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Le drôle de Noël de Marie-Odile

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Domitille Farret d'Astiès - publié le 23/12/25
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Le réveillon de Noël n’est pas nécessairement synonyme de retrouvailles strictement familiales au pied du sapin. On peut le vivre différemment, à l’image de Marie-Odile qui a participé de nombreuses fois à “Noël pour tous”, une initiative née à Rambouillet (Yvelines).

Avez-vous en tête l’image de Scrooge, vieil avare dont le cœur est transformé par la venue de trois fantômes et qui passe un “drôle de Noël”, dans Le drôle de Noël de Scrooge ? À 69 ans, Marie-Odile a déjà vécu un sacré paquet de drôles de Noël ! Avec Philippe, son mari, ils sont parents de cinq enfants, et grands-parents depuis peu. Ils vivent six mois de l’année à Rambouillet (Yvelines). Les six mois restants, ils tiennent un gîte pour pèlerins de Saint-Jacques près de La Souterraine (Creuse). En 2004, Marie-Odile a participé au lancement de " Noël pour tous ", un réveillon à destination des personnes isolées. " L’idée de ce projet, c’était de replacer Noël dans sa vraie dimension ", note-t-elle, invoquant comme source d’inspiration sa grand-mère dont la table restait systématiquement ouverte à Noël pour ceux qui se retrouvaient esseulés. Alors, quand le curé de Saint-Lubin, à Rambouillet, propose à ses paroissiens d’accueillir des gens seuls chez eux, elle saute sur l’occasion… mais fait rapidement le constat que leur maison familiale ne peut pas accueillir à l’infini. Faute de pouvoir pousser les murs, elle s’interroge sur une autre manière de faire. Le sujet est lancé, on y pense, on se réunit, on réfléchit, on lance des idées, la mairie consent à prêter une salle pour l’événement… Ça y est, "Noël pour tous est lancé", porté par la paroisse et une myriade de bénévoles prêts à donner de leur temps et de leur cœur.

Plusieurs centaines de personnes réunies

Concrètement, comment cela se passe ? Le 24 décembre, les personnes invitées sont accueillies de dix-huit à vingt-deux heures. "Avant, c’est une véritable ruche, avec les gros bras et les petites mains qui s’affairent". Ces dernières années, ils étaient aux alentours de trois cents, voire quatre cents personnes, mêlant invités et bénévoles de tous âges. Parmi ces derniers, chacun a un rôle bien défini : les enfants écrivent les noms sur les étiquettes des invités et les accompagnent à leur place ; les adolescents, surnommés "les bonnets rouges", s’habillent de noir et blanc et assurent le service à table ; des cuisiniers professionnels bénévoles s’occupent de réchauffer les plats livrés en avance et d’assurer un dressage digne de ce nom (car ici, le service est à l’assiette) ; d’autres enfin s’occupent de la sécurité, de la vaisselle, du baby-sitting, du vestiaire ou encore du service taxi afin de récupérer et raccompagner les invités chez eux si besoin. L’équipe de décoration a un rôle important car "il faut que ce soit beau" précise Marie-Odile. "Il y a beaucoup de petits rôles, des services pour chacun". Organisatrice née, elle a été séduite par cet "enjeu de faire se rencontrer des gens très différents et de montrer aux enfants la joie du partage". Ce qui se vit ici, "c’est joyeux et convivial", s’émerveille-t-elle, forte de sa douzaine d’années de participation a minima. Pintade, gratin dauphinois, fagots de haricot, pain de poisson… C’est un vrai repas de Noël qui est servi ici ! Toute la ville est sollicitée et banques et commerçants participent également. Chacun repart avec un ballotin de friandises et une tombola est organisée avec les lots offerts. Même les élus passent une tête : Marie-Odile garde en mémoire une députée qui avait été tellement émue qu’elle " en pleurait ".

" Le vrai Noël, c’est un temps de partage avec les pauvres, que nous sommes aussi. Ce n’est pas très compliqué, en fait. Cela demande de sortir de nos habitudes pour nous permettre de voir autre chose et de réaliser que Noël, cela peut être simple et dans la joie ".

"On essaie d’être aux petits soins pour tout le monde. Le grand défi, c’est de mettre ensemble des gens très différents pour un temps de partage autour d’une table. L’important n’est pas que la fête soit sur l’estrade, mais autour des tables. Être assis auprès de ceux qu’on accueille, c’est très important", précise-t-elle. Au fil des ans, elle a vu passer des gens très différents, comme ce père qui sortait de prison et réunissait ses enfants ce soir-là, ou cette femme en fin de chimiothérapie qui sortait de l’hôpital. Ou encore ces frères jumeaux de 18 ans qui vivaient dans une caravane garée dans les bois, venus avec leur père. "Vous auriez vu leur joie !", s’exclame-t-elle avec émotion. "On leur a offert des stylos-plumes et ils ont sauté de joie". "C’est toujours joyeux ", sourit-elle en évoquant le souvenir d’un unijambiste qui leur avait fait un show, esquissant un twist sur scène. Tous, jeunes, vieux, personnes isolées, malades, bien-portantes ou marquées par un événement de la vie, sont les bienvenus. À tel point qu’on ne sait plus très bien parfois qui est bénévole et qui est accueilli. "Il y a toujours une crèche et un conte de Noël joué par les enfants. Le vrai Noël, c’est un temps de partage avec les pauvres, que nous sommes aussi", glisse celle qui a aujourd’hui laissé la main à d’autres. "Ce n’est pas très compliqué, en fait. Mais cela demande de sortir de nos habitudes pour nous permettre de voir autre chose et de réaliser que Noël, cela peut être simple et dans la joie. La simplicité et la joie, ce sont vraiment nos maîtres-mots".

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