"Avec une profonde inquiétude, je suis les développements de la situation au Venezuela", a confié le pape Léon XIV après la prière de l’Angélus de ce 4 janvier sur la place Saint-Pierre. Exprimant la première prise de position officielle du Saint-Siège depuis l’intervention militaire américaine de la nuit du 2 au 3 janvier sur Caracas, qui a conduit à la capture du président Nicolas Maduro et de son épouse, le Pape, conformément à la ligne traditionnelle de la diplomatie pontificale, a appelé au respect de l’État de droit.
"Le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération et conduire à dépasser la violence et à emprunter des chemins de justice et de paix, en garantissant la souveraineté du pays", a déclaré le Pape, sans citer le nom du président Maduro ni celui de Donald Trump, qui a supervisé cette opération militaire d’une ampleur inédite.
Le président déchu doit être traduit devant la justice américaine pour répondre à des accusations de narcotrafic. Washington reproche aussi au régime socialiste de Caracas, en place depuis l’élection de Hugo Chávez en 1999, d’avoir spolié la plupart des entreprises américaines qui y opéraient dans le domaine de l’extraction pétrolière.
Les réactions sur place ont oscillé entre sidération et soulagement relatif, alors que la plupart des dirigeants internationaux ont exprimé leur préoccupation face à cette opération relevant d’une violation du droit international, bien que la légitimité de Nicolas Maduro soit contestée, notamment depuis l'élection présidentielle de 2024 dont l'opposition avait revendiqué la victoire.
Le Pape demande une plus grande attention aux pauvres
Le Pape a invité à tenir compte de "l’État de droit inscrit dans la Constitution, en respectant les droits humains et civils de chacun et de tous, et en travaillant à construire ensemble un avenir serein de collaboration, de stabilité et de concorde, avec une attention particulière aux plus pauvres qui souffrent en raison de la difficile situation économique". L’effondrement économique de ce pays, autrefois l’un des plus riches d’Amérique latine, a en effet conduit une partie de la population dans une situation proche de la famine.
"C’est pourquoi je prie et je vous invite à prier, en confiant notre prière à l’intercession de la Vierge de Coromoto et des saints José Gregorio Hernández et Sœur Carmen Rendiles", a demandé le chef de l’Église catholique. Léon XIV avait canonisé ce "médecin des pauvres" très populaire au Venezuela et cette religieuse vénézuélienne le 19 octobre dernier, en présence d’une délégation venue de Caracas.
Signe de la tension ambiante, en marge d’une conférence organisée à l’université pontifical du Latran à l'occasion de ces canonisations, un entrepreneur proche du régime avait agressé un journaliste vénézuélien du média anglophone The Pillar, qui était en train d’interviewer le substitut de la secrétairerie d’État, Mgr Edgar Peña Parra, lui aussi de nationalité vénézuélienne.
Entre Rome et Caracas, un dialogue difficile
Malgré les relations tendues entre l’épiscopat et le gouvernement, les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le régime de Caracas n’ont jamais été interrompues. L’actuel secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, fut lui-même nonce apostolique au Venezuela de 2009 à 2013 : il était donc en poste au moment du décès du président Hugo Chávez, le 5 mars 2013, durant la période de vacance pontificale consécutive à la renonciation du pape Benoit XVI.
Au pouvoir depuis 2013, Nicolas Maduro a pour sa part été reçu au Vatican à plusieurs reprises par le pape François. Au fil des crises successives, le pontife argentin n’a cessé d’appeler au dialogue, assumant une ligne perçue par certains comme relativement conciliante avec le régime. Cependant, il a promu cardinal et archevêque de Caracas un archevêque connu pour sa fermeté face au chavisme, Balthazar Porras Cardozo, qui a subi des mesures de rétorsion en se faisant confisquer son passeport à l’aéroport de Caracas, en décembre dernier.
Léon XIV pour sa part, s’est exprimé avec prudence sur ce dossier des tensions entre le régime de Caracas et les États-Unis, son pays natal. "Je pense que nous ne gagnons pas par la violence", avait-il expliqué le 4 novembre dernier à Castel Gandolfo, expliquant qu'il avait lu quelques minutes auparavant un article de presse concernant des navires de guerre qui s’approchaient des côtes vénézuéliennes. "L'essentiel est de rechercher le dialogue, de trouver la voie appropriée pour résoudre les problèmes qui peuvent exister dans certains pays", avait insisté le natif de Chicago.
L'Église locale en première ligne face à la misère galopante
Hier, dans les heures suivant l’enlèvement de Nicolas Maduro, le Saint-Siège n’avait pas officiellement réagi, mais le portail officiel Vatican News a publié une interview d’un prêtre français en mission au Venezuela, le père Georges Engel, qui est actuellement bloqué en Espagne.
"Dans cette situation difficile, il est probable que des affrontements vont se produire avec ceux qui ont jusqu'à présent bénéficié des immenses privilèges de la part du gouvernement, je pense en particulier aux brigades révolutionnaires qui ont été créées par l'ex-président Chávez", s’est-il inquiété, en reconnaissant que "ces groupes-là vont avoir beaucoup de difficultés à vivre ces changements inévitables dans leur situation".
"L'Église catholique au Venezuela a toujours été du côté des petits et des pauvres du pays, et son rôle reste irremplaçable dans ce pays marqué depuis tant d'années par le narcotrafic et la corruption", a rappelé le prêtre Fidei donum, pour qui l’Église vénézuélienne est ainsi appelée "à annoncer avec encore plus de vigueur et de force le pardon et la miséricorde".

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