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Élections en Birmanie : le parti proche de la junte annonce une large avance

Des électeurs font la queue devant un bureau de vote à Yangon, en Birmanie, le 28 décembre 2025.

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Cécile Séveirac - avec AFP - publié le 29/12/25
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Le principal parti pro-militaire de Birmanie a déclaré avoir remporté la victoire lors de la première phase des élections législatives, ce lundi 27 décembre. Très critiquées, ces élections ont débuté la veille à l'initiative de la junte au pouvoir dans un objectif affiché de "retour à la démocratie", dans un contexte de guerre civile.

Le principal parti pro-militaire en Birmanie a revendiqué ce lundi 27 décembre une victoire écrasante après la première phase des élections législatives organisées par la junte, a déclaré à l'AFP un de ses responsables. "Nous avons remporté 82 sièges à la chambre basse dans les circonscriptions où le dépouillement est terminé, sur un total de 102", a affirmé, sous couvert de l'anonymat, ce cadre du Parti de l'union, de la solidarité et du développement.

Les résultats officiels de la première phase du scrutin, organisée dimanche dans une partie seulement des circonscriptions, n'ont pas encore été communiqués par la commission électorale birmane. La première phase des élections législatives organisées par la junte birmane, largement restreintes et critiquées à l'international, s'est achevée dimanche 28 décembre près de cinq ans après le coup d’État militaire qui a plongé le pays dans une guerre civile.

L'élection est "libre et équitable", a assuré le chef de la junte, Min Aung Hlaing, après avoir voté de bonne heure dans la capitale administrative, Naypyidaw. "Elle est organisée par l'armée, nous ne pouvons pas laisser ternir notre nom." L'ancienne dirigeante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est pourtant toujours emprisonnée et son parti a été dissous après le coup d’État de février 2021, qui a refermé la parenthèse démocratique dans le pays.

De nombreux pays occidentaux et défenseurs des droits humains ont condamné ce scrutin, échelonné sur un mois, dénonçant notamment la répression de tout semblant d'opposition. "Il est essentiel que l'avenir de la Birmanie soit déterminé par un processus libre, équitable, inclusif et crédible, qui reflète la volonté de son peuple", a commenté dans un communiqué le bureau birman de l'ONU.

Le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (USDP), favorable aux militaires, devrait arriver largement en tête, ce que les critiques considèrent comme un moyen détourné de pérenniser le régime militaire. Selon le Réseau asiatique pour des élections libres, 90% des sièges avaient été remportés en 2020 par des partis qui ne figurent pas cette fois sur les bulletins après avoir été dissous par l'armée. La deuxième phase du scrutin doit avoir lieu dans deux semaines, avant une troisième et dernière le 25 janvier.

Zones sous contrôle rebelle

Peuplée d'environ 50 millions d'habitants, la Birmanie est déchirée par les affrontements et les élections ne se tiennent pas dans les larges zones tenues par les rebelles. "Cette élection ne changera pas la situation politique du pays", a estimé Hman Thit, 23 ans, depuis l'une de ces zones, dans l'État Shan. "Les frappes aériennes et les atrocités continueront". La première des trois phases du scrutin a tout de même débuté dimanche à 06H00 (23H30 GMT samedi), notamment à Rangoun, Mandalay et Naypyidaw, des villes aux mains du pouvoir. Elle s'est refermée dix heures plus tard et le décompte des votes a immédiatement démarré.

"L'élection est très importante et apportera le meilleur au pays", a dit à l'AFP Bo Saw, le premier électeur à se présenter à l'aube dans un bureau du quartier de Kamayut à Rangoun, près de la maison d'Aung San Suu Kyi. Âgée de 80 ans, cette dernière purge une peine de 27 ans de prison pour plusieurs condamnations allant de la corruption à la violation de règles anti-Covid. "Je ne pense pas qu'elle considérerait ces élections comme significatives, pas du tout", a déclaré son fils, Kim Aris, depuis la Grande-Bretagne.

Dans le canton de Zabuthiri, près de la capitale, Thida Hlaing, une femme au foyer de 56 ans, a fait la queue en matinée avec trois membres de sa famille pour "accomplir (son) devoir" de citoyenne. "Je suis venue de mon plein gré", a-t-elle raconté, fière de montrer son auriculaire taché d'encre, avec lequel elle a apposé son empreinte au moment de voter. "Ce que je veux, c'est un pays pacifique et stable".

Coup d'État

L'armée dirige la Birmanie depuis son indépendance en 1948, en dehors d'un interlude démocratique entre 2011 et 2021, qui avait suscité une vague de réformes et d'optimisme pour l'avenir du pays d'Asie du Sud-Est. Mais quand la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi a largement devancé les candidats proches des militaires aux élections de 2020, le général Min Aung Hlaing s'est emparé du pouvoir, invoquant une fraude électorale généralisée. Depuis le coup d’État militaire, le nord de la Birmanie est en proie à des affrontements violents entre la junte et les Forces de défense du peuple (PDF) qui s’opposent à la dictature militaire et ont organisé un vaste mouvement de désobéissance civile. Selon les Nations unies, plus de 3,5 millions de personnes ont ainsi été déplacées par les combats. Si les chrétiens sont minoritaires en Birmanie, où ils ne représentent que 6% de la population (dont 3% de catholiques), ils sont localisés principalement au nord du pays où a lieu l’essentiel des combats. Le pape Léon XIV a lui-même appelé à la paix régulièrement lors de ses angélus, place Saint-Pierre, demandant qu’un cessez-le-feu soit mis en place. "Que les instruments de la guerre cèdent le pas à ceux de la paix", a-t-il notamment exhorté, en appelant à un "dialogue inclusif et constructif".

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