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Messe de minuit aux Folies Grüss

Messe de Noël au cirque Grüss : “Un résumé d’humanité va se retrouver sous le chapiteau”

La messe de minuit du cirque Grüss réunit, pour Noël, des fidèles venus de tous horizons sous la grande tente du mythique chapiteau parisien depuis 1980. Un moment suspendu, où artistes, familles et spectateurs célèbrent la Nativité au cœur de la piste. Cette année, c’est Mgr Étienne Guillet, évêque de Saint-Denis, marqué dès son adolescence par son passage chez les Grüss, qui portera ce symbole d’espérance et de fraternité.

8 min de lecture

Source: Folies Grüss

Messe de minuit aux Folies Grüss

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Tous les 24 décembre à minuit, depuis 1980, le cirque des Folies Grüss accueille la messe de Noël à même sa piste. Une tradition née de l’inspiration d’Alexis Grüss, patriarche de la légendaire famille française du même nom, mort en avril 2024. Et cette année, c’est le tout nouvel évêque de Saint-Denis, Mgr Étienne Guillet, qui a l’honneur de célébrer cette messe qui doit rassembler près de 3.000 personnes sous le chapiteau du cirque mythique, dans le 16e arrondissement de Paris. Un beau symbole pour l’homme d'Église qui avait effectué un stage de palefrenier dans ce même cirque, trente-trois ans plus tôt.

"Un résumé d’humanité" réunie sous un chapiteau

1980. Alexis Grüss est directeur du Cirque Grüss depuis 1971. Voyant Noël approcher et les représentations s’enchaîner, il se demande, en temps que chrétien, comment concilier son spectacle et la messe de la Nativité. La soirée finit tard et il n’y a plus d’église disponible à cette heure-là dans la capitale. De là naît l’idée de demander à un prêtre de célébrer la messe de minuit sur la piste du cirque. Les Grüss, c’est "une famille comme les autres qui compte quatre enfants et de nombreux petits-enfants, tous engagés dans l’aventure circassienne", résume l’évêque de Saint-Denis, Mgr Étienne Guillet. Une "troupe" simple qui vit pourtant un quotidien peu banal, mais qui souhaite élever ses enfants dans la foi chrétienne. "À la messe de Noël, il y aura deux premières communions dans la famille Grüss. Un beau symbole quand on se souvient que le Christ vient au milieu des hommes pour faire de chaque cœur une crèche." Sera aussi présent lors de cette messe un chœur composé de 200 chanteurs, de quoi permettre aux fidèles de célébrer la joie de Noël. "Qu’est-ce que la vocation d’un cirque sinon de passer la joie ? confie Mgr Guillet. La mission des Grüss, ce 24 décembre au soir, sera de faire passer la joie d’un autre, la joie du Christ." Un message d’espérance qu’avait aussi à cœur de transmettre Alexis Grüss, lui qui donnait une dimension quasi mystique à l’art du cirque. "La piste de mon cirque est ronde comme l’Eucharistie qui nous rassemble, qui nous donne de nous tourner vers Dieu, tous ensemble, l’humanité réconciliée", aimait-il répéter. Un homme qui avait toute sa vie avancé dans sa foi et qui a laissé une empreinte forte au sein de sa famille. 

Le prêtre des circassiens

"J’ai toujours énormément aimé le cirque, encore aujourd’hui." Quelle heureuse nouvelle alors pour Mgr Guillet lorsqu’il apprend qu’il va célébrer, en tant que nouvel évêque de Saint-Denis, cette messe de minuit au caractère unique. C’est que ce prêtre de 49 ans, originaire d’Abbeville dans la Somme, cultive un lien particulier avec le monde du cirque. Fasciné depuis petit par les arts du spectacle, il décide de se lancer, en classe de première. Et c'est grâce au père d’un ami de classe, kinésithérapeuthe d’Alexis Grüss, qu’il parvient à obtenir un stage de palefrenier au sein de la fameuse institution. "Lorsque j’ai dû faire ce stage à 16 ans, je me suis dit que c’était le moment de vivre ma passion, d’entrer par la petite porte de ce monde que je côtoyais l’été en allant au spectacle. Je voulais en comprendre l'intelligence, les codes, les rythmes…" Un pan entier de l’univers du cirque s’ouvre au futur évêque, alors tout jeune homme. "Je me levais très tôt. J’ai vu les enfants de mon âge, qui donnaient le maximum, tomber puis se relever. Et l’après-midi, il y avait le spectacle, parfois deux. Je m’occupais des chevaux, j’étais palefrenier." 

Ce qui marque profondément l'évêque : l'exigence du cirque. "Ce sont des disciplines très difficiles : que ce soit à cheval, la jonglerie, les numéros aériens. J’ai aussi vu l’ambiance d’une famille. Un couple, ses quatre enfants, quelques oncles et tantes réunis autour d’un métier, de valeurs fortes : le courage, la persévérance, l’esthétique, la solidarité. Les liens entre eux aussi, car personne ne peut s’en sortir seul pour monter un spectacle de deux heures. J’ai découvert tout ça avec émerveillement." Et l’histoire ne s’arrête pas là. Lorsqu'il est ordonné pour le diocèse de Versailles, il devient du même coup aumônier des cirques et des fêtes foraines. Hasard ? Non. L’aventure continue auprès d’une autre famille de cirque mythique, les Bouglione mais aussi d’autres, plus petites.

Là où joie et foi s’entremêlent

Le lien entre le cirque et la foi ? À écouter Mgr Guillet, il est tout trouvé. "Le cirque c’est la joie, la communauté mais aussi l’esprit d’itinérance. Certaines familles voyagent beaucoup. On monte, on démonte et on s’entraîne au passage. On est tout le temps sur la route. La vie est donc souvent suspendue." Et puis, il y a le danger, omniprésent. "La plupart des numéros sont objectivement risqués. Les acrobates aériens en haute altitude, les pyramides humaines où l’on tombe de très haut… La vie est précaire et fragile. Ces familles savent qu'elles prennent des risques. Ça donne un sérieux à l’existence."

Un autre exemple frappant : le dressage de fauves, toujours dangereux, jamais évident. "Il y a une fragilité qui fait qu’on s’en remet à Dieu." En témoignent des histoires uniques qui continuent de forger le mythe des familles de cirque. Un jour, alors qu’il est curé à Mante-la-Jolie, Mgr Guillet apprend que le directeur d’un des cirques présent dans la ville est tombé lorsqu’il entraînait les fauves. Les bêtes sont tout de suite arrivées sur lui en attaquant. Alors qu’il voyait la mort arriver, l’homme s’est écrié, suppliant :  "Jésus, j’ai quatre enfants !". Et les fauves ont reculé. "Ce sont des histoires que l’on raconte sans rire, confesse Mgr Guillet. Pour moi, cela symbolise aussi la vie de foi de ces familles : de l'émerveillement, du talent et du risque. Tout est précaire et fragile et donc, elles se remettent à Dieu. Peu de gens en ont conscience."

Le chapiteau, "lieu propice à la communion et à l'émerveillement"

Quand il croise un cirque, grand ou petit, pendant ses vacances, Mgr Guillet essaye toujours de s’y rendre. Il y décèle un lieu d’accueil et de joie pour une large partie de la population. "Ce que je vois c’est que le chapiteau a le pouvoir d’accueillir toutes les générations, les grands-parents et les petits enfants, mais aussi les pauvres et les riches. A-t-on beaucoup de lieux qui accueillent aussi largement pour donner un spectacle toujours de bon goût et qui émerveillent pour de bonnes raisons ? À y regarder de plus près, il n’y en a pas tant que ça." Car pour l’évêque de Saint-Denis, l’une des vocations du cirque est de donner de la joie à travers la communion. "Et donner de la joie, ce n’est jamais donné. Dans le spectacle vivant on recommence tous les jours, on s’investit au maximum au quotidien."

La messe de Noël, au départ uniquement destinée à la famille Grüss, s’est progressivement ouverte aux fidèles. "Cette messe unique rassemble des gens d’horizons très différents : des familles simples, d’autres qui ont plus l’habitude, des gens qui viennent de loin ou du quartier, explique Mgr Guillet. C’est un résumé d’humanité qui va se retrouver sous le chapiteau, pour accueillir Jésus." Le chapiteau, un symbole qui résonne particulièrement avec le prologue de saint Jean qui sera entendu au temps de Noël : "Il a planté sa tente au milieu de nous" (Jn, 1, 14). Et Mgr Guillet d’ajouter : "Il y a quelque chose de très beau à célébrer Noël sous la tente d’un cirque, pour accueillir celui qui a planté sa tente au milieu de nous." 

Pratique

Messe de Noël aux Folies Grüss
21h : Grand spectacle
23h15 : Veillée de Noël
Minuit : 45e messe sous le chapiteau
Entrée gratuite