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Au Venezuela, stupeur et incertitude

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Jean-Baptiste Noé - publié le 05/01/26
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Le raid américain contre le président Nicolás Maduro, son arrestation et son transfert à New York a sidéré le monde. L’opération est-elle légitime au regard du droit international ? La question divise les commentateurs, l’élection du dictateur de Caracas n’étant pas reconnue par de nombreux pays. Pour le géopoliticien Jean-Baptiste Noé, la vraie question est l’avenir du Venezuela et de la région, brutalement déstabilisés, dont l’avenir va se jouer dans les semaines qui viennent. 

Au Venezuela comme ailleurs, c’est la sidération. Le raid éclair lancé contre Nicolás Maduro, son arrestation et son exfiltration, en quelques heures à peine, a démontré la grande puissance des États-Unis, capables de réaliser une opération délicate et complexe. Si Nicolás Maduro est arrêté, ce n’est pas pour autant la fin de la dictature du chavisme. Au Venezuela, comme parmi les très nombreux réfugiés, nulle joie, mais beaucoup de stupeur et d’attentisme. Le chef destitué, demeure toute la structure policière et répressive d’un système politique qui contrôle le pays depuis 1999. 

Le Venezuela et le monde

Ce qui se passe au Venezuela a de multiples répercussions à l’échelle régionale et mondiale. Depuis 1999, ce sont près de 8 millions de Vénézuéliens qui ont fui leur pays, et avec lui la pauvreté et la répression. Près de 3 millions d’entre eux sont installés en Colombie et 800.000 en Espagne. Beaucoup ont encore de la famille et des proches au Venezuela et ne désespèrent pas de pouvoir revenir y habiter. 

Ce phénomène migratoire a profondément déstabilisé l’Amérique latine, notamment à cause de la création de bandes criminelles violentes qui sèment la terreur dans plusieurs pays d’Amérique latine. À tel point que cela fut l’un des thèmes récurrents de la dernière campagne présidentielle au Chili. Autre facteur de déstabilisation : le trafic de drogue. Si le Venezuela n’est pas un grand pays producteur de cocaïne, les gangs vénézuéliens sont de plus en plus nombreux à en assurer le commerce vers les États-Unis et vers l’Europe. Depuis plusieurs mois, ces gangs s’installent dans les Antilles françaises, notamment en Martinique. Autant dire que le sujet vénézuélien concerne directement la France par la déstabilisation sociale et criminelle que ce pays opère dans ses départements antillais. Le trafic de drogue enrichit une partie de l’armée et du gouvernement, qui prête son concours direct ou indirect aux trafics, permettant aux différents cartels de trouver une base sûre où déployer leurs activités. 

Dernier facteur de déstabilisation : le soutien apporté à plusieurs dictatures dans la région, notamment Cuba et le Nicaragua, dont les économies survivent grâce aux dons de pétrole vénézuélien. Autant dire que les semaines qui viennent vont être agitées pour ces pays. 

Droit international

Face au raid américain, plusieurs critiques se sont élevées sur le non-respect du droit international. Mais pour les pays de l’Union européenne, pour les États-Unis et pour un grand nombre de pays d’Amérique latine, Nicolas Maduro n’est pas le président légitime du Venezuela. Celui-ci a largement perdu les élections présidentielles de 2024, gagnées par l’opposition. S’étant maintenu au pouvoir en s’appuyant sur l’armée et la répression policière, son élection n’a pas été reconnue et sa situation est donc jugée illégitime par plusieurs pays. En désignant Nicolas Maduro comme responsable de narcotrafic, les États-Unis ont légitimé cette intervention. Pour eux, le droit international est donc respecté. 

On sait Donald Trump obnubilé par la trace qu’il laissera dans l’histoire ; s’il pouvait faire chuter le régime castriste, ce serait pour lui une grande victoire de politique intérieure.

D’autant qu’en philosophie du droit, celui-ci sert à protéger les faibles contre les forts, non pas à permettre aux forts de couvrir leurs crimes et leurs oppressions. En 2023, Nicolas Maduro avait annoncé son intention d’envahir son voisin du Guyana afin de récupérer les champs pétroliers de l’Orénoque. Une menace qui est perçue par beaucoup de pays de la région comme un motif pour se débarrasser du chef d’État. Et qui fait ainsi percevoir, en Amérique latine, l’opération comme étant tout à fait légitime.   

Le pétrole, mais pas seulement

Le pétrole est l’un des autres éléments majeurs de ce dossier. Le Venezuela dispose à ce jour des plus grandes réserves mondiales prouvées de pétrole, loin devant la Russie et l’Arabie saoudite. Mais le pétrole vénézuélien est un brut lourd, très riche en soufre. Donc très difficilement exploitable, à l’inverse du pétrole du Golfe persique. Il ne suffit donc pas de tenir les champs pétroliers pour en assurer l’exploitation : ce sont des capitaux très importants qui doivent être investis et des structures industrielles qu’il faut créer. Si le pétrole est l’un des objectifs de l’intervention, ce n’est pas la première. Viennent d’abord la question de la drogue, qui provoque des ravages sociaux et sanitaires aux États-Unis, et la réorganisation de l’Amérique latine par l’élimination des régimes hostiles. Le Venezuela, mais aussi Cuba. On sait Donald Trump obnubilé par la trace qu’il laissera dans l’histoire ; s’il pouvait faire chuter le régime castriste, ce serait pour lui une grande victoire de politique intérieure. D’autant que la diaspora vénézuélienne et cubaine est importante aux États-Unis. Autant de voix à capter à l’approche des élections de mi-mandat.

Et la suite ? 

Si la chute de Nicolas Maduro peut ouvrir un grand espoir aux populations du Venezuela, rien n’est réglé pour autant. Le système chaviste est toujours en place, même si les États-Unis ont annoncé vouloir gérer provisoirement le pays. Quand bien même un nouveau régime verrait le jour, reconstruire les structures économiques et sociales prendra du temps. Le Venezuela a pour lui une unité culturelle et ethnique, ainsi que des cadres de haut niveau qui peuvent gérer le pays. Encore faut-il qu’ils puissent en prendre les rênes. Après la sidération de la capture vient donc le temps des incertitudes et de l’expectative. 

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