Campagne de Carême 2026
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Thérèse et Étienne Coursimault, un couple de quadragénaires, vivent depuis juillet dernier à Pune, à l’est de Bombay, avec leurs six enfants âgés de 3 à 14 ans. Cette famille originaire de Lyon s’est installée dans le nouveau quartier de Kharadi, où résident de nombreuses familles d’expatriés. Les enfants sont scolarisés dans une école internationale. Étienne est ingénieur spécialisé dans le digital, tandis que Thérèse travaille comme coach de vie. Chaque samedi, toute la famille se rend dans le bidonville de Pune pour rencontrer les pauvres et partager du temps avec eux.
Une première expérience avec Fidesco
Cette idée a germé d’autres expériences similaires qui les avaient marqués. Ainsi, bien avant ce départ pour l’Inde, Thérèse et Étienne fraîchement mariés avaient déjà vécu une expérience missionnaire de deux ans en Indonésie avec Fidesco. Ils enseignaient à Manado, dans une université lasallienne : Thérèse était chargée des relations internationales et Étienne enseignait les mathématiques. C’est au cours de cette expérience qu’ils prennent conscience d’avoir beaucoup reçu sur le plan intellectuel pendant leurs études, mais qu’un appel à exercer la charité et à se mettre concrètement au service des plus pauvres les travaille.
De retour en France, ils décident de fréquenter une paroisse située dans une commune défavorisée de la métropole de Lyon. À Vénissieux, dans la paroisse Notre-Dame de la Miséricorde, ils rencontrent des personnes de nationalités diverses et une population marquée par la pauvreté. "Ces personnes sont toutes simples, elles n’ont pas forcément reçu de formation, mais quand vous leur parlez de l’Évangile, elles ont la foi du charbonnier. Elles vous croient", explique Thérèse à Aleteia. Au fil des années, avec leurs enfants, ils commencent à célébrer la veillée de Noël avec les personnes seules de cette paroisse et à les inviter dans leur maison le 25 décembre. "À chaque fois, ils apportaient des cadeaux pour chaque enfant. Nous avons toujours été frappés par le fait que les plus démunis sont souvent les plus généreux."
Nous nous sommes souvenus de la question du prêtre qui nous avait mariés : “Quel est le charisme de votre couple ?”
Avec le temps, le couple se sent appelé à faire encore plus. "Nous avions 36 ans et nous nous sommes dit que la vie passait vite. Nous venions d’avoir notre sixième enfant et nous nous sommes demandé ce que désirait vraiment notre cœur", raconte Thérèse. "Nous étions dans une période de grosse crise. Puis, nous nous sommes souvenus de la question du prêtre qui nous avait mariés : “Quel est le charisme de votre couple ?” Chacun a bien sûr son propre charisme, mais en regardant en arrière, nous avons compris que servir les pauvres était quelque chose que nous aimions profondément tous les deux." Après un week-end de discernement à Paray-le-Monial, Thérèse et Étienne décident de partir en famille à Pune, en Inde.
La vie à Pune
L’Inde était un pays qui fascinait Thérèse, elle qui aimait tant Mère Teresa de Calcutta depuis qu’elle était petite. C’était aussi un pays qui ne lui était pas totalement inconnu, puisqu’elle y avait habité un an pendant ses années étudiantes. La famille s’installe donc à Pune, à l’est de Bombay. Les enfants fréquentent une école internationale et une maid les aide dans l’organisation du quotidien. Pourtant, dans ce quartier moderne et fréquenté par les expatriés, un bidonville se trouve de l’autre côté de la rue. Avant de s’y rendre, Thérèse et Étienne hésitent longuement. "C’était fin juillet. Honnêtement, on s’est demandé ce que l’on faisait là. Qu’est-ce qui nous avait pris ? Tout le monde était à la plage et nous, nous étions en Inde avec nos six enfants. Il nous a fallu du temps pour s’habituer à cette nouvelle vie." Ce sera finalement l’un de leurs enfants qui va encourager la famille à y aller. Lui, ses frères et sa sœur, avaient apporté de France une trousse remplie de petits jeux et il était impatient de les offrir aux enfants pauvres.

Dès leur arrivée, la réalité du bidonville est assez bouleversante et déstabilise certains d’entre eux. C’est un monde à part : les habitations, faites en tôles, sont serrées les unes contre les autres. Elles sont peu spacieuses et n’ont pas de fenêtres. À l’intérieur, la température atteint 35 - 40 degrés. Dehors, la poussière et les déchets sont partout, et derrière les baraques, la décharge de la ville fume, dégageant une odeur âcre. Un jour, une scène les marque particulièrement : ils aperçoivent un enfant trisomique de sept ans frappant des bouteilles en plastique au milieu de la décharge. Cet enfant est laissé seul car sa mère, veuve, ne peut s’occuper de lui pendant la journée. Ils apprennent qu’elle travaille sur les chantiers pour un salaire de 400 roupies par mois (soit environ 4 euros).
Avec l’aide de personnes sur place, Thérèse et sa famille commencent à apporter de la nourriture aux habitants. Puis ils décident de partager un peu de temps avec eux : ils chantent, jouent, dessinent avec les enfants… Peu à peu, ils accompagnent aussi des situations particulières, comme celle du petit garçon trisomique. Grâce à l’aide de leur chauffeur hindou, Ganesh, ils parviennent à lui obtenir un acte de naissance, une carte d’identité et un certificat de domicile, et ils réussissent à l’inscrire dans un orphelinat catholique pour enfants porteurs de handicap, situé non loin de chez eux.

Chaque semaine, la famille se rend à l’adoration. "On s’est dit qu’on ne pouvait pas tenir si on n’y allait pas. C’est le moment de déposer devant Jésus tout ce qui est lourd à porter, tout ce que l’on voit. On ne sait pas toujours comment faire. D’ailleurs il n’y a pas toujours une solution", confie Thérèse. "Il faut juste apprendre à donner et à recevoir : un sourire, une parole, un check dans la main. Ici, on apprend à se vider de soi-même et à se remplir de Jésus. Finalement, la seule chose que nous ayons vraiment à donner, c’est Jésus."
Un réseau de plus en plus grand
Chaque samedi, la famille part ensemble pendant deux ou trois heures. Parfois, Thérèse y va aussi en semaine, accompagnée d’autres personnes, souvent des expatriés et des mamans désireuses d’aider. Un petit réseau s’est ainsi constitué autour d’eux : des personnes parlant le marathi pour traduire, et d’autres pour enseigner l’anglais, chanter ou simplement être présentes. Même le directeur de l’école des enfants a décidé de les accompagner. "Dans cette école, les enfants viennent de familles aisées du monde entier. Pour Noël, nous avons proposé de déposer un panier à l’entrée afin de recueillir des jouets à apporter dans les bidonvilles. Le directeur a accepté, puis il nous a dit : “Moi aussi, je vais venir avec vous.” Cela m’a bouleversée."
Étienne et Thérèse comprennent peu à peu que leur mission est d’être un pont entre ces différents mondes. "Autour de nous, beaucoup de personnes aimeraient aider mais n’en ont pas la force : la pauvreté les fait pleurer, l’odeur les dépasse... Alors elles nous aident autrement, et nous donnent généreusement de l’argent, des sacs de riz et de lentilles... Finalement, chacun a sa place dans la chaîne de la bonté et de la charité."
Une joie profonde
Aller dans les Bidonvilles procure une joie profonde dans le cœur de Thérèse et Étienne : "Ce qui est étonnant, c’est que cette joie d’avoir servi le pauvre se répand dans mon cœur au fur et à mesure de la soirée et des jours qui suivent. Elle s’ancre de plus en plus dans mon cœur, elle est de plus en plus profonde, et elle reste". Pour leurs enfants aussi, cette aventure les fait grandir : "Ils musclent leur tête à l’école, leur corps avec le sport, leur âme par la prière et l’Eucharistie. Mais qu’est-ce qui muscle leur cœur ? Je souhaite vraiment qu’ils aient le cœur tourné vers les autres, qu’ils puissent grandir et devenir des personnes intègres".

Pour Thérèse et Étienne, avoir eu le courage de suivre jusqu’au bout le désir de leur cœur qui les habitait depuis l’enfance - celui de servir les plus pauvres - les comble d’une joie profonde et authentique. C’est ce que partage Thérèse : "Dans cet enfer de chaleur, d’odeurs et de maladies, là au milieu de cette violente misère, là enfin je sens la joie de mon cœur qui bat. Là, enfin, je sens que mon humanité est en vie !"








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