Les rêves occidentaux ne sont pas nécessairement les réalités iraniennes. Depuis fin décembre, l’Iran est parcouru par de nombreuses manifestations qui font espérer à beaucoup, notamment aux exilés iraniens en Occident, un changement de régime et la mise en place d’un pays laïc et démocratique avec la fin du régime des mollahs. Si nul ne peut prévoir l’avenir, il est en revanche très peu probable qu’un tel scénario se produise.
Iran : un pays multiple
Peuplé de 90 millions d’habitants, l’Iran est un pays complexe et multiple. À elle seule, Téhéran compte 15 millions d’habitants, ce qui donne un poids démographique et social majeur à la capitale. Si les Perses sont majoritaires, de nombreux autres peuples sont présents dans le pays, notamment des Arabes, des Pachtounes, des Azéris, qui sont présents également dans les pays voisins. Ce qui signifie que la politique iranienne, par cet enchevêtrement ethnique, a également des conséquences sur les pays de la région. De même, si les chiites sont majoritaires, les musulmans sunnites ne sont pas absents de l’Iran. Face à ce vaste ensemble ethnique et religieux, l’Iran a toujours été confronté au défi de son unité et de sa survie. Ce qui est passé par l’établissement de régimes autoritaires et centralisés, désireux de contrôler le pays et d’éviter les autonomies locales qui pourraient aboutir à des sécessions régionales portées éventuellement par des ingérences extérieures.
Si le régime des Pahlavi est aujourd'hui présenté en Occident comme un âge d’or tolérant et ouvert, il n’a pas laissé le même souvenir en Iran. Beaucoup trop soumis à l’Occident aux yeux de ses opposants, trop autoritaire et trop répressif à l’égard des minorités, il a été renversé en 1979 par l’alliance d’une coalition multiple et hétéroclite dont l’ayatollah Khomeini n’était que l’une des composantes. C’est après la révolution de 1979 et l’établissement du nouveau régime que les mollahs ont purgé le nouveau système politique, éliminé leurs opposants et établi un régime à leur seule solde. Avec depuis le souci constant de museler les oppositions et d’éviter toutes forces centrifuges qui pourraient les renverser et conduire à une dislocation de l’Iran.
Des manifestations inutiles ?
Ce n’est pas la première fois que l’Iran connaît des manifestations de grande ampleur. Mais à chaque fois, celles-ci sont présentées comme devant aboutir à la fin du régime des mollahs, au retour des Pahlavi et à l’établissement d’un Iran laïque et démocratique. Or, cela n’a jamais abouti dans le passé et n’a aucune probabilité d’aboutir dans le futur. Il ne peut pas y avoir de système démocratique dans un pays multiethnique, composé de peuples qui se méfient les uns des autres et qui sont souvent hostiles, avec des ramifications à l’étranger. Un système démocratique sur le type "un homme, une voix" aboutirait inexorablement à des affrontements entre les différentes communautés. De la même façon, il ne peut pas y avoir de régime laïque dans un pays où cette philosophie politique est étrangère tant à l’islam chiite que sunnite. Beaucoup ont rêvé d’un Irak et d’une Syrie laïques et démocratiques, avec le résultat que l’on sait. Si le régime des mollahs devait être renversé, le plus probable est qu’un autre mouvement islamiste prenne sa place.
L’Iran dispose d’un système très particulier de régime politique où un État officieux est enchâssé dans l’État officiel. Le pouvoir réel est entre les mains des Gardiens de la révolution et des Bassidji, police politique parallèle. Tant que ces structures paramilitaires contrôlent le pays, le régime est assuré de sa survie.
Intervention extérieure ?
La question iranienne intéresse au premier plan Israël et son allié américain. Israël n’est pas opposé au régime des mollahs, il veut simplement éviter que ce gouvernement n’obtienne l’arme nucléaire et s’en serve contre lui. Dans la région, aucun pays ne souhaite la chute du régime iranien, bien conscient que cela aboutirait à une situation pire que l’état actuel, avec un scénario à l’irakienne : la multiplication de guérillas militaires, l’autonomisation, voire la sécession, des régions peuplées des peuples autres que les Perses, le déploiement de mouvements islamistes déjà présents en Iran et pour l’instant contenu par les mollahs. Personne n’a envie de revivre la déstabilisation apportée par l’État islamique. Une réalité iranienne et moyen-orientale qui est assez éloignée des rêves occidentaux.

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