L'heure des mollahs a-t-elle sonné ? Alors que le coût de la vie a explosé en Iran, des manifestations ont débuté fin décembre, entraînant des affrontements violents entre manifestants et forces de l'ordre. Jeudi 1er janvier, un dernier bilan faisait état de six morts dans l'ouest du pays, selon une agence de presse et un gouverneur. Parmi les personnes tuées figure un membre du Bassidj, une milice affiliée aux Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique.
Trente personnes accusées de "troubles à l'ordre public" ont été arrêtées à Téhéran, a indiqué jeudi soir l'agence Tasnim, alors qu'aucun incident n'avait été officiellement rapporté ces derniers jours par les autorités dans la capitale. Le mouvement est parti dimanche 28 décembre de Téhéran, où des commerçants ont fermé boutique pour protester contre l'hyperinflation et le marasme économique. Il a ensuite gagné des universités et le reste du pays.
Jeudi 1er janvier, des heurts ont été signalés dans plusieurs villes moyennes. À Lordegan (sud-ouest), deux personnes ont été tuées, a indiqué l'agence Fars, semblant désigner des civils. Selon elle, "des manifestants ont commencé à jeter des pierres sur les bâtiments administratifs, dont le gouvernorat, la mosquée, la mairie et des banques", la police faisant usage de gaz lacrymogène.
L'agence a mentionné "d'importants dégâts" et l'arrestation de plusieurs personnes qualifiées de "meneurs". Elle a ensuite annoncé trois morts et 17 blessés à Azna (ouest) "lors d'affrontements", là aussi dans une référence apparente à des civils. Selon elle, "un groupe d'émeutiers a profité d'un rassemblement de protestation (...) pour attaquer un commissariat de police". Et à Hamedan (ouest), "un groupe d'émeutiers a tenté d'incendier une mosquée (...) mais leur acte malveillant a été déjoué", a rapporté Tasnim. Ces protestations ne sont pas comparables à ce stade avec le mouvement qui avait secoué l'Iran fin 2022, après la mort de Mahsa Amini, une jeune Iranienne arrêtée pour un voile mal ajusté.
"En enfer"
Plus tôt jeudi, un membre des forces de l'ordre a été tué au cours d'affrontements à Kouhdasht (ouest), a indiqué la télévision d'État, citant le gouverneur local. Membre du Bassidj, "il défendait l'ordre public", selon cet officiel, qui a fait état de "jets de pierres" et de 13 blessés parmi les policiers.
Le président Massoud Pezeshkian a sonné jeudi la mobilisation de son gouvernement : "d'un point de vue islamique (...), si nous ne résolvons pas le problème des moyens de subsistance des gens, nous finirons en enfer", a-t-il déclaré dans un discours télévisé.
Mercredi 31 décembre, un bâtiment gouvernemental avait été attaqué à Fassa (sud), alors que la quasi-totalité du pays avait été mise en congé, sur décision des autorités, qui ont invoqué le froid et des économies d'énergie. Elles n'ont fait officiellement aucun lien avec les manifestations. Le pouvoir a dès le début des protestations tenté de jouer l'apaisement, reconnaissant des "revendications légitimes" liées aux difficultés économiques. Mais la justice a mis en garde contre toute intention de déstabilisation.
"Moment Tiananmen"
"Toute tentative" visant à transformer ce mouvement "en un outil d'insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus à l'étranger sera inévitablement suivie d'une réponse (...) ferme", a prévenu le procureur général, Mohammad Movahedi-Azad.
En début de semaine, une vidéo montrant une personne assise au milieu d'une rue de Téhéran face à des policiers à moto était devenue virale sur les réseaux sociaux, certains y voyant le symbole d'un "moment Tiananmen". La télévision d'État a dénoncé jeudi une mise en scène visant à "créer un symbole", et diffusé une vidéo censée être prise depuis un autre angle par la caméra embarquée d'un policier. Assis en tailleur, le manifestant reste impassible, tête basse, avant de se recouvrir la tête de son blouson. Derrière lui une foule court pour s'éloigner de nuages de gaz lacrymogène.
Mercredi soir, Tasnim avait fait état de l'arrestation de sept personnes décrites comme affiliées à des "groupes hostiles à la République islamique basés aux États-Unis et en Europe". L'agence a accusé ces personnes d'avoir pour "mission de transformer en violence les manifestations", sans plus de précisions sur les interpellations.
La monnaie nationale, le rial, a perdu depuis un an plus d'un tiers de sa valeur face au dollar, tandis qu'une hyperinflation fragilise depuis des années le pouvoir d'achat des Iraniens, dans un pays asphyxié par des sanctions internationales liées à son programme nucléaire. Le taux d'inflation était en décembre de 52% sur un an, selon des chiffres officiels.
Un changement de régime ?
Si parmi les revendications portées par les Iraniens figurent le manque de pouvoir d'achat et l'appauvrissement général, cette mobilisation est davantage un soulèvement contre le pouvoir en place et traduit une contestation bien plus profonde. Les slogans entendus dans les rues visent directement le régime et ses dirigeants, accusés de corruption, de mauvaise gestion et de répression systématique. De nombreuses femmes se trouvent ainsi parmi les manifestants, dans le sillage du mouvement "Femme, Vie, Liberté" pour les droits des femmes en Iran. Ce mouvement avait été lancé après la mort de la jeune Mahsa Jîna Amini, décédée trois jours après avoir été arrêtée pour "port de vêtements inappropriés", comprendre non port du voile dans le langage de la police des mœurs iranienne. Les manifestants appellent même au retour de Reza Pahlavi, le fils du dernier Shah d’Iran désormais en exil.
Les manifestants dénoncent une République islamique théocratique où le pouvoir réel est concentré entre les mains du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, en fonction depuis 1989, et d’un appareil sécuritaire puissant, notamment les Gardiens de la Révolution. Bien que l’Iran dispose d’institutions élues, comme un président et un Parlement, celles-ci restent étroitement contrôlées par des organes religieux non élus, en particulier le Conseil des Gardiens, qui filtre les candidats et limite toute alternance politique. Pour de nombreux Iraniens, la cherté de la vie n’est donc qu’un symptôme d’un système verrouillé, perçu comme incapable de répondre aux aspirations sociales, économiques et politiques d’une population de plus en plus jeune, précarisée et en quête de libertés.

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