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Sagrada Familia : Alejandro Seoane sur les pas de Gaudi

Alejandro Seoane : "Travailler à la Sagrada Familia représente pour moi une grande responsabilité"

Architecte technique senior à la Sagrada Familia depuis douze ans, Alejandro Seoane joue un rôle clé dans l’évolution de la basilique. Depuis son arrivée au bureau technique en avril 2013, il a participé à de nombreux projets majeurs.

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Anna Ashkova - publié le 01/01/26
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Lorsqu'il avait 13 ans, Alejandro Seoane a été frappé par la beauté de la Sagrada Familia, à Barcelone. Pour lui, c'était clair, plus tard, il voudrait poursuivre l'œuvre de Gaudi. Depuis 2013, il est l'un des architectes de la célèbre basilique espagnole. Alors que 2026 doit marquer la fin des travaux de la Sagrada Familia, il se confie à Aleteia.

Architecte œuvrant à la Sagrada Familia, à Barcelone, depuis douze ans, Alejandro Seoane joue un rôle clé dans l’évolution de la basilique. Depuis son arrivée au bureau technique en avril 2013, il a participé à de nombreux projets majeurs : l'exécution de la sacristie ouest, les terminaux des tours des Évangélistes et de la Vierge Marie, la conception du sol de la basilique, ainsi que l’aménagement liturgique, incluant les bancs des fidèles, la croix, les cierges processionnels et divers éléments décoratifs en fer forgé, à l’intérieur comme à l’extérieur. Aujourd’hui, il travaille sur le projet d’exécution de la façade principale de la Sagrada Familia, la Façade de la Gloire. Alors que 2026 doit marquer la fin des travaux de la Sagrada Familia, l'architecte de 45 ans revient pour Aleteia sur les avancées de la construction de la cathédrale et explique comment son travail inspire sa vie.

Aleteia : Pour Gaudi, La Sagrada Familia était l'œuvre de toute sa vie. Et vous, quel lien avez-vous avec la basilique ? Qu’est-ce que cela représente pour vous de travailler sur un monument aussi mythique ?
Alejandro Seoane : Ma relation avec la basilique a commencé lorsque j’avais 13 ans. J’ai visité une exposition à la Pedrera qui m’a profondément marqué — au point que j’ai acheté un livre de Joan Bassegoda i Nonell sur le bâtiment. Dans ce livre, l’atelier de Gaudí à la Sagrada Familia était souvent mentionné, et j’ai insisté pour que mon père m’y emmène le week-end suivant. L’impact de cette première visite a été énorme. Je me souviens qu’à l’époque, les façades de la Nativité et de la Passion étaient déjà achevées, et la nef commençait tout juste à s’élever : les chœurs et les premières colonnes étaient en construction, et un immense espace prenait forme. À partir de ce jour, j’ai su que, lorsque je serais grand, je voudrais travailler là. Même avant cela, je voulais étudier l’architecture. Je n’étais pas exclusivement concentré sur le travail de Gaudí, mais j’avais déjà le désir de devenir architecte. Travailler aujourd’hui à la Sagrada Familia représente, pour moi, un grand défi et une grande responsabilité.

Arrivez-vous à concilier fidélité au style de Gaudí et innovation contemporaine ?
C’est, sans aucun doute, le grand défi auquel nous sommes tous confrontés à la Sagrada Familia : rester fidèles au style de Gaudí tout en intégrant en même temps l’innovation propre à notre époque. Aujourd’hui, les techniques de construction et d’ingénierie jouent en notre faveur. Elles nous permettent d’atteindre une grande précision et la fidélité la plus élevée possible aux formes et structures que Gaudí avait imaginées. Mais il existe un autre aspect de plus en plus important : le monde des infrastructures et des installations. C’est le principal défi auquel nous faisons face aujourd’hui, car il nécessite des espaces qui n’existaient pas à l’époque de Gaudí, et nous devons les intégrer sans altérer sa conception originale. Maintenir cette fidélité sans introduire de nouveaux éléments qui déforment la configuration de la basilique constitue, précisément, le grand défi qui se présente à nous.

Y a-t-il des éléments ou détails qui vous ont particulièrement inspiré dans la construction ?
Il est difficile de choisir un seul élément qui m’ait le plus inspiré, car depuis que j’ai commencé à travailler à la Sagrada Familia en 2013, chaque partie à laquelle j’ai participé m’a appris quelque chose. Le premier grand projet auquel j’ai pris part a été l’aménagement intérieur de la sacristie du côté de la façade de la Passion. On m’a confié la définition de tout l’enclos intérieur, du mobilier et des aménagements du niveau principal. Dans ce cas, je me suis inspiré de la modulation géométrique que Gaudí utilisait dans son mobilier liturgique et sa menuiserie, basée principalement sur le triangle équilatéral. Partant de cette forme de base — qu’il employait, par exemple, pour l’ambon, les confessionnaux de la crypte ou les portes du cloître du Roser — j’ai étudié en détail la manière dont il travaillait le bois, les assemblages et les ferrures, et cela m’a servi de guide.

La tour la plus élevée de la Sagrada Familia devrait être achevée en 2026
Conformément aux indications de celui qui a été surnommé "l'architecte de Dieu", la plus haute des 18 tours couronnant la basilique ne dépassera pas les 177 mètres de la montagne de Montjuic, qui continuera à dominer le ciel de Barcelone.

Plus tard, lorsque j’ai été chargé de concevoir les bancs pour les fidèles, j’ai pris comme référence un banc de la crypte de la Colònia Güell, conçu par Gaudí lui-même. En réalité, il est impossible de se concentrer sur un seul élément : la Sagrada Familia est si vaste et complexe que chaque nouveau projet nous inspire d’une manière différente. Nous recherchons toujours une référence forte — qu’elle se situe à l’intérieur de la basilique ou dans d’autres œuvres de Gaudí — afin de maintenir cohérence et continuité dans le design.

Quels sont les principaux défis techniques ou artistiques qui restent à surmonter avant l’achèvement complet ?
À l’heure actuelle, l’un des principaux défis techniques est la croix qui couronne la tour centrale, dédiée à Jésus-Christ. C’est un élément absolument unique, non seulement en raison de sa dimension symbolique — une grande croix à quatre bras qui couronne le temple — mais aussi à cause de sa complexité constructrice. Du béton ultra‑résistant a été utilisé avec des épaisseurs minimales d’environ dix centimètres, alors que les normes habituelles exigeraient normalement vingt centimètres. Cette réduction constitue un défi technique et d’ingénierie majeur. La croix est une pièce préfabriquée composée de six parties : le tronc, la base, la hampe, le bras couronnant et les quatre plateformes d’observation. Chacun de ces composants a dû être conçu et assemblé avec une précision extrême.

La Sagrada Familia est si vaste et complexe que chaque nouveau projet nous inspire d’une manière différente.

En regardant vers l’avenir, un autre défi sera la construction d’une nouvelle façade — la façade de la Gloire — comparable à celles de la Nativité et de la Passion. Dans ce cas, la difficulté technique réside moins dans le design que dans la méthodologie de construction : il nous faut traduire un système traditionnel de pierre sur pierre et de mortier en techniques contemporaines utilisant de grands éléments préfabriqués, tout en préservant l’essence et l’esprit originaux des clochers de Gaudí. Quant au défi sculptural, la façade de la Gloire représente une entreprise immense. Trois sculpteurs y travaillent actuellement, et l’ensemble aura les dimensions d’un grand retable : environ 45 mètres de large et plus de 60 mètres de haut. Au-delà de son ampleur, sa complexité réside dans son contenu symbolique — le Jugement Dernier, les œuvres de miséricorde, les métiers… C’est une représentation de l’au‑delà, un thème historiquement difficile à aborder, et encore plus au XXIe siècle, où ce type d’iconographie est rare.

Y a-t-il des éléments ou des détails que vous espérez particulièrement mettre en valeur dans la dernière phase des travaux ?
Dans la phase finale du projet, l’un des éléments que j’attends le plus avec impatience est le grand portique de la façade principale et, surtout, le grand escalier qui couvrira la Carrer de Mallorca. Cet ensemble comprendra deux grands monuments — l’eau et le feu purificateur — situés devant les chapelles du Baptistère et du Saint-Sacrement. C’est un élément très innovant, à la fois sur le plan technique et sur le plan symbolique. Construire au-dessus d’une rue implique de nombreuses contraintes structurelles, mais c’est aussi une opération de grande portée formelle. Il ne s’agit pas d’un simple escalier avec deux sculptures : selon le projet original de Gaudí, chaque monument atteindra environ vingt mètres de hauteur — presque la taille d’un immeuble résidentiel dans l’Eixample.

Antoni Gaudi, twórca Sagrada Familia i jego proces beatyfikacyjny

Gaudí avait déjà prévu cette solution. Il a surélevé l’ensemble du niveau du temple d’environ cinq mètres au-dessus de la Carrer de Mallorca, car cette rue constituait — et constitue encore — un axe de circulation essentiel qui ne pouvait être interrompu. Pour cette raison, l’escalier est conçu comme un pont : une plateforme surélevée permettant aux véhicules de passer en dessous tandis que les piétons traversent au-dessus, sans aucun changement de niveau. Ainsi, le dallage du temple s’étendra jusqu’au pâté de maisons opposé, où ce grand escalier prendra forme. Ce sera comme une place surélevée, reliant visuellement et symboliquement la basilique à la ville, présidée par les deux monuments de feu et d’eau qui marqueront l’entrée principale.

Quelles émotions ou réflexions vous inspirent la perspective de voir enfin le projet achevé, après plus d’un siècle de travail ?
Je me souviens parfaitement de ma première visite à la Sagrada Familia, quand j’avais 13 ans. À partir de ce moment-là, je venais tous les vendredis, après l’école, pour voir comment avançait la construction. À l’époque, mon rêve se résumait simplement à un jour pouvoir voir l’intérieur du temple achevé. Je n’aurais jamais pu imaginer que je vivrais pour voir le bâtiment entier terminé. C’est pourquoi, sur le plan personnel, l’émotion est immense. Je me souviens d’un article de journal, vers 1994 ou 1995, qui disait — très optimistement — que la basilique serait peut-être achevée pour l’an 2100. Pouvoir penser aujourd’hui que nous la verrons terminée est un sentiment incroyablement profond et spécial, car il se relie directement à cet enfant fasciné qui venait observer la croissance du temple.

À 13 ans, mon rêve se résumait simplement à un jour pouvoir voir l’intérieur du temple achevé. Je n’aurais jamais pu imaginer que je vivrais pour voir le bâtiment entier terminé.

De plus, si l’on regarde de près, les progrès réalisés ces dernières années ont été spectaculaires. La façade de la Nativité a nécessité près de quarante ans pour être achevée, en incluant les années où Gaudí y a travaillé et celles suivant sa mort. La façade de la Passion, malgré ses difficultés financières initiales, a été complétée en environ 25 ans. En revanche, en seulement une ou deux décennies, nous avons élevé les tours centrales et nous préparons à achever la façade principale. C’est un accomplissement qui, il y a 30 ans, semblait impossible. Même le Conseil de la Construction de l’époque n’aurait guère pu imaginer que nous irions aussi loin, aussi rapidement. Le voir maintenant, si proche de l’achèvement, est un sentiment difficile à exprimer avec des mots.

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