Il est assez amusant de voir comment une partie des médias s’est enthousiasmée pour une étude sociologique du catholicisme, publiée par La Croix, parce qu’elle tord le cou, disent-ils, à la plupart des clichés. "Les catholiques, loin des idées reçues !", proclament-ils presque tous. Ils oublient seulement une précision : ils étaient eux-mêmes les principaux canaux des idées reçues qu’ils se réjouissent de dépasser. Sur France Inter et sur France Culture, il a donc fallu la publication de statistiques pour qu’on découvre que l’Église n’est pas seulement l’union improbable de vieilles bigotes analphabètes de province, de maurrassiens à particules et d’aryens masculinistes américains, roulant en 4X4 avec pare-buffle pour la chasse à l’immigré. Deo gratias !
Les diffuseurs de caricature
Il est dommage, en revanche, que les chrétiens invités sur les ondes publiques n’aient pas tous été mis au courant des conclusions de l’étude de La Croix. Ainsi a-t-on entendu tout récemment sur France Culture un chrétien de gauche (pléonasme, selon lui) déclarer sans le moindre doute que lorsqu’un catholique utilise le terme de "civilisation chrétienne", "il parle de l’Ouest parisien, de banlieues bourgeoises, de familles issues de l’OAS, enfin vous voyez". Je vois surtout, en l’occurrence, que les catholiques qui réduisent la relation au Christ à un combat politique sont des diffuseurs de caricatures plus redoutables que les athées honnêtes. La haine du frère ennemi rend-elle la propagation des clichés plus urgente que la propagation de la foi ?
On admettra volontiers qu’un disciple du Christ n’ait pas vocation à taire ses désaccords et qu’il puisse même, à l’occasion, s’en prendre vivement à une doctrine nuisible, à une idée néfaste, à un virage inquiétant et, plus généralement, à tout ce qui lui semble trahir les leçons de vie de son maître et ami divin. Mais les affrontements du relatif autorisent-ils à oublier à ce point le service de la vérité ? Exhumer l’OAS dès que quelqu’un parle de "civilisation chrétienne" revient à traiter de poseur de bombes tout homme qui se réjouit, par exemple, que les cathédrales ne soient pas complètement en ruines, que l’esprit chevaleresque ne fasse pas ricaner absolument tout le monde, qu’il y ait encore quelques lecteurs non seulement de Pascal, Verlaine et Bernanos, mais même de Rabelais, Molière et Baudelaire... Victor Hugo préparait-il en secret l’attentat du Petit-Clamart, quand il notait, à regret, que "la sainte loi de Jésus-Christ gouverne notre civilisation, mais [qu’] elle ne la pénètre pas encore" ?
Une mise au point
À l’écoute du traqueur tardif de complices de Bastien-Thiry, le journaliste lui-même demande si ce n’est pas "un peu restrictif". La réponse du débatteur tombe comme un couperet : "Non, non, c’est assez précis." Quand on est persuadé de combattre une organisation terroriste, toute hésitation est une faiblesse coupable, sans doute.
Tenter d’être porte-parole du Christ et de l’Église, et non de ses propres crispations idéologiques, voilà qui peut contribuer, plus que toutes les études sociologiques, à faire reculer les idées reçues sur le catholicisme.
Face à ce caricaturiste qui s’ignore, Élisabeth Geffroy, rédactrice en chef de La Nef, ne tombe jamais dans le piège de l’agressivité mimétique qui mine tant de débats, dès lors qu’il s’agit d’avoir raison contre l’autre. Elle rappelle la doctrine sociale que l’Église a peu à peu précisée et qu’elle nous livre en héritage : le respect de la subsidiarité, la dignité ontologique de la personne humaine, la promotion de la famille, du travail, la paix, la solidarité, la destination universelle des biens… Élisabeth Geffroy signale ensuite que, sur certains sujets, comme l’euthanasie, l’Église a tranché, mais que sur la plupart des questions politiques, il revient aux catholiques de décider, en tenant compte des circonstances, "comment on peut traduire ces grands principes dans la réalité concrète du politique qui, elle, est toujours contingente".
Des paroles claires et précises
Cette mise au point nous semble un modèle de ce que peut être une parole catholique en terrain miné : une parole qui se donne pour priorité absolue de faire connaître le Christ et l’Église aux auditeurs de bonne foi. Des mots posés, clairs et précis suffisent parfois à ce que la caricature s’éloigne. Cela suppose évidemment de ne pas avoir pour ambition principale de régler ses comptes avec ses ennemis politiques. À moins, bien sûr, qu’on ne juge que les catholiques ont tellement de temps d’antenne qu’ils peuvent en gaspiller une partie en attaques contingentes. Tenter d’être porte-parole du Christ et de l’Église, et non de ses propres crispations idéologiques, voilà qui peut contribuer, plus que toutes les études sociologiques, à faire reculer les idées reçues sur le catholicisme.

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