Dom Guéranger, vous connaissez ? Curé du diocèse du Mans, ce prêtre a eu l’idée originale voire incongrue de restaurer en 1832 un monastère bénédictin à Solesmes alors que les moines avaient complètement disparu du territoire français depuis la Révolution française. Devenu père abbé, Prosper Guéranger est resté très effacé dans la mémoire collective en dehors des milieux monastiques ainsi que leurs fidèles et bienfaiteurs, mais voici qu’en célébrant le 150e anniversaire du retour à Dieu du restaurateur du monachisme bénédictin masculin en France, il réapparaît dans l’univers des catholiques de France. Mieux, son procès de béatification est ouvert à Rome.
Restaurateur de la vie contemplative
Raviver le souvenir d’un moine du XIXe siècle, peut sembler quelque peu désuet. Va pour l’évocation historique, mais en quoi peut-il être un modèle dans notre pays plus attaché aux saints dont le charisme nous émeut : Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld, ou Carlo Acutis pour être plus actuel ? Et pourtant, quel visage contemporain ! L’évocation de la vie de dom Guéranger résonne dans les cœurs d’aujourd’hui. Il fut un pilier de l’Église d’alors et un vrai prophète pour les temps actuels. Cette tâche qui paraissait impossible, il l’a menée à bien pour tous ses contemporains : restaurer la vie cloîtrée consacrée à la prière.
Il a remis le Père au centre de la doctrine de la foi tout en ayant une dévotion spéciale au mystère de l’Incarnation du Seigneur. Il a manifesté un amour délicat envers Notre Dame. En 1850, il rédige un mémoire où il justifie par des arguments tirés de la tradition une éventuelle définition de l’Immaculée Conception qui deviendra réalité et un dogme en 1854 : Pie IX y verra "la foi de l’Église". Il a été bâtisseur des monastères masculins et féminins de la congrégation de Solesmes qui tous chantent dans de nombreux pays du monde le même grégorien qu’il a redécouvert. Il jouit d’un charisme de paternité spirituelle dont bénéficient encore maintenant ceux qui demandent son intercession.
Un combattant de Dieu
Revenons à l’actualité. Dom Guéranger nous donne pour aujourd’hui plusieurs enseignements très concrets, dont pour commencer l’appel à la prière. Nous savons qu’à chaque heure dans le monde, des moines et des moniales prient pour la conversion des pêcheurs, prient pour la paix, louent notre Seigneur et le célèbrent avec foi et charité. Pensons-y, prions avec eux, ils sont un des poumons de notre monde répondant à l’appel à la vie spirituelle. Ils prient pour vous, pour nous. Prions avec eux et Dom Guéranger nous y invite : "La prière est pour l’homme le premier des biens. Elle est sa lumière, sa nourriture, sa vie même, puisqu’elle le met en rapport avec Dieu, qui est lumière, nourriture et vie."
Il nous donne l’image d’un combattant de Dieu comme le furent avant lui Bernard de Clairvaux et tant d’autres grands moines qui n’hésitèrent pas à quitter leurs cloîtres pour affirmer leur foi de par le monde et conseiller les papes à Rome. Il a combattu le jansénisme et nous incite à combattre ce qui pourrait être les déviances d’aujourd’hui. Il a restauré le grégorien et il a été très sensible à la qualité de la liturgie et du beau dans celle-ci. Ce qui est beau parle à Dieu et à nos âmes, élève et purifie la pensée.
Une œuvre incroyablement moderne
Dom Guéranger, un saint d’aujourd’hui ? Ce qui est certain c’est qu’il nous guide, de façon très étonnante à travers la vie des moines de notre temps bien que l’on ait toujours l’impression qu’ils ne soient pas dans la "vraie vie" : erreur d’hier et d’aujourd’hui ! L’œuvre de dom Guéranger est incroyablement moderne et ses successeurs à Solesmes ou dans les monastères bénédictins en sont des témoins vivants. La pièce de théâtre sur sa vie qui a été donnée en novembre à Saint-Denis puis à Sablé-sur-Sarthe a touché profondément les spectateurs par les liens étroits entre la vie monastique et la société d’hier et d’aujourd’hui ; parmi eux, le successeur du fondateur, le père abbé actuel qui a réagi : "La première fois que j’ai vu la pièce, j’ai pleuré ; la deuxième fois, moins, mais j’ai ri." Émouvante évocation ! Terminons en effet par le sourire de dom Prosper Guéranger. L’homme a eu un destin exceptionnel tout en montrant une bonne humeur contagieuse, un enthousiasme dans le triomphe, mais aussi dans l’épreuve. Un moine joyeux à découvrir à Solesmes, Randol, Saint-Wandrille, Fontgombault et pourquoi pas à Keur Moussa (Sénégal) ou Saint-Benoît-du-Lac (Canada). Partout dans le monde, grâce à ce prêtre méconnu du diocèse du Mans, des moines bénédictins prient, nous attendent et nous incitent à prier.









