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Ouvert par François, clôturé par Léon XIV, un Jubilé 2025 hors normes

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Anna Kurian - publié le 05/01/26
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Le grand jubilé de l’an 2025 touche à sa fin. La Porte sainte de la basilique Saint-Pierre se refermera ce mardi 6 janvier 2026 et sera scellée pour sept ans. Riche en évènements et en imprévus, ce jubilé de l’Espérance a été ouvert par un pape et sera clôturé par un autre. Chronique de cette Année sainte qui a bouleversé la Ville éternelle.

Rome se préparait depuis des années pour cet évènement hors normes : accueillir le temps d’une année les quelque 30 millions de pèlerins du Jubilé annoncés par les estimations. Les mois précédant son ouverture, la ville éternelle s’est ainsi recouverte de chantiers, échafaudages, palissades, grues, pelleteuses et engins de forage… et de nombreuses places et monuments historiques ont fait peau neuve, réservant de larges espaces pour les piétons et restructurant les réseaux routiers. Des services de bus supplémentaires ont été promis, et les résidences hôtelières ont été prises d’assaut, pour la grande joie de l’industrie du tourisme, qui a bien rebondi, cinq ans après la crise du Covid. De même, les abords du Vatican se sont transformés : plus qu’un ravalement de façade, le jubilé a laissé une empreinte visible au centre de Rome. Impossible de parcourir les rues sans tomber sur la boutique de vente de produits dérivés au logo du jubilé, sans avoir été bloqué à un moment ou à un autre par le « couloir » de la via della Conciliazione réservé aux groupes de pèlerins. Avec son déploiement de rangées de volontaires – plus de 50.000 membres de la protection civile –, l’année sainte est devenue le pouls du quartier de Saint-Pierre.

Toute l’Église catholique aussi s’est préparée à ce moment, sous la conduite du pape François. Celui-ci a choisi le thème de l’Espérance, a proclamé la Bulle d’indiction, et a approuvé le programme concocté par le dicastère pour l’Évangélisation – dont de nombreuses audiences ‘jubilaires’ le samedi. Posant sa marque très personnelle sur ce jubilé, le pontife des périphéries a choisi par ailleurs d’ouvrir une Porte sainte en prison, à Rebibbia, dans l’est de Rome. Alors, quand il inaugure la Porte sainte de Saint-Pierre, la plus symbolique de toute, le 24 décembre 2024, l’on s’attend à douze mois de rendez-vous continus où résonnera la voix de l’Argentin infatigable, familier des improvisations et des gestes spectaculaires. Mais l’on aura tout autre. L’année est à peine entamée que le pape, âgé de 88 ans et sujet aux affections respiratoires, s’excuse : une bronchite l’empêche de lire lui-même ses discours et méditations. Sur son fauteuil roulant, l’homme en blanc donne des signes de grande fatigue et doit surseoir certains rendez-vous. 

La santé de François bouleverse le Jubilé

Les semaines passent… jusqu’au 14 février, où le Vatican annonce de but en blanc que le Pape est hospitalisé au Gemelli. Le jubilé en prend un coup : pendant les 38 jours de François à l’hôpital, durant lesquels les communiqués médicaux révèlent une pneumonie et de graves crises respiratoires, les événements jubilaires sont réduits. Des groupes annulent leur venue. Au cœur de l’hiver, une ombre plane sur l’année sainte et son déroulement semble être mis en pause. Car si le passage de la Porte sainte est la principale démarche du pèlerin, l’attraction de Rome réside aussi dans la présence du successeur de Pierre. Lorsque François sort de l’hôpital le 23 mars, très diminué et toujours sous respirateur, ce n’est pas pour reprendre la présidence des célébrations, mais pour poursuivre sa convalescence. Le peuple de Dieu se voit contraint de poursuivre son jubilé dans une atmosphère aux accents irréels, sans le pape, calfeutré dans sa résidence. Dans ce contexte incertain, les pèlerins qui ont réservé leur passage de la Porte sainte durant la Semaine de Pâques connaissent un moment de basculement le 21 avril : la mort de François, qui provoque une onde de surprise. Parmi eux, des milliers d’adolescents, rassemblés pour leur jubilé dédié, se retrouvent de façon inattendue à assister à la séquence historique de l’enterrement du 266e pape.

Jubilé et vacance du Siège apostolique se télescopent et se bouleversent en ces heures intenses pour l’Église catholique. Pèlerins, touristes, badauds, Romains, se mélangent abondamment sur la place Saint-Pierre pour attendre la « fumée blanche » du conclave et trépigner d’enthousiasme à « l’Habemus Papam » le 8 mai. Apparu à la loggia de Saint-Pierre et proclamant la paix, le nouveau pape Léon XIV reprend le flambeau du jubilé légué par son prédécesseur et par la tradition multiséculaire. Moins de trois mois après son élection, le pontife américano-péruvien préside le point culminant du Jubilé, le rassemblement de la jeunesse à Rome. Durant cette semaine aux airs de JMJ, la capacité d’organisation de Rome est mise à rude épreuve : la logistique fait défaut et des milliers de jeunes se retrouvent sans logement. Ici comme à d’autres événements de l’année, certaines voix critiquent aussi la tonalité trop italienne et pas suffisamment internationale des initiatives. 

Rendez-vous dans sept ans

Mais rien n’altère le dynamisme du Jubilé : à l’automne, la place Saint-Pierre explose de monde et les files d’attente pour entrer dans la basilique sont longues. Ce qui fait dire à Mgr Rino Fisichella, pro-préfet du dicastère pour l’Évangélisation, en cette fin d’année : "On a eu des pics incroyables, de l'augmentation, des chiffres…". Sur la chaîne de télévision Rai1, l’organisateur de l’Année sainte rapporte que les pèlerins ont dépassé les 32 millions. Pour l’archevêque italien, ce succès numérique montre "avec extrême clarté" que, dans un monde de plus en plus sécularisé, "nous gardons un profond sens de recherche de Dieu et de spiritualité". "Plus la technique augmente dans notre vie et plus nous sentons la nostalgie des moments de spiritualité vraie et authentique", glisse-t-il. Pour sa part, le pape Léon XIV a affirmé à Noël que les fruits du jubilé demeureront : "Les portes saintes se fermeront, mais le Christ, notre espérance, restera toujours avec nous". Ce qui a fait aussi la particularité de ce jubilé ‘ordinaire’, c’est qu’il se trouvait inséré entre deux jubilés ‘extraordinaires’ : celui de 2016 que le pape François avait voulu sur la miséricorde, et celui de 2033, pour le bimillénaire de la mort et de la résurrection du Christ. Rendez-vous donc… dans sept ans.

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