En nous donnant de célébrer la Sainte Famille de Nazareth, l’Église nous invite à méditer l’événement dramatique de la fuite en Égypte. La joie de Noël semble s’être estompée aussi vite que cet imprévisible départ : "Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’Enfant et sa mère, et se retira en Égypte" (Mt 2, 14). Nous ne méditerons donc pas d’abord sur les vertus quotidiennes de leur vie à Nazareth, vécues dans un cadre familial simple et ordinaire. Nous méditerons sur ces années d’exil, sur ce temps passé en Égypte, où Jésus a certainement fait ses premiers pas, où Marie et Joseph se sont sentis déracinés, loin de leur terre et loin des leurs.
Les années d’exil et de mémoire
C’est dans cet exil que Joseph a probablement raconté à Jésus — avec des mots d’enfants — l’histoire d’Israël : le destin de Moïse, la sortie du peuple, l’errance au désert et l’entrée en Terre promise. C’est là que Marie lui a appris à retenir tous ces événements et à les méditer en son cœur (cf. Lc 2, 19). Et pourtant dans ce déracinement d’un moment, quelque chose de prophétique se dessinait, pour la mission du Verbe de Dieu en ce monde et le salut de l’humanité. Dans l’Écriture, la foi d’Israël n’est pas née d’une institution religieuse ni d’une structure politique, elle est née de l’histoire d’une famille, d’un couple éprouvé dans son désir d’enfant. Elle est née de cette promesse d’une fécondité : d’une descendance et d’une terre. Cette histoire familiale est devenue le lieu même de la Révélation de Dieu.
La foi biblique est d’abord une foi transmise : "Tu raconteras à ton fils" (cf. Ex 13, 8). Avant le Temple, avant la Loi écrite, avant le peuple organisé, il y a la maison, la filiation, la mémoire transmise de génération en génération. Dans ces années d’exil en Égypte, Jésus revit mystérieusement ce commencement d’Israël. Loin de la terre et des institutions d’Israël, la foi de ses parents devient pour lui le lieu où se découvrent l’Alliance et la vocation du peuple élu.
Le salut commence dans une maison
Quand Joseph fut averti en songe de la mort d’Hérode, il "se leva, prit l’enfant et sa mère, et entra dans le pays d’Israël". Comme autrefois, le peuple guidé par Moïse puis Josué… La vie cachée de Nazareth sera la germination de sa mission : comme un grain de blé jeté en terre, comme une graine de moutarde ou du levain enfoui dans la pâte… Trente ans plus tard viendra l’heure d’accomplir sa mission : ouvrir à l’universalité des nations, dans le mystère de l’Église, l’Alliance avec Dieu. Mais pour toujours, cette Alliance gardera l’empreinte de cette dimension familiale.
Célébrer la Sainte Famille, ce n’est donc pas seulement regarder un idéal. C’est regarder la source de notre foi — sa dimension filiale — et c’est aussi regarder la vocation de l’Église.
Ce temps d’exil en Égypte nous rappelle que Dieu agit d’abord dans la petitesse et la proximité de l’amour. Le salut du monde commence dans une maison, dans des relations fidèles, dans la transmission humble de la foi.
La transmission familiale de la foi
Cette perspective entraîne alors une double vocation pour l’Église : prendre soin des familles et imprégner nos relations d’un esprit familial. Porter une attention particulière aux familles et à la transmission familiale de la foi : c’est la raison pour laquelle cette magnifique expression d’"Église domestique", pour évoquer la vie de prière et de foi vécue en famille, traverse comme un fil rouge les enseignements des derniers papes. "Dans chaque fils, dans chaque épouse ou époux, Dieu nous confie à son Fils, à sa Mère, comme il le fit avec saint Joseph, pour être, à leurs côtés, base, levain et témoignage de l’amour de Dieu parmi les hommes. Pour être Église domestique et foyer où brûle le feu de l’Esprit Saint, il diffuse à tous sa chaleur et les invite à cette espérance" (Discours du pape Léon XIV, 19 septembre 2025).
Si le témoignage de nombreux catéchumènes nous montre que leur foi a pourtant grandi en dehors de leur milieu familial, il nous revient de leur transmettre ce trésor précieux : celui de la vocation à la sainteté conjugale, de la transmission familiale de la foi, de la construction d’une famille imprégnée de l’Évangile et de l’amour de l’Église.
Rendre le monde plus familial
Si Jésus a reçu et assumé la foi d’Israël dans un cadre familial, alors l’Église, Corps du Christ, ne peut se comprendre autrement que comme une communion de relations filiales et fraternelles. Nos vies communautaires, nos vies paroissiales, nos relations avec les plus démunis doivent être imprégnées de cet esprit : "Le chrétien ne peut pas considérer les pauvres seulement comme un problème social : ils sont une “question de famille” ; ils sont “des nôtres”. La relation avec eux ne peut pas être réduite à une activité ou à une fonction de l’Église" (Léon XIV, Dilexi Te, 104).
Célébrer la Sainte Famille, ce n’est donc pas seulement regarder un idéal. C’est regarder la source de notre foi — sa dimension filiale — et c’est aussi regarder la vocation de l’Église : "Réunir dans l’unité les enfants de Dieu dispersés" (Jn 11, 52) et rendre ainsi le monde plus fraternel et donc plus familial.
Lectures de la fête de la Sainte Famille :
![[HOMÉLIE] Célébrer la Sainte Famille, c’est regarder la vocation de l’Église](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2025/12/fuite-en-egypte-sainte-famille.jpg?resize=620,350&q=75)









