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[HOMÉLIE] L’Épiphanie, ce signe qui nous met en mouvement

Jésus et les rois mages

Jésus et les rois mages

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Père Pierre-Marie Castaignos - publié le 03/01/26
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Prêtre de la congrégation des Serviteurs de Jésus et de Marie à l'abbaye d'Ourscamp, le père Pierre-Marie Castaignos commente les lectures de la solennité de l’Épiphanie du Seigneur. Le signe qu’ont reçu les mages les a mis en mouvement, et a changé leur vie.

À travers le récit des mages qui sont à la poursuite d’une étoile, nous avons un bel exemple de ce que peut-être la découverte du Seigneur et comment se mettre en route pour aller à sa rencontre. Si l’on en croit les écritures, il y a un signe, un signe qui est donné.

Quelles sont les conditions d’un signe ? 

Le signe est quelque chose qui attire l’attention. Dans la vocation de Moïse, il y a aussi un signe qui a été donné, celui du buisson-ardent qui brûlait sans se consumer, et l’écriture nous dit que Moïse a fait un détour pour l’observer car ce phénomène a attiré son attention. Dans toute rencontre avec le Seigneur, dans tout chemin de conversion, il y a comme l’irruption d’une nouveauté dans notre vie ordinaire. Il est dit aujourd’hui que ces mages sont des savants venus d’Orient qui, comme bien souvent dans l’Antiquité, scrutaient les étoiles. Ils en ont distingué une parmi les autres et l’ont interprété ainsi : il s’agit de l’étoile de celui qui devait être le roi d’Israël.

Dans notre vie, nous avons aussi des signes. Mais, pour que cela puisse être considéré comme un signe du Seigneur, il y a plusieurs conditions. Il faut tout d’abord que le signe soit parlant pour la personne qui le voit, la mette en mouvement, la touche intérieurement. Par exemple, lors d’une ordination sacerdotale, il y a eu un arc-en-ciel. On le sait bien, dans la Bible, l’arc-en-ciel est le signe de l’Alliance. Ainsi, pour celles et ceux qui assistaient à la célébration, c’était un signe que le Seigneur venait bénir le nouveau prêtre. Mais pour les personnes qui étaient à des centaines de kilomètres de là, c’était juste un phénomène de décomposition de l’eau par la lumière du soleil donnant un beau prisme de couleurs, mais il n’y avait pas de signe à proprement parler… c’est joli, mais c’est tout ! Pour que ce soit un signe, il faut que cela me fasse bouger intérieurement, comme les mages qui se sont mis en route, comme Moïse qui a fait un détour, comme tant et tant d’hommes et de femmes qui au cours de l’histoire de l’humanité ont découvert un signe du Seigneur et sont passés du connu à l’inconnu.

Le signe nous fait passer du connu à l’inconnu

Ces mages étaient des savants, des personnes connues et reconnues, et ils sont sortis de leur zone de confort pour suivre une intuition. Le signe n’est pas la réalité : c’est l’avant-goût de la réalité. Il nous invite à creuser plus loin, car il y a quelque chose d’inhabituel qui se présente. Dans notre vie, il peut aussi y avoir des signes. Je crois que le Seigneur intervient dans nos histoires : dans l’Histoire (avec un grand H) de l’humanité, ainsi que nos histoires (avec un petit h), l’histoire de nos vies. À nous de repérer ces signes.

Pour que ce signe soit reconnu comme tel, il faut qu’il soit donné pour moi, qu’il me rejoigne et m’invite à me mettre en route. Il faut aussi que ce soit validé par un aîné dans la foi. Qui peut le faire ? On peut très bien se faire des illusions : par exemple, il y a peut-être beaucoup de signes pour ne pas tout mettre sur sa feuille d’impôts… mais le fisc serait-il d’accord pour exclure certains de nos revenus ? Pour que ce soit un signe, il faut qu’il me parle et qu’il soit validé par une autre personne. Pour Moïse, Dieu lui parle à travers le buisson-ardent : "Enlève tes sandales car cette terre est sacrée." Et il reçoit cette mission. Pour les mages, ils suivent leur intuition, à l’écoute de ce pressentiment. C’est l’Espérance qui les motive, représentée par cette étoile : elle n’est pas seulement la vision, mais elle permet déjà de posséder les choses qui sont en attente.

L’Espérance dans la vie éternelle nous met en mouvement

Le texte parle de leur très grande joie : non pas à la vue de l’enfant, mais à la vue de l’étoile. "Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie" (Mt 2, 10). Nous pouvons ainsi remarquer que dans le signe, il y a l’avant-goût du but : "Ça y est ! on y est presque !" Toute cette quête, tous ces kilomètres parcourus à pied, à dos de chameau… ça y est ! on l’entrevoit !

Et cette joie du signe va être validée ensuite par la rencontre avec le Seigneur. Pour nous aussi il en est ainsi, même si nous ne sommes plus au temps de la vie terrestre du Christ : nous sommes dans le temps de la foi. Ainsi, pour nous, les signes devront être validés par quelqu’un qui est aîné dans la foi. Vous pouvez discerner si c’est un signe en demandant un éclairage : "Une étoile est apparue dans ma vie, tel événement s’est déroulé dans ma vie : vous qui êtes aîné dans la foi, qu’en pensez-vous ? Est-ce un signe ?" Si c’est un signe, il nous met en mouvement, il nous emmène plus loin. En d’autres termes, on ne rentre pas chez soi comme avant. Après avoir rencontré le Christ, les mages ne reprirent pas la même route : "Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin" (Mt 2, 12).

"Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin"

La découverte du Seigneur change nos plans. La rencontre avec le Seigneur — à travers ce signe de l’étoile — fait qu’ils sont retournés dans leur pays par un autre chemin non seulement au plan géographique — une autre route — mais aussi dans le sens qu’ils ont fait un cheminement intérieur. Ainsi, ils ne retournent pas comme ils sont arrivés : c’est tout à fait différent. Et c’est en cela que le signe est un vrai signe : il opère un changement dans ma vie. Il y a comme l’irruption du sacré, quelque chose de l’anticipation du Ciel, une vraie joie. Ce n’est pas encore le Ciel, mais on se dit que l’on a raison d’y croire.

Ces savants ayant fait tout ce voyage ne peuvent pas repartir comme ils sont venus. Et pour nous, il y a certainement des signes qui nous sont donnés au quotidien. L’on peut se faire accompagner pour valider ces signes : "Est-ce bien le Seigneur qui intervient dans mon histoire ? Qu’est-ce qu’Il me demande ?" De façon habituelle, nous célébrons les signes tous les dimanches, tous les jours. Comme vous le savez, les sacrements sont des signes : ce n’est pas la réalité elle-même, ce n’est pas Jésus dans Sa gloire auquel nous allons communier. Il s’agit bien d’une réalité présente, avec la présence réelle du Christ dans la foi, signe de l’au-delà.

Giotto di Bondone - Adoration des mages
Giotto di Bondone - Adoration des mages

Le signe des sacrements

Notre étoile à nous, c’est l’Eucharistie. Chaque sacrement est la manière dont Dieu se manifeste de façon certaine et nous assure de sa présence. Non pas que Dieu ne soit présent qu’à travers les sacrements, car Il est par définition en tout temps et en tout lieu, et Il peut se manifester par quelque canal que ce soit. Ce qui est intéressant, c’est que de façon certaine, nous avons un lieu de rencontre avec le Seigneur dans les sacrements. Et ce lieu de rencontre nous met en chemin, il nous sort de l’ordinaire et fait de nous des pèlerins. Alors, quand on célèbre quotidiennement l’Eucharistie ou que l’on participe à la messe dominicale, il y a toujours le risque d’une certaine accoutumance. Pourtant, c’est une invitation à aller plus loin.

Ainsi, le Seigneur nous demande à travers cette fête de l’Épiphanie de revêtir une grande humilité par rapport au chemin de chacun vers le Seigneur. Qu’est-ce qui met en route quelqu’un vers Lui ? C’est très mystérieux… c’est une expérience, c’est un pressentiment, une intuition, bien souvent à tâtons. Ces sages venus d’Orient ont certainement eu leurs moments de doute et ont pu se demander : "Est-ce bien raisonnable de parcourir des centaines de kilomètres ? Ne sommes-nous pas à la poursuite d’une chimère ?" Soyons donc très humbles par rapport à la manière dont les uns et les autres découvrent le Seigneur. Lorsque des personnes baptisées qui s’étaient éloignées de l’Église catholique se tournent à nouveau vers le Seigneur, quelque chose s’est passé qui fait qu’il y a un avant et un après, comme pour ces mages. Si nous sommes un peu aînés dans la foi et plus habitués des "choses de Dieu", de la pratique religieuse, soyons attentifs à celles et ceux qui se mettent en chemin, parfois à travers la foi populaire, à travers la dévotion. Ils ont la soif de la transcendance, du salut, d’une espérance. 

Nous nous sommes allés nous prosterner devant Lui

Demandons l’intercession de la Vierge Marie, qu’Elle nous aide à être attentifs au passage du Seigneur dans nos vies, dans la vie des personnes que nous côtoyons. Puissions-nous les encourager, les soutenir. Que nous soyons aussi témoins : "Nous avons vu son étoile et nous sommes allés nous prosterner devant Lui." N’est-ce pas ce que nous faisons lors de chaque messe dominicale ? Nous pouvons en témoigner. Au fond, l’Évangile est fait de témoignages, et de témoignages en témoignages, nous sommes rendus là où nous en sommes aujourd’hui. Les signes ont été rapportés jusqu’à nous. Si les sacrements ont une dimension analogique — comme on le dit en philosophie c’est-à-dire qu’ils ont plusieurs significations — le grand signe par excellence, c’est le Christ. Ce témoignage nous est venu des Apôtres, de ceux qui ont fait l’expérience de la présence du Christ, et nous est transmis jusqu’à nos jours. Nous sommes alors invités à passer le témoin.

Pratique

Lectures de la solennité de l’Épiphanie du Seigneur :
Is 60, 1-6 ; Ep 3, 2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12
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