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Alep de nouveau sous les bombes. Depuis mardi 6 janvier, de nouveaux affrontements font rage entre les forces du gouvernement syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS) à Alep, en Syrie, contraignant de nombreux civils à évacuer leurs habitations. Au moins 17 personnes sont mortes, parmi lesquelles 16 civils et un militaire, et une dizaine de blessés sont à déplorer.
Près de 110.000 personnes ont fui d’Alep, où les autorités ont ouvert des abris provisoires, selon le ministre syrien des affaires sociales. Ces combats interviennent alors que les négociations débutées il y a près d'un an entre le gouvernement syrien et les FDS - majoritairement kurdes - pour une intégration politique et militaire ont échoué, ravivant les tensions entre les deux parties.
Sur place, commerces, écoles et universités sont fermés. Les quartiers de Sheikh Maqsoud, Ashrafiyah et Bani Zaid – à majorité kurde – ont été déclarés " zones militaires fermées " par l’armée syrienne qui a entamé une phase de bombardements intenses. Jeudi 8 janvier au matin, des civils par milliers fuyaient leurs quartiers afin d'emprunter deux "couloirs humanitaires" mis en place par l'armée, selon les correspondants de l'AFP.
"Depuis ce début d’après-midi, les combats sont très intenses. On entend les bombardements dans les quartiers kurdes, même si on ne sait pas exactement où tombent les bombes", témoigne à Aleteia une religieuse travaillant dans un hôpital d'Alep*. Les Kurdes d'Alep vivent majoritairement dans deux quartiers voisins, juste en face du quartier de Midan, quant à lui majoritairement composé de chrétiens. La situation actuelle provoque des déplacements de population de l'ensemble de ces quartiers, explique la religieuse. "Certains fuient chez des amis, des parents, parfois en dehors d’Alep. D’ailleurs, plusieurs membres du personnel de l’hôpital habitent ces quartiers et dorment dans les locaux pour se protéger. Cela fait deux jours que c’est très difficile. Nous manquons de personnel, notamment au laboratoire où on ne peut plus faire d’analyses". L'hôpital où travaille cette religieuse a accueilli de nombreux blessés civils, parmi lesquels un chrétien. "Il vit dans l'un des quartiers kurdes et est arrivé avec des éclats d'obus dans le ventre. Nous l'avons envoyé au bloc opératoire", témoigne-t-elle.
Une insécurité latente
"Je vis à Alep depuis 26 ans. J’ai tout vu : la guerre, le tremblement de terre, la chute de Bachar al-Assad… Je ressens de la colère et de la détresse. À quoi riment tous ces morts ?", soupire encore la religieuse. Depuis l'arrivée au pouvoir en décembre 2024 d'Ahmed al-Charaa, à la tête du groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTC), et la fuite de Bachar Al-Assad, les chrétiens sont inquiets. La sécurité des minorités, en particulier, est régulièrement mise à l'épreuve. En mars 2025, des affrontements entre les forces de sécurité du nouveau gouvernement syrien et des factions pro-Assad avaient ainsi embrasé une partie du pays et conduit au massacre de près de 1.000 civils en majorité alaouites. Plus tard, en juillet, de violents combats entre Druzes et bédouins sunnites ont là encore provoqué des morts par milliers, parmi lesquels une famille de chrétiens. Des églises avaient été incendiées et pillées, alors que la communauté chrétienne se remettait à peine du terrible attentat islamiste de Damas qui avait tué 25 fidèles. Le jour du Nouvel An, un attentat suicide a frappé Alep, dans le quartier de Bab al-Faraj. Le kamikaze, qui se dirigeait vers une église, en a été empêché par un policier, Mohammad Massat, mort sur le coup.
Cette situation ajoute une nouvelle tragédie à traverser pour la population d'Alep, déjà traumatisée par des années de guerre et de souffrances économiques, sans compter le tremblement de terre, constate Vincent Gelot, chargé de mission pour l'Œuvre d'Orient en Syrie et au Liban. "Des congrégations vont ouvrir leurs portes aux déplacés. Nous sommes très inquiets, la situation est fragile avec deux groupes armés qui se livrent une guerre au milieu des civils, ce qui est inacceptable", dénonce-t-il. Sur place, partenaires de l'Œuvre d'Orient et civils sont épuisés, confie Vincent Gelot, qui rappelle l'importance des dons pour soutenir l'association.
"Alep est l'une des villes les plus anciennes de l'humanité, et une ville historique pour la communauté chrétienne", rappelle-t-il. Pourtant, leur présence sur la terre de saint Paul est chaque jour qui passe un peu plus compromise. D'environ 150.000 personnes en 2011 au début de la guerre, les chrétiens sont aujourd'hui 25.000 à Alep. 85% des chrétiens ont quitté le pays, faisant chuter leur nombre de 2 millions à environ 500.000. Les chrétiens ne représentent plus que 2% de la population syrienne.
*L'anonymat a été préservé pour des raisons de sécurité.









