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Venezuela : face à la crise, l’Église exhorte à la paix et à la sérénité

Des Vénézuéliens opposés à Nicolas Maduro, le président du Venezuela, célèbrent l'intervention militaire américaine au Venezuela le 4 janvier 2026.

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Cécile Séveirac - publié le 05/01/26
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Après l’enlèvement spectaculaire de Nicolás Maduro par les États-Unis, la conférence des évêques du Venezuela a appelé dimanche 4 janvier à la prudence et à la paix, tandis que le pays, plongé dans une profonde crise économique et humanitaire, célèbre majoritairement cette opération, entre espoir fragile et incertitude politique majeure.

L'inquiétude et la prudence sont de mise pour l'Église catholique au Venezuela. Deux jours après la capture du président Nicolas Maduro et sa femme par les États-Unis, la conférence des évêques du Venezuela (CEV) a réagi dans un bref communiqué publié le 4 janvier sur les réseaux sociaux, appelant à persévérer "dans la prière pour l’unité".

"Face aux événements qui se déroulent aujourd’hui dans notre pays, nous prions Dieu d’accorder à tous les Vénézuéliens sérénité, sagesse et force", écrit l'épiscopat qui souhaite que "les décisions prises soient toujours dans l’intérêt" des Vénézuéliens. "Nous rejetons toute forme de violence", ajoute la CEV, qui encourage "la rencontre et l’entraide" et invite "le peuple de Dieu à vivre plus intensément l'espérance et la prière fervente pour la paix dans nos cœurs et dans la société". Le même jour, le pape Léon XIV réagissait à l'actualité vénézuélienne, assurant suivre avec "une profonde inquiétude les développements de la situation". "Le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération et conduire à dépasser la violence et à emprunter des chemins de justice et de paix, en garantissant la souveraineté du pays", a ainsi déclaré le Pape.

Dans la nuit du 2 au 3 janvier, une opération sans précédent menée par les États-Unis permettait l'enlèvement de Nicolás Maduro, inculpé par la justice américaine pour narcoterrorisme. Dans la foulée de cette opération, Donald Trump a affirmé que les États-Unis allaient "diriger" le Venezuela en attendant une transition politique sûre, suggérant que l’intervention visait aussi à assurer une forme de stabilité ou de changement de régime, tout en restant évasif sur la forme que prendrait concrètement cette transition. De son côté, le Conseil de sécurité de l'ONU a annoncé qu'il se réunirait en urgence ce lundi 5 janvier.

Un avenir incertain

Nicolás Maduro était au pouvoir depuis 2013 après la mort d'Hugo Chávez. Sa légitimité est particulièrement contestée aussi bien au Venezuela qu'à l'étranger. Les réélections de 2018, puis de 2024 malgré le manque de preuves, sont entachées par les accusations de corruption et de trucage. Alors que ces élections ont provoqué des manifestations de grande ampleur dans le pays, le gouvernement a opté pour la répression brutale de toute opposition. À l'international, les réactions mitigées ont afflué, entre sidération, satisfaction et dénonciation. Le premier reproche fait aux États-Unis est celui de la violation du droit international que constitue une telle opération et le risque de déstabilisation engendré. La capture de Maduro, avancent de nombreux observateurs, ne garantirait pas pour autant une transition démocratique ou pacifique, et renforcerait par ailleurs la mainmise américaine sur la région, notamment via l'accès aux importantes ressources pétrolières du pays.

L'avenir incertain fait notamment craindre la percée de la violence, comme le confie le père Georges Engel, prêtre fidei donum en mission au Venezuela, à Vatican News : "Dans cette situation difficile, il est probable que des affrontements vont se produire avec ceux qui ont jusqu'à présent bénéficié des immenses privilèges de la part du gouvernement", remarque le prêtre, qui désigne les brigades révolutionnaires créées par l'ex-président Chavez. "Ces groupes-là vont avoir beaucoup de difficultés à vivre ces changements inévitables dans leur situation".

Au Venezuela et au sein de la diaspora, l'annonce de la capture du président a néanmoins suscité une vague d'enthousiasme sans précédent. Des vidéos inondent les réseaux sociaux, montrant les Vénézuéliens massivement rassemblés dans les rues afin de célébrer. Et pour cause : 71% des 30 millions de Vénézuéliens vivaient dans la pauvreté en 2023, soit 54% dans la pauvreté extrême et 17% dans la pauvreté modérée, selon l'Inter-American Development Bank (IDB). Au quotidien, les habitants de ce pays disposant des plus grandes réserves de pétrole au monde peinent à vivre. L’inflation annuelle au Venezuela est ainsi estimée entre 150% et 250% en 2025, avec cette large fourchette due à la difficulté d’obtenir des données fiables dans un contexte où les statistiques officielles sont contestées, les prix varient fortement selon les régions, et les analystes utilisent des méthodes différentes pour mesurer l’inflation réelle.

Exil massif

Plus de 7 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays pour chercher refuge ou de meilleures conditions de vie à l’étranger, la majorité se regroupant dans d'autres pays d'Amérique Latine et des Caraïbes. Ce mouvement représente l’un des plus grands déplacements de population au monde ces dernières années, déclenché par la crise économique, politique et humanitaire prolongée, qui a conduit les Vénézuéliens à désavouer plus que jamais leurs dirigeants. Dans ce contexte, l'Eglise catholique doit maintenir son rôle de pacificatrice tout annonçant "avec encore plus de vigueur et de force le pardon et la miséricorde", estime le père Engel. "Dans cette situation qui va sans doute être très difficile économiquement pour la population du Venezuela, l'Église va devoir redoubler d'efforts pour venir en aide aux nombreux pauvres de ce pays (...) elle l'a toujours fait et elle le fera encore".

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