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Colère agricole : les agriculteurs ne désarment pas

Reventin-Vaugris, le 5 janvier 2026. Des agriculteurs manifestent avec leurs tracteurs au péage de l'autoroute A7 à Reventin-Vaugris, en Isère.

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Cécile Séveirac - avec AFP - publié le 06/01/26
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Convois de tracteurs, blocages de routes, rassemblements... La mobilisation agricole se poursuit partout en France en ce début d'année 2026. Malgré des promesses du gouvernement, syndicats et agriculteurs dénoncent l’absence d’actes concrets et maintiennent la pression, illustrant une défiance croissante envers l’État.

La colère du monde agricole ne retombe pas. Départs de convois pour Paris, rassemblements devant des préfectures, contrôles sauvages de marchandises : les actions des agriculteurs diffèrent le 6 janvier selon les syndicats, dont deux - la puissante FNSEA et la Confédération paysanne - sont reçus à Matignon en fin d'après-midi. "Il y a une forme d'incompréhension et de défiance vis-à-vis de la parole publique. Ce dont nous avons besoin, ce sont des actes, des décisions qui se voient dans les cours de ferme", a déclaré sur TF1 Arnaud Rousseau, président de la FNSEA.

Les annonces du gouvernement ont jusque-là été jugées insuffisantes pour répondre aux multiples crises auxquelles les agriculteurs font face : épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) pour les bovins, faible cours du blé et prix élevé des engrais, menace d'une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur...

Dans une lettre adressée aux agriculteurs français le 4 janvier, le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu"un sentiment d'injustice profonde, d'iniquité structurelle, un empilement de règles venues de loin qui, parfois, ont perdu leur bon sens" . Le gouvernement annonce une rupture concrète visant à "mettre fin aux deux poids deux mesures" en simplifiant les normes administratives, en renforçant massivement les contrôles sur les importations alimentaires qui ne respectent pas les normes européennes, et en triplant le fonds de soutien aux équipements hydrauliques agricoles pour répondre aux défis du changement climatique . Le Premier ministre défend le principe de réciprocité commerciale avec l'Union européenne et appelle à "sortir de l'idéologie" pour "revenir au terrain" afin de renforcer la souveraineté alimentaire française. Mais ces mots semblent aujourd'hui résonner dans le vide.

Le gouvernement avait promis ces derniers jours un arrêté pour empêcher d'importer en France des produits agricoles sud-américains (avocats, goyaves, mangues mais aussi cerises, melons...) traités avec des substances chimiques interdites dans l'Union européenne. L'arrêté, attendu mardi, ne figure pas au Journal officiel du jour et le ministère de l'Agriculture n'a pas répondu aux questions de l'AFP.

La perspective que l'accord de libre-échange UE-Mercosur soit signé dans les prochains jours, comme le souhaite la Commission européenne, est un "chiffon rouge", pour Arnaud Rousseau, "de nature à (entraîner) des mobilisations plus importantes. Mais à ce stade, nous appelons à des actions en territoire". Même son de cloche chez ses alliés des Jeunes agriculteurs reçus lundi à Matignon, qui ont promis un rassemblement le 19 janvier devant le Parlement européen à Strasbourg en cas de signature.

"Cortèges pacifiques"

En revanche, le ton de la Coordination rurale (CR), deuxième syndicat agricole habitué des opérations coup de poing, est monté d'un cran lundi à la sortie de Matignon. Son président Bertrand Venteau s'est insurgé contre l'interdiction, par arrêté préfectoral dans la majeure partie de la France, des convois de tracteurs qu'il prévoyait d'envoyer à Paris pour "porter pacifiquement" les "doléances des agriculteurs".

Il a maintenu son appel à "monter" sur la capitale et la CR espère l'arrivée de ses cortèges à compter de jeudi, a-t-elle précisé à l'AFP. Des agriculteurs venus de Corse ont pu "débarquer du ferry", a indiqué mardi le syndicat. Des convois sont aussi partis de Dordogne, des Landes, de Gironde et du Lot-et-Garonne. Plus d'une trentaine d'agriculteurs de la CR du Lot-et-Garonne et une poignée de tracteurs sont réunis à Cancon, avant de partir en direction Paris.

"Coûte que coûte, on va partir à un moment donné. Et on ne va pas se laisser marcher dessus (...) On travaille pour vivre et on ne nous fait pas vivre. La seule et unique action, c'est de monter à Paris. (...) On sait déjà qu'on va être sûrement bloqués, mais tant pis, on passera de force", a déclaré le président de la CR 47 José Pérez.

Bertrand Venteau a assumé de ne vouloir "rien lâcher" notamment sur le sujet des abattages de l'intégralité d'un foyer à partir du moment où un cas de dermatose nodulaire contagieuse y est détecté. Deux nouveaux cas ont été recensés en Ariège la semaine dernière malgré une vaccination presque totale du département, l'immunité mettant plusieurs semaines à se construire et n'empêchant pas entre-temps les contaminations.

Plusieurs routes ont été bloquées lundi avec des tracteurs malgré les interdictions de déplacements d'engins agricoles parfois déjà en vigueur dans certaines régions. Mardi matin la gendarmerie dénombrait encore au moins cinq blocages d'autoroutes (A75, A64, A51N dans la zone sud, A65 dans le Sud-Ouest et A84 dans la zone ouest).

Plusieurs agriculteurs avaient fait part à l'AFP de leur intention de passer la nuit sur les barrages. À Calais, tracteurs et agriculteurs avaient installé un barrage filtrant pour contrôler des marchandises sortant du port afin d'attirer l'attention sur les distorsions de concurrence selon eux entre les produits importés et les produits européens.

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