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“Vous le savez…”, l’Épiphanie annonce la joie pascale

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Guillaume de Menthière - publié le 02/01/26
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Il est heureux que la nouvelle traduction française du Missel romain ait renoué avec cette vieille coutume, le jour de l’Épiphanie, de proclamer les dates des grandes solennités qui nous attendent. Le père Guillaume de Menthière explique pourquoi l’année commence en fanfare par l’Épiphanie.

Ma page est blanche comme l’année qui s’ouvre. Qu’écrirai-je en guise de tribune ? Qu’adviendra-t-il en 2026 ? Comment commencer ? Des personnes, ayant vécu dans l’entourage de Jean-Paul II, m’ont rapporté que le saint Pape, lorsqu’il rédigeait, traçait toujours au sommet de chacune des feuilles, les mots de l’Ave Maria. Page 1 : Ave Maria ; page 2 : Gratia plena ; page 3 : Dominus tecum… et ainsi de suite. Tout débutait avec Marie. N’est-ce pas ainsi d’ailleurs que la liturgie nous donne d’entrer dans l’année nouvelle, sous le regard de la sainte Mère de Dieu fêtée solennellement le 1er janvier ? Marie, Mère des commencements, secret du comment, bienheureuse Vierge patronne de nos pages vierges ! 

« Noveritis »

Voici notre année placée, dès son premier jour, sur la double orbite mariale et liturgique. Car si incertain soit l’avenir, la liturgie immémoriale continuera à scander nos jours. D’ailleurs, le jour de l’Épiphanie, nous chantons le Noveritis ("Vous le savez…"), une sorte de calendrier de toutes les grandes fêtes liturgiques de l’année. Il est heureux que la nouvelle traduction française du Missel romain (parue en 2021) ait renoué avec cette vieille coutume de proclamer les dates des grandes solennités qui nous attendent, surtout celles dont la date est mobile suivant les années (mercredi des Cendres, Pâques, Ascension, Pentecôte…). L’usage romain prévoit de proclamer ce calendrier liturgique sur un ton joyeux laissant déjà présager la joie pascale. 

Car un chrétien a des repères incontournables. Quand il ouvre son nouvel agenda, il commence par y noter la date et l’heure de la Vigile pascale, et il construit tout le reste de son activité annuelle autour de ce pôle décisif. Il ne s’abandonne pas à un temps flasque, il marque la centralité de Pâques. Quand je dis cela à mes paroissiens, ils me regardent amusés, condescendants… Ils me prennent pour un benêt, naïf, gentil mais à côté de la plaque… Un curé, quoi ! Je le dis pourtant sérieusement. Et sans être dupe aucunement, je m’époumonne, espiègle, à chanter stérilement le Noveritis : 

"Vous le savez, frères et sœur bien-aimés, à l’invitation de la miséricorde de Dieu,
nous nous sommes réjouis de la Nativité de notre Seigneur Jésus Christ ;
de même, nous vous annonçons la joie de la Résurrection de notre Sauveur.
[…] Vous célébrerez dans la joie la sainte Pâque de notre Seigneur Jésus-Christ le dimanche 5 avril."

Épiphanie

Mais avant la joie pascale, l’année commence en fanfare par la célébration de l’Épiphanie. Grâce à Dieu et aux galettes, personne n’y échappera. Bénie soit la liturgie des confiseurs qui préserve nos fêtes chrétiennes de l’oubli et des assauts du laïcisme ! Sur la pente doucement irrésistible du sacré au sucré, notre dévotion pâtissière nous rappelle que l’Épiphanie est la fête des rois. Effectivement la Tradition de l'Église qui lit l'Écriture intelligemment a dès longtemps vu dans les mages de l'Évangile les rois dont le psaume dit : "Ils apporteront des présents. Ils se prosterneront devant Lui. Ils feront leur offrande" (Ps 72).

Faire des mages des rois, c’est donner à l’Épiphanie une portée éminemment politique. Déjà à Noël l’ange annonçait : "Aujourd’hui vous est né un Sauveur." Or c’est l’empereur de Rome qui se faisait appeler Sôter, Sauveur du monde ! Admirons la provocation angélique : le vrai empereur n’est pas ce fantoche dans ces palais du Palatin mais ce nouveau-né sur la paille de la crèche ! Hérode peut trembler pour son trône ! Quelle terreur inspirera un jour le tribunal du Juge, si le berceau d’un petit enfant fait déjà trembler les rois superbes sur leur trône ? Que les Puissants redoutent Celui qui est assis à la droite du Père, puisque Hérode craignait l’Enfant assis sur les genoux de sa mère ! Pauvre Hérode ! Celui à qui tu veux défendre de régner sur la Judée étend son règne partout jusqu’aux nations des confins de la terre ! 

Trois rois

Jésus et les rois mages

Les mages sont rois et ils sont trois, aussi. Ils sont trois parce qu’ils portent trois cadeaux : l’or, l’encens et la myrrhe. Ils sont trois parce qu’ils représentent toutes les nations de la terre, c’est-à-dire les peuples issus des trois fils de Noé : Sem, Cham et Japhet dont il est dit "à partir de ces trois-là se fit le peuplement de toute la terre" (Gn 9, 19). Parce qu’ils figurent ces nations qui viennent de l’Orient et de l’Occident s’asseoir au festin d’Abraham d’Isaac et de Jacob. Parce qu’ils sont Noé, Daniel et Job, ces trois païens qui selon le prophète Ezéchiel auront la vie sauve quand le pays verra la perte de ses enfants (Ez 14, 14-15). Parce que le Messie devait se manifester devant Ephraïm, Benjamin Manassé selon les paroles du psaume : "Pasteur d’Israël, épiphanisez-vous devant Ephraïm, Benjamin, Manassé" (Ps 79, 3). 

Mais les Pères de l’Église rapprochaient aussi les rois mages et les trois enfants du livre de Daniel. Ananias, Azarias et Misaël refusèrent de se prosterner devant Nabuchodonosor (Dn, 3). Voilà bien la merveille ! Trois enfants des Hébreux ne s’inclinent point devant un roi païen, mais trois rois païens se prosternent devant un enfant hébreu ! Le seul Roi en effet était ce petit enfant juif, né de la Vierge Marie. Voilà comment Dieu tire vengeance des nations, voilà le grand retournement improbable annonciateur du dénouement de Pâques : "l’amour jaloux du Seigneur Sabaoth fera cela" (Is 9, 9).

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