Diacre au service du sanctuaire Notre-Dame de Montligeon, Guy Berthier commente les lectures de la messe du jour de la solennité de la Nativité du Seigneur. À Noël, tout change, Dieu fait sa demeure parmi les hommes. Cette merveilleuse nouvelle est un héritage et une responsabilité, le pouvoir de porter le message de l’Auteur de la Vie.
Y a-t-il une fête plus joyeuse, plus douce, plus lumineuse que cette fête de Noël ? Dans la joie de la nuit de Noël, nous avons chanté : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime" (Lc 2,14), et nous nous sommes réjouis devant le miracle de l’Enfant-Dieu, qui venait de naître, couché sur la paille, dans l’humble crèche. Nous nous sommes agenouillés devant notre Dieu, si petit, si humble, si vulnérable, comme ayant "effacé" sa nature divine, pour se faire tout simple, tout petit, semblable à chacun de nous dans notre réalité humaine.
Le plus étonnant
Voici qu’aujourd’hui, avec le Prologue de saint Jean, c’est le grand écart... Nous quittons la crèche, la mangeoire et la paille, pour partir dans les hauteurs, propulsés dans les cimes de la mystique chrétienne. Comme au-delà de l’espace et du temps, dans la réalité éternelle du Dieu créateur et tout-puissant. L’apôtre Jean nous fait entrevoir Jésus, le Fils de Dieu, le Verbe de vie, qui est la Parole, le Logos qui crée et nomme toute chose : "C’est par Lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans Lui ; en Lui est la vie" (Jn 1,3). Comme cela est grand ! Comme cela est vertigineux !
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Mais le plus vertigineux… le plus étonnant pour nous les hommes, c’est ce Dieu tout-puissant, ce Dieu transcendant, lui l’Alpha et l’Oméga, qui vient au monde comme un petit homme, nu, vulnérable, identique à chacun de nous à notre naissance. Oui, Il est bien là ! Pleinement homme et pourtant pleinement Dieu, dans ce nouveau-né, dans ce coin perdu de Bethléem en Galilée.
Ce qui change tout
Ce qui est fabuleux pour nous, dans cette Bonne Nouvelle, dans cette véritable révolution religieuse qu’est le christianisme, ("révolution" dans le sens d’un retournement complet de nos paradigmes, de notre relation avec Dieu), c’est qu’il est à la fois si éloigné par sa toute puissance et sa gloire, et en même temps si proche de nous. Cela est inconcevable dans les autres religions, un Dieu de chair humaine, un Dieu dans la singularité d’un visage. Un Dieu avec des yeux, nos yeux… Dieu avec des mains, nos mains… qui est viscéralement identique à nous, excepté le péché. À Noël, Dieu fait sa demeure parmi nous, dans nos réalités humaines bien concrètes.
Et cela change tout pour nous, car ainsi notre Dieu est parfaitement capable de comprendre le cœur de l’homme, ses peines et ses souffrances, ses joies et ses attentes, il est auprès de nous dans nos joies, mais aussi dans nos échecs, dans nos tourments et nos épreuves. Et de notre côté, nous devenons capables à notre tour de mieux appréhender Dieu : Il s’est fait accessible, si proche de nous que cela ouvre aux hommes un chemin d’ascension vers le ciel. "Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu" ose dire saint Irénée.
Les anges savent
Noël, c’est une incroyable bonne nouvelle ! D’ailleurs, les anges du ciel ne s’y trompent pas : ils éclatent en chants de joie et glorifient bruyamment la naissance de Jésus… Mais pourquoi, précisément les anges chantent-ils leur joie à Noël ? Pourquoi ? Pour la gloire de Dieu au plus haut des cieux ? Oui, bien sûr, mais cela, ils le font continuellement au ciel. Les anges chantent pour nous… parce qu’ils savent, eux, ce qui est en train d’arriver pour nous ! Et cela éclate partout dans le ciel : la grande bonne nouvelle, le Verbe, Notre Seigneur qui est la vraie lumière, vient éclairer tout homme venant dans le monde. Il vient, Il est là, dans ce nouveau-né. Il vient sauver nos âmes lasses, désabusées, nos cœurs flétris par manque d’amour ; Il vient donner sens à nos vies… et quel sens ! celui de l’amour plénier, le plus abouti, l’amour parfait, qui comble en profondeur l’intime de nos êtres, de nos âmes.
Le monde ne l’a pas reconnu
Oui, Noël est un enchantement, un merveilleux chemin d’amour. Mais nous savons également que Notre Seigneur, dans ce chemin d’amour, a été en butte à beaucoup de rejets, de souffrances, jusqu’au sacrifice ultime de la croix. Comme s’écriait saint François d’Assise : "L’Amour n’est pas aimé." "Il est venu dans le monde, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir de devenir enfants de Dieu" (Jn 1,12). Aujourd’hui encore, en ce Noël 2025, ton peuple en France peut encore te louer et te prier — pour le moment — mais nous savons que ce n’est pas partout le cas dans le monde, et certains vont encore beaucoup souffrir et peut-être devoir donner leurs vies pour leur foi en ce Noël.
Un héritage et une responsabilité
Alors, n’oublions pas ce merveilleux héritage qu’est la foi ! Car nous sommes véritablement enfants de Dieu ! N’oublions pas : "À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir de devenir enfants de Dieu" (Jn 1,12), mais pour le recevoir, il aura fallu des personnes pour nous le donner, l’Église, nos aïeux, toute cette multitude de saints, de martyrs, de bons prêtres, de vies données pour Dieu et pour l’amour du prochain ; c’est grâce à ces grands-mères qui priaient inlassablement le chapelet à la main ; c’est grâce à nos parents qui ont demandé le baptême pour nous. Oui, c’est grâce à eux qu’en ce jour, devant la crèche, nous nous émerveillons devant l’Auteur de la vie. S’il n’y avait pas eu des personnes pour partager cette foi, nous ne serions pas là.
N’ayons pas honte de Jésus Christ, n’ayons pas honte de notre foi. Ce monde en a tant besoin.
Nous avons un héritage, mais aussi une responsabilité devant Dieu, pour le monde à venir, pour nos enfants, pour notre pays, pour l’humanité tout entière. N’ayons pas honte de Jésus Christ, n’ayons pas honte de notre foi. Ce monde en a tant besoin. C’est vrai que cela demande du courage, du tact et parfois de l’audace mais, si nous, chrétiens, ne sommes pas pour nos voisins, pour nos amis, pour nos parents, pour nos enfants, des porteurs d’espérance, des porteurs de foi, comme des petites étincelles de lumière, qui le sera ? Certainement pas les médias, ni les réseaux sociaux, certainement pas tel ou tel faiseur d’opinion, ou telle ou telle vedette du show-biz, certainement pas nos députés, certainement pas le président de la République… Qui le sera ?
La beauté du veilleur
C’est à nous tous d’être ses veilleurs, ces veilleurs qui voient dans cet enfant le Fils de Dieu qui porte l’univers, le Christ qui illumine le monde, par sa naissance, sa mort et sa résurrection, qui nous libère de nos entraves qu’est le péché, c’est Lui qui nous libère de la peur… de la mort éternelle.
Dans la première lecture, le prophète Isaïe s’exclame : "Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut" (Is 52,7). Soyons beaux de la beauté de la paix, de la douceur, de la beauté du pardon, de la beauté de l’attention aux autres et de la patience, de la beauté de notre fidélité, de notre foi et de notre piété. Oui, comme ils sont beaux, les pas du chrétien, qui ne craint pas d’aller à contre-courant de ce monde sans foi, sans espérance…
N'aie pas peur
Enfin, je m’adresse à toi, qui peut-être, es venu à cette messe de Noël, par tradition, peut-être sans grande ardeur, et aussi à toi, qui n’as peut-être pas le cœur à la joie, parce que tes enfants ou tes petits-enfants ont rejeté Dieu, ou parce que tu te retrouveras bien seul, après cette célébration. Sache que ce Dieu si humble et si grand, cet enfant par qui tout est venu à l’existence… a ardemment désiré ta vie. Sache que c’est vrai, il y a un créateur qui porte l’univers, Il n’est pas du tout incapable de faire toute chose nouvelle pour toi. Il est ton créateur et Il est là, pour toi, réellement là…
N’aie pas peur de renouveler ton regard sur toi-même, sur la vie, n’aie pas peur de le recevoir dans ton cœur aujourd’hui. Comme dit la petite Thérèse de Lisieux, "comment pourrais-tu avoir peur d’un Dieu qui s’est fait si petit" ? Car, Dieu pourrait bien naître mille fois à Bethléem, cela n’aurait aucune importance pour toi s’Il ne naissait pas aujourd’hui dans ton cœur. Que la grâce et la paix de Noël, demeurent sur chacun de vous tous et sur vos familles.
Lectures de la messe du jour de la solennité de la Nativité :












