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“Revenir est un acte d’espérance” : en Terre sainte, l’appel pressant des chrétiens

Femmes orthodoxes en pèlerinage à Jérusalem - Saint Sépulcre, octobre 2025.

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Cécile Séveirac - publié le 22/12/25
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Depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023, l’effervescence des pèlerinages en Terre sainte a disparu, plongeant l’économie locale dans la crise. Pour les communautés chrétiennes, ces absences sont lourdes : chaque visite devient un baume d’espérance, essentiel à leur survie mais aussi à leur mission sur la terre des origines.

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Les rues habituellement bondées de la Vieille ville de Jérusalem sont presque désertes. Au cœur du souk aux mille senteurs, les vendeurs se lèvent pleins d'espoir de leurs chaises où ils refont le monde pour attirer les passants dans leurs boutiques vides. Même au Saint-Sépulcre, aucune difficulté pour circuler. Le père Sylvain, lazariste, a célébré au petit matin la messe au tombeau du Christ pour une dizaine de jeunes partis en pèlerinage avec l’Œuvre d’Orient. Il ne cache pas sa joie d’avoir vu ce groupe de Français arriver à Jérusalem. Avant la guerre à Gaza, ce prêtre de 35 ans était habitué à célébrer fréquemment la messe pour des groupes. Mais depuis le 7 octobre 2023, les choses ont changé. "Pendant un bon moment, nous n’avons plus eu de pèlerins. Grâce à Dieu, ils commencent doucement à revenir" sourit-il, bien que les francophones se fassent toujours rares. Le groupe de l’Œuvre d’Orient est le deuxième groupe de Français que le père Sylvain a vu depuis… avril 2025. 

L’économie locale en difficulté 

Même constat pour sœur Anne*, religieuse à Bethléem. Habituellement, son monastère accueille par centaines des groupes de retraitants en camping ou dans une hôtellerie dédiée. "Il y a d’abord eu le Covid, et les attaques du 7 octobre ont porté le coup fatal", explique-t-elle à Aleteia. Et si quelques étrangers s’aventurent à Jérusalem, Bethléem ne voit quant à elle pas l’ombre d’un pèlerin dans ses rues. "Les gens ont encore peur car le mur ferme pour un oui ou pour non", relate la religieuse. Le père Masson, prêtre de la paroisse syriaque-catholique de Bethléem, accueillait avec l’Œuvre d’Orient le seul groupe français depuis un an. Les occidentaux, peu confrontés à la guerre, fuient les situations de danger, analyse le prêtre. “Les pays habitués aux guerres, ou à la pauvreté, envoient toujours des pèlerins. Ce n’est pas le cas de l’Europe de l’Ouest”.

Selon les données officielles publiées par le Central Bureau of Statistics (CBS) israélien et le ministère du Tourisme, la fréquentation étrangère en Terre sainte s’est effondrée depuis l’automne 2023. Après avoir accueilli environ 3 millions de visiteurs en 2023, Israël n’en a reçu qu’environ 961.000 en 2024, soit une chute de plus de 68 % en un an. Certains mois ont été particulièrement marqués : en avril 2024, par exemple, le pays n’a enregistré qu’un peu plus de 80 000 entrées, un recul proche de –77% par rapport à la même période en 2023. Si ces statistiques ne distinguent plus le motif du voyage — les enquêtes permettant d’isoler les pèlerinages religieux ayant été suspendues depuis octobre 2023 — les chiffres globaux suffisent à montrer l’ampleur de l’effondrement : le tourisme international, incluant les pèlerinages chrétiens qui en constituaient une part significative, a été frappé de plein fouet par le conflit, laissant l’ensemble du secteur dans une crise inédite.

Une situation dramatique pour l’économie locale qui vit du tourisme et du pèlerinage. "Les gens ne mangent plus à leur faim. Le taux de chômage à Bethléem est de 80%", assure sœur Anne. Avec sa congrégation, elle distribue autant que possible des repas dans la ville. La religieuse s’inquiète aussi pour le moral des habitants, qu’elle décrit comme au plus bas. "Les chrétiens ici n’ont plus aucun moyen de vivre leur mission, qui est d’être un pont. Nous avons besoin des pèlerins pour retrouver l’espérance. Ce sont eux qui disent aux chrétiens : ‘la Terre sainte est une Bonne nouvelle, et vous êtes les témoins de cette Bonne nouvelle’." Dès sa prise de fonction en juillet 2025, le cardinal Aveline a lui-même souhaité témoigner du soutien de l’Église en France, se rendant une semaine sur place avec une délégation pour encourager les fidèles à pèleriner de nouveau sur la terre du Christ. 

Une reprise timide

Du côté des organisateurs, un vent d’optimisme timide souffle. Anthony Giroud, responsable des pèlerinages pour l’association Terres de la Bible, explique que depuis les cessez-le-feu successifs – avec le Liban en juin puis Israël et le Hamas le 9 octobre – les contacts sur place signalent un retour au calme. "Compte tenu de cela, les chefs de groupe nous redemandent des projets. Un premier groupe part avec l’évêque de Nevers fin décembre. Nous envoyons ensuite un groupe par mois".  Si ces chiffres sont bien moins élevés qu’en 2019, où 53 groupes partaient chaque année - soit quatre par mois -, la reprise semble bien poindre. "Depuis trois semaines, nous constatons un afflux important de demandes. La question est de convaincre les gens que la situation est calme", précise Anthony Giroud. L'enthousiasme règne aussi chez Ictus voyages, qui enregistre de nouvelles demandes depuis quelques mois. " Le téléphone sonne à nouveau. La reprise est très douce, avec surtout des demandes de paroisses pour 2026, et quelques inscriptions individuelles. Les chrétiens sur place sont très heureux de voir revenir les pèlerins. Nous sommes confiants en l'avenir", note Thierry Sanson, directeur de l'agence. Selon lui, si les conditions actuelles se maintiennent, il sera possible de retrouver un niveau égal à celui précédant le 7 octobre.

Le ministère des Affaires étrangères déconseille encore, malgré l’accalmie, aux ressortissants français de se rendre en Israël et en Cisjordanie, "y compris pour des visites touristiques et familiales". Même traitement pour Jérusalem. 

"Nous demandons chaque jour au Seigneur qu’Il ouvre les portes pour que les chrétiens puissent revenir. Lorsqu’ils viennent, cela encourage le petit nombre qui reste ici en Terre sainte. Voir leurs frères leur donne de la joie et du courage", conclut le père Sylvain. Plus que jamais, assure quant à elle sœur Anne, "revenir est un acte de foi et d’espérance".

*Le prénom a été modifié

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