C’est une première au Vatican et peut-être même dans l’histoire : le Pape a béni le 15 décembre une crèche, exposée depuis plusieurs jours dans la salle Paul VI au Vatican, représentant la Vierge Marie enceinte. Il s’agit d’une "œuvre pro-vie", selon sa créatrice, Paula Sáenz Soto, spécialiste de l’art sacré. Un choix qu’elle justifie auprès d’Aleteia et d’autres médias : "L’histoire de la naissance commence dans le sein maternel, mais la Vierge Marie n’est jamais représentée enceinte." Avancée de deux ans, l’installation de cette crèche inédite coïncide avec la clôture du Jubilé de l’espérance.
Aleteia : Comment est née l'idée d'une crèche pro-vie ?
Paula Sáenz Soto : Dès mon plus jeune âge, j'ai vu des crèches à la maison et à l'église. Aînée d'une famille de quatre enfants, je demandais toujours à mes parents : "Pourquoi l'Enfant Jésus n'est-il pas dans la crèche ? Et pourquoi la Vierge Marie n'est-elle pas enceinte ?" J'avais vu ma mère enceinte, attendant un enfant, et cela me paraissait étrange que cela ne soit pas représenté dans la crèche. On me disait que c'était l'Avent, qu'il fallait attendre la naissance de l'Enfant Jésus. Mais j'avais le sentiment que l'histoire était incomplète. J'estimais que, d'un point de vue iconographique, il était nécessaire de raconter l'histoire plus complètement, surtout à une époque marquée par l'avortement et la déshumanisation. L'Incarnation n'est pas une idée abstraite : Jésus a été conçu dans le sein de Marie, a eu un cordon ombilical, a été nourri par son sang et a grandi en elle. Marie a senti ses mouvements, ses inconforts, sa maternité pleine et entière. Nier cela visuellement, c'est, d'une certaine manière, nier sa maternité.
Au lieu de paille, la crèche est ornée de rubans de satin couleur paille, chaque ruban représentant une vie sauvée de l'avortement.
Comment le Vatican a-t-il reçu cette idée ?
J'ai pu soumettre ma demande grâce à l'aide de l'ambassadeur, qui s'est entretenu avec le gouvernorat. On lui a indiqué que cela prendrait probablement de nombreuses années. J'ai répondu : "Peu importe, l'important est de faire le premier pas." Ils m'ont demandé une esquisse, mais j'ai décidé de réaliser toute la crèche en miniature et de l'apporter à Rome. J'ai expliqué au cardinal et aux autres pourquoi il s'agissait d'une crèche "pro-vie". Je leur ai dit que je voulais montrer Marie enceinte, que l'Enfant Jésus serait représenté séparément et que, le 24, l'image serait remplacée par une représentation de la Vierge en adoration. L'essentiel était de rendre visible la maternité de Marie, notre mère à tous. Historiquement, l'iconographie évitait de représenter explicitement la Vierge Marie enceinte. Dans les icônes byzantines, le mystère était représenté symboliquement, et non par un ventre rond. Mais aujourd'hui, il m'a semblé nécessaire de montrer clairement la réalité de l'Incarnation. Lorsque je lui ai expliqué tout cela, le cardinal a été profondément ému. Il m'a dit que, de toutes les crèches qu'il avait reçues, il garderait celle-ci toute sa vie.
À quoi ressemble cette crèche ?
Elle a emprunté certains codes actuels. Au lieu de paille, la crèche est ornée de rubans de satin couleur paille, chaque ruban représentant une vie sauvée de l'avortement. J'avais auparavant discuté avec le mouvement "40 Jours pour la Vie" , qui recense officiellement les vies sauvées par la prière et le jeûne. Deux institutions costariciennes venant en aide aux femmes enceintes en situation de vulnérabilité ont également contribué à ce recensement. Au total, ce sont 28.000 vies qui ont été sauvées grâce à ces témoignages. Aujourd'hui, dans la crèche de l'Enfant Jésus, 420 rubans portent les prières écrites par des enfants malades. Ils ne demandent pas de jouets, mais prient pour leurs médecins, pour leurs mères, pour leurs frères et sœurs. Dans la souffrance réside la rédemption, et c'est cette souffrance qui réchauffe la crèche. Cette crèche n'est pas qu'un simple décor. Elle raconte une histoire. Elle nous dit que la souffrance endurée porte du fruit, que l'espoir ne se perd jamais.
Que souhaitez-vous que les gens ressentent en voyant cette crèche ?
Cette crèche est la première crèche pro-vie de l'histoire du Vatican, la première bénie de ce pontificat et celle qui clôture le Jubilé de l'Espérance. Je souhaite que quiconque la verra retrouve l'espoir, se souvienne que Dieu se soucie de nous, que Marie est une mère, que la vie vaut toujours la peine d'être vécue. Qu'il ne perde jamais espoir.









