Pour faire la paix, il faut commencer par se garder en paix soi-même. Une bonne attitude, suggère notre chroniqueuse Alexandra Maclennan, est de purifier nos cœurs dans le silence, ce silence où le bien germe dans la lumière, tout près de soi.
Tous les ans, le 1er janvier, solennité de sainte Marie Mère de Dieu, est aussi la Journée mondiale de la paix. Cette année, de l’appel du pape Léon XIV à "construire une nouvelle ère de paix" aux homélies dans nos paroisses et nos abbayes, cette exhortation à être des "artisans de paix" (Mt 5, 9) prend un accent nouveau. Parce qu’elle s’élève au milieu de ténèbres qui sont particulièrement épaisses. Parce qu’elle vient d’un nouveau pape que le monde est encore en train de découvrir. Artisans de paix. À force d’entendre ces mots dans les prières universelles, ils peuvent glisser sur nos âmes, et sans déclinaison concrète devenir un idéal lointain, voire une abstraction.
La part belle au silence
Après l’agitation des préparatifs et le déploiement d’énergie pour que la fête soit belle, après toutes les personnes vues et les paroles échangées, lorsque vient le temps de tout remettre en ordre, se reposer et réfléchir à la suite avant de repartir, janvier présente l’image d’une terre au repos, une bonne terre où ce qui est en germe se prépare à lever dans la lumière et le silence.
Une image sonore est la musique du compositeur estonien Arvo Pärt dont on fêtait le 80e anniversaire en 2025. Arvo Pärt fait la part belle au silence dans sa musique. Il n’est que d’écouter son The Deer’s Cry qui est la mise en musique de la très belle et puissante prière de saint Patrick. Penseur-compositeur, il a dit récemment : "L’instrument de musique le plus sensible est l’âme humaine. Il faut purifier l’âme humaine jusqu’à ce qu’elle commence à émettre un son." (The most sensitive musical instrument is the soul. One must purify the soul until it begins to sound.)
Que cherchons-nous ?
Qu’est-ce qui est en germe ? Quel est mon désir, "que cherchez-vous ?", a dit Jésus aux disciples qui le suivaient (Jn 1, 38) ? Le Saint-Père a commenté ce verset dans son message vidéo au congrès Seek26 qui se tient aux États-Unis du 1er au 5 janvier. Et c’est la question fondamentale toujours à reposer : que cherchons-nous ? Nos cœurs sont agités et nous cherchons la direction de nos vies. Nous rêvons de choses extraordinaires, comme George Bailey dans It’s a Wonderful Life de Frank Capra, son film préféré et un classique de Noël, et nous découvrons, comme le héros de cette histoire, que notre vie trouve son sens par le bien et la joie que nous produisons, souvent sans le chercher et nous en apercevoir, dans la vie des personnes placées près de nous.
"Seigneur, je n'ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse" (Ps 130, 1-2). On en revient toujours à faire taire les projections de l’ego, entrer dans le silence et écouter.
“Si tu sais te taire…”
Une réponse vigoureuse à la question "comment être artisans de paix" est apportée dans un passage de L’Imitation de Jésus Christ que l’on pouvait lire dans l’Office des Lectures du mardi 16 décembre. Avec la radicalité qu’on lui connaît, ce texte nous fait des promesses très rassurantes pour notre année :
Si tu sais te taire et demeurer patient, sans aucun doute tu recevras l'assistance du Seigneur… Commence par te garder toi-même en paix, et alors tu pourras pacifier les autres. L'homme pacifique est plus efficace que l'homme très instruit. L'homme passionné transforme en mal le bien lui-même, et croit facilement au mal. L'homme bon et pacifique change tout en bien.
Souhaitons-nous pour cette année la discipline spirituelle de prendre des temps de silence fécond pour que la paix prenne forme en nous et autour de nous.




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