côtés des plus fragiles, offrant non seulement une aide vitale, mais aussi l’assurance qu’ils ne sont pas oubliés. Dans chaque foyer visité, chaque patient soigné et chaque enfant réconforté, la présence du Christ devient tangible."

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