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Il y a des morts qui nous aident à vivre, il y a des vivants qui nous aident à mourir. Telle pourrait être la morale de l’émouvant premier long métrage d’Alice Vial, L’Âme idéale. Que le catholique engagé soupçonneux se rassure : l’aide à mourir dont il s’agit n’a rien à voir avec le slogan trompeur des partisans de l’euthanasie. Elsa, l’héroïne du film, est médecin dans une unité de soins palliatifs. Les seuls fils qu’elle débranche sont ceux des ordinateurs de télémédecine que son chef essaie d’installer.
Consacrer sa vie à ceux qui vont mourir
La principale aide à mourir que pratique Elsa relève suffisamment de la fable pour ne pouvoir donner lieu ni à débat ni à polémique : elle concerne ceux qui ont déjà quitté leur dépouille mortelle. L’idée de base du film est qu’Elsa peut voir les morts, du moins ceux qui, comme le père d’Hamlet, sont empêchés de passer dans l’au-delà, parce que quelque chose les retient : vocation inaboutie, parole non dite, pardon informulé. La vocation particulière d’Elsa est donc de consacrer sa vie à la fois à ceux qui vont mourir dans son service et à ceux qui sont déjà morts : le registre fantastique permet une extension du soin palliatif au-delà du dernier souffle, dans un mélange d’humour jamais trop noir et d’amour jamais trop rose. Rien de spécifiquement catholique, en cette affaire — le sens d’une petite blague sur Jean Paul II n’est d’ailleurs pas très net —, mais une approche vraie de ce que peut signifier mourir l’âme en paix.
Vivante qui aide à mourir, Elsa a toutefois besoin d’un mort pour l’aider à vivre, d’où cette "âme idéale" du titre, qui serait même l’homme idéal…, s’il était en vie. Ainsi commence cette histoire, qui tient à la fois du film de fantôme et de la comédie romantique, et dans laquelle Jonathan Cohen révèle une capacité à émouvoir que ses rôles purement comiques ne laissaient pas forcément deviner.
Entre les vivants et les morts
En résumé, L’Âme idéale est un film qui sait faire aussi bien rire que pleurer, tout en ayant assez de vérité humaine pour aider à vivre et, peut-être, aider à mourir. L’intrigue a d’ailleurs le grand mérite d’éloigner les illusions d’un amour romantiquement fusionnel et mortifère. C’est à cela, peut-être, qu’on reconnaît un scénario qui ne lorgne pas vers la régression adolescente.
Alice Vial était la co-scénariste des Innocentes d’Anne Fontaine : situé dans un couvent polonais, le film était centré sur les accouchements de bénédictines violées par des soldats russes. L’intrigue opposait, parfois un peu lourdement, la prieure qui confiait les bébés "à la Providence" en les abandonnant dans la neige au pied d’un calvaire, et la sous-prieure qui accueillait la vie, même s’il cela imposait de transformer le couvent en pouponnière. La croix, triomphe de la mort et contraire du berceau ? Sur ce point et même si ce n’était pas aussi explicite, Les Innocentes ne convainquait pas entièrement. Apparemment dépourvu de toute perspective religieuse, L’Âme idéale nous semble plus juste dans la relation qu’il suggère entre les vivants et les morts.
L’Âme idéale ou La vie est belle ?
On pourrait s’arrêter là, mais vanter un film le 24 décembre expose forcément à LA question : est-ce un film à voir pour Noël ? Dans cette catégorie, on peut préférer suivre le judicieux conseil de Xavier Dufour, en revoyant La vie est belle de Frank Capra. Georges Bailey, le personnage principal, a lui aussi besoin d’une aide "extérieure" pour trouver de bonnes raisons de rester vivant. Sur le point de se jeter à l’eau pour se suicider, il rencontre un ange qui trouve la meilleure façon d’aider un homme à vivre : se jeter lui-même à l’eau, afin que Bailey le sauve de la mort… Autrement dit, il n’y a pas meilleure raison de vivre que de participer à une œuvre de salut. Capra suggère dans son autobiographie que c’est aussi la mission qu’il s’est donné comme cinéaste : "C'était un film qui disait à ceux qui avaient perdu le goût de vivre, à ceux qui avaient perdu courage, à ceux qui avaient perdu leurs illusions, au pochard, au drogué, à la prostituée, à ceux qui étaient derrière les barreaux de prison et à ceux qui étaient derrière des rideaux de fer qu'aucun homme n'est un raté !"L’héroïne de L’Âme idéale pourrait sans doute reprendre cette paraphrase évangélique à son compte, elle qui admet d’emblée en souriant qu’elle est un médecin qui ne guérit jamais personne. Bref, toute proportion gardée entre un chef d’œuvre et un bon film, on pourra, après avoir revu La vie est belle pour Noël, finir l’année avec L’Âme idéale.
Pratique :









