L’histoire de l’église Saint-Loup, en Haute-Savoie, est mouvementée. Les premières traces d’un édifice religieux remontent au Xe siècle. Mais, à la suite d’un gigantesque éboulement de la chaîne des Fiz, en 1471, la communauté décide de changer l’emplacement de son église détruite. Agrandie à plusieurs reprises, elle n’est finalement consacrée qu’en 1702. Son clocher est détruit pendant la Révolution, puis retrouve une silhouette élancée grâce à la flèche et au lanternon qui le coiffent aujourd’hui.
De forme rectangulaire, l’édifice, tout simple, présente une nef unique. Sa façade protégée par un avant-toit est percée d’un oculus. Cet oculus accueille désormais un vitrail original. Ce n’est pourtant pas lui qui attire le regard du visiteur qui pénètre dans l’église. Ce dernier verra d’abord l’autel central et les retables latéraux dont les couleurs vives ont été retrouvées grâce à une restauration récente. Il faudra se retourner pour découvrir, au-dessus de la tribune, ce vitrail bien plus récent que les autres œuvres conservées ici.
Quatre figures pour représenter les évangélistes
Le vitrail représente le tétramorphe, l’une des images symboliques les plus anciennes du christianisme. Le mot vient du grec tetra ("quatre") et morphê ("forme"). Il apparaît pour la première fois dans les visions du prophète Ézéchiel, qui décrit quatre créatures ailées portant le trône de Dieu, puis dans l’Apocalypse de saint Jean. On les appelle aussi « les quatre vivants ». Ces figures ont été interprétées par les Pères de l’Église comme les emblèmes des quatre évangélistes, sous une forme allégorique : l’homme ou l’ange pour Matthieu, évangéliste de l’incarnation (puisqu’il ouvre son évangile par la généalogie de Jésus), le lion pour Marc, parfois ailé, ce qui est le cas ici, comme messager ("Voici que j'envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur…" (Mc 1, 1-3), le bœuf pour Luc, le bœuf étant l’animal emblématique du sacrifice, et l’aigle pour Jean, image de la contemplation divine.
Ces quatre figures portent une auréole, signe qu’il ne s’agit pas de simples animaux. Dans l’art médiéval, le tétramorphe est omniprésent : il orne les tympans romans, les manuscrits enluminés et les rosaces des cathédrales. Le vitrail de Servoz, réalisé en 1993 par l’atelier savoyard Delbecque-Poget, s’inscrit dans cette tradition millénaire. Dans un dessin stylisé et des aplats de verre colorés, les quatre symboles épousent la forme ovale de l’oculus.
Le vitrail contemporain s’intègre parfaitement dans un décor marqué par l’influence baroque. Il est une preuve que la permanence des sources d’inspiration et le renouvellement de la manière de les représenter restent, aujourd’hui encore, des caractéristiques de l’art sacré occidental.

![[VIDÉO] Portable caché, scrutins inattendus… Dans les coulisses du dernier conclave](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2025/05/VATICAN-POPE-CONCLAVE-SISTINE0A-2013-000_DV1436250.jpg?resize=75,75&q=25)









