Dans l’horreur de Crans-Montana, il y a ces images filmées par des dizaines de téléphones portables qui contemplent un incendie qui gagne et qui progresse si vite. Il y a cette jeunesse joyeuse, épargnée par les angoisses économiques de notre temps ainsi que par les incertitudes d’un monde qui semble tourner de plus en plus à vide. Ces tout justes adultes qui font la fête parce qu’ils sont encore à un âge où le changement d’année est une occasion merveilleuse de penser être maître de ses jours. Les témoignages désespérés de ceux qui, quelques minutes plus tôt, se disaient devant les premières flammes qu’elles seraient vite éteintes et que dans dix ou vingt ans, on en reparlerait de ce fameux 31 décembre et de cet incendie qui avait fait long feu. Et pour finir, la mort.
La cruauté de l’inattendu
Cette tragédie frappe et bouleverse. Ce sont désormais des centaines de personnes qui auront à pleurer un proche ou à l’accompagner sur le douloureux chemin des soins et des réparations. Elles rejoignent, ces malheureuses, toutes ces personnes qui vivent cette tragédie du mal qui surgit dans nos vies et les dévoilent ainsi si fragiles. Et si notre émotion est si haute, c’est parce que nous comprenons bien, au plus intime, que cette violence de la souffrance et de l’inattendu cruel, nous concerne tous. D’une manière ou d’une autre. Tout va bien et d’un coup, plus rien ne va. Expérience de toute vie, qui génère en nos cœurs angoisses et craintes pour soi et pour les êtres aimés.
Lever les yeux vers le Ciel
Une jeune fille présente ce soir d’effroi témoigne : "Un ami a pris la croix qu’il avait sur lui. Il l’a serré très fort et le feu l’a épargné." Mais que sait-on de celui qui, faisant le même geste, n’a pas été sauvé ? Que sait-on aussi de celui qui ne croit en rien et qui vit toujours pendant qu’un autre, fervent et pieux est peut-être déjà mort ? La foi sauve-t-elle de l’injustice et du cimetière ? Il ne faut pas mélanger le récit qui ouvre dans le néant d’une telle catastrophe un espace de paix, avec la réalisation magique et, somme toute très injuste, que nous avons tendance à confondre avec la Providence.
Devant l’abominable de la condition humaine blessée à mort par le mal, Jésus ne s’attarde pas sur les causes et les raisons.
Les fameuses victimes, dans l’Évangile, de l’effondrement de la tour de Siloë ou des émeutes réprimées par les Romains, en sont un bon exemple. Devant l’abominable de la condition humaine blessée à mort par le mal, Jésus ne s’attarde pas sur les causes et les raisons. Il invite celui qui veut parler avec lui à lever les yeux vers le Ciel pour y contempler l’horizon de salut qui pétrifie ce mal et transfigure toute existence en vie éternelle.
Un autre chemin
Les mages apportèrent à l’Enfant de la crèche ce qu’ils avaient de plus noble, de plus précieux, de plus profond. Ils repartirent les mains vides mais le cœur plein de Celui auquel ils pensaient tout donner et qui leur livra tout. Ils repartirent par un chemin jusqu’alors inexploré mais si riche d’une Promesse.
Pour les croyants, il y a la prière. Qu’elle monte, respectueuse et fragile, pour tous ces corps meurtris et ces cœurs déchirés. Qu’elle permette à chacun de repartir un jour, par un autre chemin.











