Présentée à la Villa Médicis, à Rome, l’exposition Lieux saints partagés réunit des œuvres et des objets provenant de différents contextes culturels et religieux afin de montrer comment certains lieux de culte sont investis par plusieurs traditions monothéistes. conçue par l’anthropologue Dionigi Albera, directeur de recherche au CNRS et professeur à l’Université Aix-Marseille, le conservateur Raphaël Bories, ancien pensionnaire de la Villa Médicis et aujourd’hui au Mucem, et l’anthropologue Manoël Pénicaud (CNRS), elle propose une approche à la fois scientifique et sensible de ces espaces partagés.
Dionigi Albera est particulièrement attentif aux phénomènes migratoires. Il a étudié la question de Lampedusa et s’intéresse au phénomène religieux. Aujourd’hui, son travail est exposé à la Villa Médicis à la fin de l’année jubilaire et intéresse croyants venus en pèlerinage ou non-croyants et toute personne désireuse de découvrir une autre forme de dialogue interreligieux. S.E. Madame Florence Mangin, lors du vernissage, a précisé qu’il s’agissait d’ "un projet porteur d’un message de tolérance, de respect mutuel, de partage et de paix." Les œuvres ont pour objectif de sensibiliser le spectateur pour passer au-delà des conflits, des questions de pouvoir et de mémoire. En traversant ces salles du rez-de-chaussée de l’académie française à Rome, le visiteur prend conscience que chacun est fils ou fille d’un même Dieu.
Pourquoi Rome ?
De la via dolorosa au Saint-Sépulcre, de la basilique Saint-Pierre à la Grande Synagogue de Rome, le pèlerin ou visiteur découvre de tableaux en objets beaucoup de points communs. Le judaïsme et le christianisme ont ainsi en commun des figures religieuses ainsi que des lieux de dévotion qui continuent d’être fréquentés à l’époque contemporaine. Cette exposition riche en photos, tableaux, tapisseries et documents, invite chacun à reprendre conscience de la grandeur des lieux comme Rome. A la suite de Jérusalem, la ville éternelle est une ville sainte.
Jérusalem abrite les trois religions monothéistes, Rome fait de même. En plus de ces 900 églises, elle compte une importante communauté juive auparavant installée dans le Trastevere puis dans le quartier actuel depuis le XVIème. La grande Synagogue est achevée en 1904 et la grande mosquée est inaugurée en 1995. À cette richesse religieuse, il faut ajouter la basilique sainte Croix de Jérusalem, la scala Santa au Latran qui seraient des reliques qui viennent tout droit de l'Orient (mentionnées dans l’exposition.)
La présence de cette exposition à Rome prend alors tout son sens et permet de mesurer l’importance du dialogue interreligieux dans un monde en proie à la violence, au terrorisme et à la guerre.
Lieux partagés
Terre, mer, montagne, Torah, Bible, Coran : trois lieux communs et trois livres différents pour essayer de comprendre le mystère de Dieu. L’exposition est construite à partir des lieux partagés par les religions monothéistes. Après avoir évoqué certains lieux terrestres en particulier Jérusalem ou encore Sainte-Sophie d’Istanbul, une autre salle est dédiée à la Méditerranée. En traversant cette salle, les mots du pape François peuvent résonner comme un écho devant les différentes représentations de la Méditerranée. Artistiquement, "la mer se trouve devant nous ; elle est source de vie, mais aussi un lieu qui évoque la tragédie des naufrages causant la mort. Nous sommes réunis en mémoire de ceux qui n'ont pas survécu, qui n'ont pas été sauvés. Ne nous habituons pas à considérer les naufrages comme des faits divers et les morts en mer comme des numéros : non, ce sont des noms et des prénoms, ce sont des visages et des histoires, ce sont des vies brisées et des rêves anéantis." rencontres méditerranéennes, 22 septembre 2023.
Alors que le pape François comparait cette mer à un cimetière, le visiteur ne peut pas rester insensible devant les croix fabriquées par l’ébéniste Francesco Tuccio avec le bois des bateaux des migrants échoués à Lampedusa. Des peintures conservées au Mucem faisant mémoire des marins morts en mer qui se confiaient à Notre-Dame de la Garde font également une grande part de cette salle consacrée à la Méditerranée.

Clocher, minaret…
La dernière salle de l’exposition est dédiée à la montagne et plus particulièrement au mont Sinaï reconnu par les trois religions pour être le lieu où Moïse a reçu les tables de la Loi. Parmi les photos exposées, une image saisissante met en lumière le clocher du monastère Sainte-Catherine, niché sur le Sinaï, voisin du minaret de la mosquée qui l’accompagne. "La chapelle et la mosquée qui s’élèvent en face l'une de l'autre, tombent en ruine sans que chrétiens ni arabes songent à les rebâtir. On voit cependant, par les ex-votos qu'elles contiennent, que les pèlerins des deux nations ne les ont point abandonnées et viennent y adorer les uns le fils de Dieu et les autres le prophète Allah" écrit ainsi Alexandre Dumas à propos de ce clocher et de la mosquée sur le Sinaï. Le seul objectif : s’adresser à Dieu.

En quittant cette exposition, on mesure combien les traditions religieuses se croisent et se répondent, invitant chacun à reconnaître la fraternité qui nous unit. Fidèle à l’esprit du pape François, cette initiative encourage à faire vivre concrètement le dialogue interreligieux, à l’image de l’appel de Léon XIV être "des hommes et des femmes de dialogue".

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