Du jour de Noël, et plus largement du temps de Noël, se dégage une grâce particulière qu’on ne retrouve pas le reste de l’année. S’il n’est pas faux d’affirmer que le mystère de la Nativité, en tant que naissance de Jésus dans l’âme des hommes, peut s’actualiser en tout temps, en revanche le rayonnement surnaturel qui entoure le 25 décembre, et parfois les jours suivants, ne se rencontre plus le reste de l’année. Pourquoi cette grâce ne se reçoit-elle que quelques jours dans l’année, voire même le seul jour de Noël ? Cela ne contredit-il pas le principe selon lequel tous les événements de la vie terrestre du Christ sont appelés à être actualisés continuellement dans l’existence des croyants ? Dans cette actualisation réside d’ailleurs une des finalités de la prière des mystères joyeux, lumineux et douloureux du chapelet (les mystères glorieux commencent par la Résurrection et ne concernent plus la vie terrestre de Jésus). Alors, pour quelle raison la grâce de Noël ne se reproduit-elle pas tout au long de l’année ? D’où vient cette impression que "Noël, ce n’est pas la vraie vie" ?
Une joie éphémère comme la pureté de l’enfance
En fait, si, "Noël, c’est la vraie vie ". Mais le monde des hommes est si marqué par la violence, les dissensions, le péché en général, que la fête de la Nativité semble comme une comète dont l’éclat apparaît fugitivement avant de s’éclipser pour le reste de l’année. Et tenter de retenir cette grâce est souvent vain. Le monde de "l’innocence, de l’éternelle enfance de Dieu" pour parler comme Paul Claudel évoquant sa conversion à Notre-Dame en 1886, est trop étranger à nos esprits pour que nous puissions le supporter plus d’une journée. Un court instant, on entrevoit un coin du Paradis, et puis le rideau se referme.
Un monde trop peu innocent pour goûter Noël bien longtemps
Mais Pâques ? Pour quelle raison nous est-il donné de goûter les fruits de l’événement pascal de façon plus durable ? C’est que le mystère de la Résurrection surgit après les quarante jours de carême, après la Semaine sainte et le Vendredi saint. Pâques a été sérieusement préparé. Aussi sa joie est-elle ancrée plus profondément en nous parce que nous avons longuement jeûné et sommes passés mystiquement par la mort avec le Christ. Voilà pourquoi la joie pascale est à la fois plus grave et plus durable. À côté d’elle, celle de Noël est pure grâce. La joie pascale touche un adulte, la joie de Noël touche l’enfant que nous sommes ou avons été. Ce qui ne signifie pas que la seconde soit moins surnaturelle que la première.
En Dieu, qui est hors du temps, les joies de Noël et de Pâques coïncident certainement. Il ne peut en être de même pour nous. Les guerres, les famines, la misère, le péché spirituel nous éloignent trop de l’innocence de l’enfance. Les grâces pascales peuvent s’expérimenter en coexistant avec ce mal protéiforme parce que la mort-résurrection de Jésus, en vainquant le mal, l’intègre de quelque façon. Le mystère pascal est plus facilement actualisable en nos existences marquées par les chutes et les relèvements, tandis que celui de la naissance de l’Enfant doit attendre la solennité de Noël pour descendre en nos âmes et en faire les délices l’espace de quelques jours. Et ces jours du temps de Noël passent d’autant plus vite que l’innocence de l’enfance s’est éloignée de nous depuis plus longtemps !
Sans doute, existe-t-il dans le monde des âmes privilégiées capables de goûter la joie de Noël en tout temps. Mais sont-elles certaines de ne pas la confondre avec celle de Pâques ?











