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2026, dernière année d’insouciance ? 

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Xavier Patier - publié le 07/01/26
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Pour l’écrivain Xavier Patier, une guerre se prépare qui est une guerre des mémoires. Les empires mènent la danse. Malheureusement, l’Europe ne s’y prépare pas du tout.

L’année 2026 aura-t-elle dans nos futurs livres d’histoire l’image que nous avons aujourd’hui des années 1869, 1913 ou 1936, années d’insouciance qu’avec le recul nous tenons pour des années d’inconscience ? Il faudrait être très sûr de soi pour promettre le contraire. Ces temps-ci, les empires prennent possession du monde à une vitesse que nul n’avait anticipée. Leur stratégie est une prise de pouvoir des mémoires. Pierre Nora avait distingué l’histoire, produit scientifique et critique, de la mémoire, sentiment politique et communautaire. Aux États-Unis, en Chine, en Russie, les dirigeants pratiquent une politique de mémoire qui écrase l’histoire. Au même moment, l’Europe fait exactement le contraire. Elle refoule sa mémoire au profit d’une politique de l’histoire. Pendant que les empires se dopent à la mémoire, l’Europe s’endort à la musique d’une histoire controversée, composée d’amnésie et de culpabilité. 

La guerre des mémoires

George Orwell disait : "Celui qui a le pouvoir sur le passé a le pouvoir sur le futur. Celui qui a le pouvoir sur le présent a le pouvoir sur le passé." Les empires l’ont parfaitement compris. Donald Trump referme en Amérique la parenthèse wokiste ; Vladimir Poutine referme en Russie celle de l’humiliation post-soviétique ; Xi Jinping referme l’anomalie que fut pendant deux générations l’ère Meiji à la mode chinoise imaginée par Hu Jintao. Au même moment, le Parlement européen, dans une "résolution sur la conscience historique" adoptée l’an dernier, propose de "remettre en cause les stéréotypes et les vaches sacrées des histoires nationales". 

La guerre qui se prépare, et qui est déjà commencée, est une guerre des mémoires. L’Europe la perd avant de la livrer. Les nations européennes se réarment au matériel, certes, tirées brutalement de leur sommeil par les coups de trompette de Donald Trump, mais elles le font lentement, tardivement et surtout sans savoir pourquoi. Un peuple qui n’aime pas son héritage ou, plus terrible, qui l’ignore, est virtuellement mort. Sur cette question, l’Union européenne est hors sujet et la France est à la croisée de chemins.

Un déséquilibre sans précédent

On ne trouve guère d’exemple d’un fort déséquilibre qui ne débouche sur une fracture. C’est vrai en géopolitique comme en géologie. Or le déséquilibre actuel est sans précédent. Le rapport de force entre l’Occident et le reste du monde est profondément différent de l’image que nous constituons à en avoir en Europe. L’ordre mondial précaire a cédé la place à un désordre établi : tout est possible, même l’impossible. Donald Trump vient de rappeler qu’il était suzerain de l’Amérique latine. Il a fait enlever le président du Venezuela sans plus de vergogne que Bonaparte avait fait enlever à l’étranger le duc d’Enghien quelques semaines avant de proclamer l’Empire. Ce coup de force qui indigna Chateaubriand prouva à son auteur que tout lui était permis. Début d’une folle aventure. Nous n’avons encore rien vu. Le désordre établi nous annonce d’autres surprises : le Groenland pour l’Amérique, le Donbass pour la Russie, Taïwan pour la République populaire de Chine ? Tout cela en 2026 ? Qui peut l’exclure ? 

L’Europe n’y pourra rien. Elle s’indignera. C’est ce qu’elle sait faire de mieux, mais plus personne n’entend ses indignations. Il est urgent pour la France de tirer des conséquences de cette faillite et de retrouver sa magnifique mémoire. Ensuite, il nous faudra apprendre ce que c’est que de résister.

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