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Les prêteurs sur gages, une invention des Franciscains ?

Maison de prêts sur gages

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Tomasz Rowiński - publié le 04/01/26
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Apparues en Italie, au XVe siècle, sous l’impulsion du frère franciscain Barnaba Manassei, les maisons de prêts sur gages sont nées d’une volonté de combattre l’usure et d’offrir une aide financière juste. Soutenus par l’Église et portés par l’idéal de saint François d'Assise, ces établissements ont profondément marqué l’histoire sociale et économique de l’Europe.

Quel rapport existe-t-il entre l’ordre des Frères mineurs, fondé par "le Chevalier de Dame Pauvreté", saint François d’Assise, et les prêts sur gages ? En apparence, aucun. Et pourtant. Apparu en Italie au XVe siècle, ce système, qui consiste à octroyer des petits prêts en échange de biens matériels, comme des bijoux ou d’autres objets de valeur, trouve ses sources dans l’intuition du frère franciscain Barnaba Manassei. Considéré comme le créateur des montes de pietà, premier nom donné à ces maisons de prêts, ce moine établit, dès 1462 à Pérouse (Italie), un fonds commun alimenté par des dons dont l’innovation majeure est de permettre d’offrir des prêts à des conditions claires, sans taux d’intérêt excessifs. L’emprunteur récupère ainsi ses biens mis en gage après remboursement de ses dettes et, en cas de défaut de paiement, les voit vendus aux enchères publiques. Les Franciscains justifient alors théologiquement ce système en expliquant que les frais ne sont pas un profit, mais une nécessité pratique. Distinction importante à une époque où l’usure, intérêts excessifs sur un prêt, est dénoncée comme une forme de violence envers les pauvres. 

Dénoncer la pratique de l’usure

L'idée se répand rapidement dans toute l'Italie grâce au soutien et aux prédications des Franciscains, notamment de Bernardino da Feltre, qui dénonce alors fortement l'usure. Au début du XVIe siècle, on compte plus de 80 établissements de ce type dans différentes villes d'Italie. À Bologne, les prêteurs sur gages fonctionnent sous la supervision des autorités municipales, avec une documentation rigoureuse et une transparence totale, ce qui crée une certaine relation de confiance avec les habitants et garantit le bon fonctionnement des opérations.

Le soutien de l'Église catholique joue aussi un rôle important dans le développement des prêteurs sur gages. En 1515, le pape Léon X confirme le principe condamnant l'usure, tout en autorisant de faibles taux d'intérêt pour couvrir les frais administratifs, ce qui renforce officiellement le fonctionnement de ces institutions. Au XVIe siècle, l'idée des prêteurs sur gages arrive en Espagne, où, au XVIIIe siècle, sous la direction de l'aumônier Francisco Piquera, est créé le Monte de Piedad de Madrid, plus ancien établissement de prêt sur gages encore en activité. Ces institutions donnent naissance aux caisses d'épargne populaires, qui n’oublient pas, encore aujourd’hui, d'associer l'épargne à un objectif social, en soutenant les personnes exclues du système bancaire traditionnel et en affectant les bénéfices à des œuvres caritatives.

Financement des hôpitaux et des écoles 

Aux XIXe et XXe siècles, les prêteurs sur gages font face à une réglementation étatique croissante qui renforce leur caractère social. Ces institutions s’impliquent, entre autres, dans le financement d’hôpitaux et d’écoles. 

Aujourd'hui, les prêteurs sur gages continuent d'offrir des services de prêt avec évaluation professionnelle et ventes aux enchères publiques, maintenant un taux de récupération élevé des objets et remplissant leur fonction initiale de financement en temps de crise, sans exposer les débiteurs à une spirale d'endettement. L’histoire de cette pratique, née de l’intuition des disciples de saint François d’Assise, nous enseigne que l'argent peut servir le bien commun s'il est bien géré, et que des idées telles que la banque éthique ou le microcrédit ne sont que des la poursuite contemporaine de cette tradition séculaire de l'Église en faveur de la justice sociale.

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